Ressource précédente
Ressource suivante

Zimbabwe. Makishi, danses masquées des peuples du Zambèze. Spectacle

Collection

Type de document

Évènement

Titre

Zimbabwe. Makishi, danses masquées des peuples du Zambèze. Spectacle

Date

1999-04-09

Date de fin

1999-04-11

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Danse

Description de la pratique

9-11 avril 1999, Paris
2 avril, Rouen
6 avril, Grenoble
9-13 juin, Réunion
12-13 juillet, Martinique
Programme + rapport de mission au Zimbabwe du 8-16 juin 1998 de Françoise Gründ.

Avec :
N. Chigwata
Enock Kasange
Kawengo
Mischeck Khumalo
Msole Khumalo
Nicolas Marco
Limande Mbweti
George Mwila
Bernard Ngwenya
Kakoma Ngwenya
Patricia Ngwenya
Kanguya Ndhlovu
Kalubi Ndhlovu
Samende Ndhlovu
Kamboyi Zuze

Coordination :
Benjamin Daka
Gloria Otieno.

Jusqu'en 1920, les makishi, au Zimbabwe et dans les différents pays d'alentour, n'étaient exécutées qu'à l'occasion des rites de circoncision. Aujourd'hui, elles jouent parfois le rôle de danses sociales ou de danses de divertissement à cause de la beauté des créations graphiques des masques repérées par les individus extérieurs aux groupes concernés, mais aussi parce que les sociétés du Zimbabwe connaissent de profondes mutations.

Le Zimbabwe, ancienne Rhodésie, acquiert son indépendance en 1980. Situé en Afrique Australe, entre les fleuves Zambèze et Limpopo, il se trouve entouré par la Zambie, l'Afrique du Sud et le Botswana. La Namibie, l'Angola et le Zaïre sont tout proches. S'étendant au nord du Tropique du Capricorne, le pays, trois fois grand comme l'Angleterre, son ex-colonisatrice, ne possède aucun accès à la mer. Il constitue une sorte de grand plateau dont la quasi-totalité se trouve à plus de trois cents mètres au-dessus du niveau de la mer. Il possède des ressources minières, (or, argent, émeraudes) et agricoles. De grandes fermes exploitent le maïs, le café, le coton et les fleurs.
Les Shona et les Ndébélé composent la majorité de la population. Les Zoulou se répartissent dans le sud, à la frontière de l'Afrique du Sud. Plusieurs minorités se regroupent le long du fleuve, autours des chutes Victoria : les Tinga (les plus nombreux), les Mubunda, les Muluvalé, les Mulozi, les Muchokwé (le pluriel dans les langues bantoues est signalé par le préfixe mu).
En ce qui concerne les quatre derniers nommés, il s'agit de peuples anciens dont l'origine territoriale serait en premier lieu l'Angola, puis la Zambie et le Zaïre (surtout pour les Muchokwé). Chasseurs-cueilleurs, ils auraient suivi les migrations de gibier vers l'eau. Une autre raison de leur itinérance serait à rechercher dans leur tempérament de guerriers et de conquérants.
L'organisation de ces sociétés stabilisées au Zimbabwe depuis la fin du xixe siècle pour certains et les deux premières décennies du xxe siècle pour les autres (Mubunda et Muchokwé), est patrilinéaire et se centre autour du pivot du rite de circoncision qui clôt la période d'apprentissage des garçons entrant dans la communauté des hommes. Ici, le monde des hommes représente la connaissance tandis que le monde des femmes est celui du chagrin. C'est à l'issue de la circoncision mais aussi de la thimba ou cicatrisation de la plaie que de grandes danses masquées sont exécutées uniquement par les hommes adultes : les makishi.
Le mot makishi (singulier likishi) est utilisé pour "danses masquées" ou "danseurs masqués" ou "costumes et masques de danseurs masqués".

