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Rwanda. Chants du Rwanda. Spectacle

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Évènement

Titre

Rwanda. Chants du Rwanda. Spectacle

Sous-titre

Florida Uwera et Charles Kalisa, chant ; Médard Namaganya, cithare inanga et chant

Date

1995-12-07

Date de fin

1995-12-12

Artistes principaux

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Musique

Description de la pratique

7-12 décembre 1995

CHANTS TRADITIONNELS ET CONTEMPORAINS DU RWANDA
La musique vocale rwandaise, extrêmement riche sur le plan mélodique, distingue diverses catégories stylistiques et thématiques selon qu'elle accompagne les activités quotidiennes, les veillées ou les événements importants qui sont l'occasion de transmettre des valeurs, des préceptes, l'histoire complexe de ce peuple et les éloges de ses acteurs. Hutu, Tutsi et Batwa, partageant la même langue et la même culture, définissent ces catégories par une terminologie précise.
On distinguera ainsi les indirimbo, chants destinés à l'écoute et comprenant notamment les chants d'apaisement ibihozo (chants d'amour, berceuses, chants de séparation, etc.), des ibyivugo, chants d'épopée et d'éloges, et des imbyino destinés à la danse et soutenus par les battements de mains.
Le répertoire de Florida compte plus d'une centaine de pièces : ce sont des chants de Cour qu'elle a appris avant 1959 ou en exil auprès de membres de sa famille et de musiciens et qu'elle interprète dans un kinyarwanda ancien et poétique (par ex. Rangira, Rwanmwiza, Rwanhama), des adaptations du répertoire des Batwa qu'elle considère comme des musiciens par excellence, des chants plus populaires et enfin ses propres compositions.

Florida Uwera est née à Mutandi (Rwanda) en 1937 et réside depuis 1959 à Bujumbura (Burundi). Dans le milieu de la diaspora, elle est considérée comme la meilleure chanteuse s'inscrivant dans la continuité d'une tradition.
Son apprentissage commence dès l'enfance, lors des veillées familiales où elle côtoie quelques citharistes fameux, des compositeurs et des musiciens Batwa qui animent les veillées à la Cour et chez les chefs. Soutenue par ses proches, elle se met à composer vers l'âge de quatorze ans, adaptant des textes originaux sur des mélodies existantes à l'occasion de circonstances diverses : bienvenue, adieu, etc.
En exil au Burundi, elle rencontre le grand cithariste Munzenze, le danseur Butera et surtout le frère de ce dernier, Oswald Nkuranga, qui l'aide à parfaire sa connaissance de la langue poétique rwandaise. Ensemble, ils mettent sur pied une troupe de danseurs et forment quelques chanteurs comme Charles Kalisa ou Muyango.
Sa voix, extrêmement détendue et à l'aise aussi bien dans le registre de poitrine, que de gorge ou de tête, modèle le volume, pratiquant tantôt de grands intervalles, tantôt des ornements sur les voyelles ou dans les préludes et les passages à bouche fermée. Elle domine parfaitement les techniques vocales du guhogoza (litt. " le travail de la voix dans la gorge "), du gukaraga ("faire tourner le son" un peu comme une toupie), du kurega (sons filés, en particulier dans les préludes à bouche fermée), du gusobeka (tuilage des parties chantées dans un duo) ou du ibitego (décalages entre les parties d'un duo pour se retrouver en fin de phrase sur la même note finale).

Charles Kalisa, né au Rwanda, a vécu pendant un certain temps en exil à Bujumbura où il s'est formé auprès de Florida avant de devenir son accompagnateur. Il est retourné dans son pays après les récents événements tragiques. Cette série de concerts consacre ses retrouvailles avec Florida.

Médard Namaganya est né au Rwanda et y a toujours demeuré. Ce cithariste twa (pygmée) est le neveu du célèbre Rujindiri auprès duquel il a appris d'une part tout un répertoire de chants historiques et d'autre part les techniques du jeu de la cithare inanga. Cette cithare se compose d'une caisse de résonance allongée (90 à 150 cm de long) en forme de bouclier légèrement creux et dont le fond est parfois perforé de quelques trous décorés sobrement. Une corde unique, en nerf de vache ou de nos jours en nylon, est tendue sept à huit fois par enroulement autour d'encoches taillées aux extrémités de la caisse.

PROGRAMME

1. Uli hehe se mana yanjyie ? / Où êtes-vous donc, mon Dieu ? : ce chant composé en 1963 par un compatriote de Florida qui survécut aux massacres de cette période, figure ici comme un chant de détresse des exilés.
Où êtes-vous donc, mon Dieu ? / Je crie dans la misère, jour et nuit / Vous m'entendez, c'est sûr / Mais vous ne réagissez pas !
Quel sacrilège ai-je commis, mon Dieu ? / Je suis considérée comme une anathème, / Une sale traîtresse à ma nation, / Poursuivie comme un assassin / Alors que de mon vivant / Je n'ai jamais touché personne du doigt.
Et même si j'avais péché, / Pourquoi les bébés sont-ils punis ? / Qu'ont fait ces jeunes filles, / Pour subir ce sort odieux ?
(trad. François Milimba)