Les motivations des makishi
Caractérisées par le mukunda (circoncision et société secrète de la circoncision), les communautés mâles des peuples de la région se répartissent en deux catégories :
-Les non-circoncis ou vilima (singulier chilima) qui prennent très peu part aux décisions du groupe et ne peuvent jamais occuper des positions sociales fortes. C'est le cas des Tinga qui se sont mêlés aux Mubunda, Mulavale, Mulozi et Muchokwé.
-Les circoncis ou vilombola (singulier chilombola) qui jouent un rôle actif dans le groupe. Ils sont aussi les seuls à pouvoir prendre part aux danses makishi.
Le but des makishi consiste à représenter un modèle de la vieille société bunda, luvale, lozi et chokwé et de fournir aux jeunes gens qui rejoignent le groupe des adultes, une visualisation codée et dramatique des enseignements acquis dans les camps d'initiation.
Les makishi constituent donc des formes spectaculaires de la régénérescence. Elles se basent sur le jeu de vingt-deux masques principaux auxquels ne cessent de s'ajouter de nouveaux masques, la tradition demeurant vivante dans les villages et l'inspiration des artistes-facteurs de masques, efficace :
-Linyampa ou Lipumbu : le chef du camp d'initiation (à visage de bois).
-Ndumba ya Nuru ou Kaleluwa : un esprit dirigeant une société secrète et n'ayant qu'un seul enfant.
-Chindanda ou Chikusa : le fils à coiffe phallique.
-Mulombwe ou Mwanampembo : la jeune femme.
-Inamabunda : la mère.
-Kalulukazyi : la vieille femme.
-Liathindumuka : l'homme gras.
-Kayengenyenge : l'homme au corps tordu et chef des makishi.
-Limunga : l'hydrocéphale.
-Kajenjela : un chasseur.
-Sachihongo : un chasseur.
-Katéyé : l'homme orgueilleux.
-Chawa : l'orateur.
-Chitanga : le farceur.
-Liweluwulu : le play-boy et parfois l'autruche.
-Kaluwa : le marcheur.
-Likulukulenge : le danseur et le maître de la transe.
-Hungo ou Mbongo : le grand danseur sur échasses.
-Kanolo : le pêcheur.
-Ngandu : le crocodile.
-Numba : le lion.
-Muchawa : le cousin des circoncis.
-Muvundu : le féroce capitaine du camp d'initiation.
-Samasengo : le vainqueur de la douleur.
-Salimazo : le limeur de dents.
-Samatwitwi : l'écouteur ou l'espion.
-Chiléa : l'entraîneur à la danse.
-Ndondo : la femme enceinte.
-Malanda : l'homme mort loin de chez lui.
-Mbalamba : l'homme foudroyé par l'éclair.
Toutes ces figures ne sont pas celles de héros, mais des prototypes qui représentent le peuple à travers la visualisation des ancêtres (à l'exception des animaux qui ne sont pas des ancêtres). Il s'agit d'un théâtre des générations transmis par la société secrète des mukanda.

Le caractère de la danse
Il existe une hiérarchie entre les masques. Certains sont présents mais dansent très peu. Ils demeurent les garants de l'efficacité des makishi. Les masques obéissent à un ordre dans leur apparition en public. Généralement, Kayengeyenge sort le premier de la brousse et débouche sur l'espace libre entre les cases. Il est armé d'un chasse-mouche qu'il agite sans arrêt. Sa présence peut être doublée par celle de Liyampa. Ces deux masques se contentent de faire signe aux autres masques. Ils peuvent aussi calmer les makishi qui entrent trop rapidement en transe. Les makishi Kajenjela et Kaluwe, lorsque l'instant de la circoncision approche, ont la charge de maintenir les mères loin des garçons. Leur danse prend alors un caractère violent. Ils chassent les femmes avec des bâtons. Le plus souvent cette scène est un simulacre. Ce sont encore eux qui, au moment de la thimba ou cicatrisation, emmènent les circoncis à la rivière, pour leur premier bain d'hommes. Aucune femme ne doit être présente. La danse contient alors des mouvements scrutateurs, le corps du likishi se balançant de la droite vers la gauche.
Lorsque les garçons retournent au village, c'est sous l'escorte des masques facétieux qui sautent, se retournent, marchent à reculons, bousculent les circoncis et les gens du village. Les makishi ou ancêtres qui sortent de leur tombe pour danser doivent aussi faire rire les nouveaux membres de la société.
En général les makishi dansent en solo, ou parfois en couple. Il est rare que six ou sept danseurs évoluent en même temps. Ce fait est dû à la répartition très précise des fonctions. De même, la plupart des makishi sortent le soir ou la nuit. Ils sont alors éclairés par des torches. La vision devient parcellaire. C'est ce qui expliquerait les formes très développées des masques-coiffures, identifiables même dans la demi-obscurité et le caractère particulier à chaque danse. Ainsi un likishi représentant un caractère masculin dansera en ondulant des hanches et portera même une ceinture-bourrelet qui amplifiera ce mouvement, tandis qu'un likishi représentant un caractère féminin exécutera d'importants mouvements d'épaules.
Les makishi dansent exceptionnellement en groupe de six lorsqu'ils prennent en charge le rituel de l'héritage du nom attribué à chaque initié. Ils se tiennent alors avec le nouveau circoncis et son père sous l'arbre mayombo. Une danse constituée par des piétinements sur place et accompagnée d'incantations consacre la cérémonie qui se déroule de jour, après un sacrifice et une montée vers la transe de plusieurs makishi et de quelques spectateurs. Les sacrifices consistent en bouillie de mil, en poulets et en chèvres.