2. Twaje twese Abatangana : « Cette chanson présente un cercle de jeunes au sein duquel, disent-ils, la haine est inconnue. Ils prétendent mener leur veillée une nuit et un jour. On remarquera le souci d'être le meilleur, qui est une des constantes de l'idéal rwandais. On ne sera pas étonné de trouver des accents guerriers chez un peuple qui s'est forgé au milieu des périls, ni de rencontrer quelque allusion aux vaches chez un peuple pasteur. (S. Sebasoni)
Refrain : Nous voici tous qui ignorons la haine / Nous voici tous qui chassons l'ennui / Venez, conduisons la veillée / Jurons aux géants inimitables / Que nous n'attendons pas d'être surclassés.
Voici ceux qu'honore notre veillée / Tendez vos oreilles, clarifiez vos regards / Elle s'affirme, la veillée des preux / Le jour aussi sera aux veilleurs tenaces / '
(trad. Servilien Sebasoni)

3. Rwahama, ibyivugo ou chant d'éloges à l'inanga composé lors des victoires de Kigeri IV Rwabugiri (XIXe s.).
Transmise oralement, la musique traditionnelle peut subir de légères variations d'une génération à l'autre, d'une personne à l'autre, voire d'une interprétation à une autre du même musicien.

4. Mutsili : ce chant dont le titre se traduit littéralement par "noir d'ébène" dans le sens de pureté, d'absence de tache, fut composé pour les fiançailles de la nièce du dernier roi du Rwanda. C'est l'éloge alterné de la fiancée et du prétendant. On y voit successivement énumérés les qualités de la jeune fille et du jeune homme selon les critères de la culture traditionnelle rwandaise. De la jeune fille on attend qu'elle soit source de paix et de sérénité, surtout pour le coeur de son époux ; du jeune homme on attend qu'il soit un vaillant guerrier et un appui solide pour sa famille et ses amis.
La jeune fille se nomme Mutsili / Née pour conjurer le froid au coeur de la nuit / Elle conjure aussi la soif des jeunes matins / Rendez lui sans cesse hommage, et souhaitons-lui fécondité.
Refrain : Ô mère* ! Inspire-moi, mère de bonté ! Ehé, ô vous, portez-leur à tous deux notre salut ! / Le jeune homme se nomme mystère pour les hommes avisés. / Je le trouve Force qui apaise les batailles rangées. / Rendez lui sans cesse hommage, et souhaitons-lui prospérité.
La jeune fille se nomme Sollicitude, éhé ! / Celle dont on sollicite l'eau et qui apporte saveur d'hydromel. / Et voici que je la trouve Bonté surgie au flanc de l'homme. / Rendez lui sans cesse hommage, et souhaitons-lui fécondité.
Le jeune homme se nomme Forêt du Grand sommet** / Forêt profonde où les hymnes foisonnent / Je le trouve Force qui angoisse les peureux / Rendez lui sans cesse hommage, et souhaitons-lui prospérité.
(trad. Servilien Sebasoni)
* Exclamation de joie et de plaisir.
** Mishahi est la forêt qui couvre le sommet où se partagent les eaux du Zaïre et du Nil.


5. Ndinda nangye ndaje : chant à danser, comp. de Florida Uwera.

6. Ibare : Chant de danse élégante.

7. Rangira. Ce mot, qui signifie littéralement "résonance" désigne le prénom de celui pour qui, selon la tradition rwandaise, la présente berceuse a été composée à la Cour en 1897. Les noms propres que contient ce chant évoquent le contenu historique et tragique de l'époque. Rangira, fils du prince Muhigirwa et petit-fils du roi Rwagugiri Kigeli IV (' 1895) a vu ses deux parents tués. La reine-mère Kanjogera qui régnait auprès de son fils Yuli Musinga décida d'épargner Rangira à cause de sa beauté et lui fit composer ce chant de consolation. Cependant rien n'y fit et Rangira fut assassiné. Les paroles de cette chanson ont été légèrement altérées par l'exil et les générations (source : Antoine Nyetera).
Ne pleure pas Rangira chéri / Mon bien-aimé, ne pleure pas / Fils choyé de ta maman.
L'enfant dessine son propre portrait / Ne pleure pas' / Et ressemble à tes parents.
Je crois qu'il ressemble à Musinga / Ne pleure pas' / Toi l'éloge des flèches.
Je m'aperçois qu'il ressemble à Nshozomihiga ("ce qui appelle la bravoure")
Il ressemble à Cyangabwoga ("celui qui refuse d'avoir peur") / Et c'est un homme qui ne s'entend pas avec les étrangers. (')
A Kigali, dans la région de Nyamweru / Ne pleure pas' / Viens que je te donne la vache qui plaît aux pasteurs.
Viens que je te donne la vache qui plaît aux pasteurs / Ne pleure pas' / Celle qui vient à bout de la misère.
(trad. Antoine Nyetera)

8. Ben'imana, chant de nostalgie en exil composé par Florida Uwera.

9. Rwanmwiza, chant composé pour le roi Mutara II Rwogera (début XIXe siècle) interprété également par Rujindiri.

10. Nyangezi, chant à danser des Batwa.

11. Nimundeke ugende, chant de séparation, comp. de Florida Uwera.

Contributeurs

Origine géographique

Rwanda

Mots-clés

Date du copyright

1995

Cote MCM

MCM_1995_RW_S1

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Titre Localisation Date Type
Rwanda. Chants du Rwanda. Photos Rwanda 1995-12-07 Photo numérique
Titre Localisation Date Type
Saison 1995 1995