Les camps d'initiation
Les sacrifices comme les danses sont exécutés en dehors du camp d'initiation. Celui-ci réservé uniquement à l'apprentissage et aux épreuves des jeunes garçons avant la circoncision, consiste en un enclos carré d'une vingtaine de mètres de côté, entouré d'une haie d'épines. Des talismans tressés suspendus aux branches des arbres alentours empêcheraient les fauves d'approcher.
Dans le village de Chezya près de Hwange, dans la province du Nord-Matébéléland, les garçons subissent les épreuves et la circoncision par groupe de huit. Ainsi, à l'intérieur du camp, huit rectangles sont délimités par des baguettes fichées dans le sol. Ils représentent les couches des garçons, à même la terre, sans aucune protection. Les baguettes sont surmontées par huit chapeaux d'initiation au décor linéaire et dont les graphismes ressemblent à ceux des masques. Cette coiffure sera le seul vêtement des enfants qui vivent (autrefois plusieurs mois, aujourd'hui plusieurs semaines) dans la nudité totale. Les futurs initiés ne doivent sortir du camp sous aucun prétexte. Si l'un d'eux tombe malade ou meurt, personne ne l'apprend au village jusqu'à la première sortie des circoncis accompagnés par les makishi.

Les matériaux des makishi
Il y a une dizaine d'années, les costumes, sortes de collants tricotés, ainsi que les masques étaient faits d'un tressage de fines lanières d'écorces. Celles-ci étaient teintes en rouge, blanc et noir, ces couleurs provenant de substances minérales et végétales. Aujourd'hui, les lois concernant la protection de la nature au Zimbabwe, imposent aux villageois l'obligation de s'abstenir d'utiliser les arbres et les plantes. Ainsi les costumes sont désormais fabriqués en coton tricoté. Les masques sont en jute teinte. Les couleurs blanche et noire sont d'origine industrielle. Seule la couleur rouge provient d'un minéral pilé.

Les instruments de musique
Ce qui semble étrange dans cet univers de représentation uniquement masculine, c'est la présence des femmes comme chanteuses et claqueuses de mabaya. Les mabaya sont de petits blocs rectangulaires de bois dur et sonore. Les chanteuses au nombre de six à dix en tiennent un dans chaque main et les claquent vigoureusement l'un contre l'autre.
Le chant est responsorial. Le ou la soliste entonne une mélodie reprise par les choeurs, à l'unisson ou en voix parallèles. Les autres musiciens, tous des hommes, formeraient, en quelque sorte, le pôle positif de l'ensemble musical. Ils frappent de longs tambours à une peau, couchés sur le sol et qui par ordre de grandeur décroissante, portent les noms suivants : tangi, chimpololo, patipati et machakili (ces noms sont en bunda parce que le village de Chezya est peuplé en majorité par des Mubunda).
Françoise Gründ


discographie
la voix des masques de zambie
rituels d'initiation Makishi et Nyau
1 CD Arion (ARN 58413)

PROGRAMME

1. Tundanji, première danse des nouveaux circoncis.
2. Mwaso, danse du likishi qui acceuille les jeunes garçons.
3. Ndenda Likulukulenge, danse de Ndenda (le chasseur) avec Likulukulenge (le maître de la transe).
4. Ngandu Kanolo, danse de Ngandu (le crocrodile) avec Kanolo (le pêcheur).
5. Luvweluvwelu, danse des pères des makishi.
6. Chibunda, danse d'acceuil du likishi arrivant au cimetière.
7. Kanyengenyenge, danse du balayeur qui efface les empreintes des danseurs.
8. Zi Mbongo, danse des esprits des makishi.
9. Kalelwa, chikuza et kaluwe, danse de kalelwa (le père) qui ensigne à chikuza (le fils) comment danser tandis que Kaluwe (la mère) les regarde.
10. Zingimutwe, danse du conseiller du chef, qui est aussi le goûteur de bière.
11. Fwifwi, dernière danse marquant la fin du mukanda. Danse du chef.

Remerciements à M. Bernard Hoarau et l'Ambassade de France au Zimbabwe, M. Christian Sauttereau et l'Alliance Française de Harare, M. Jean-Hubert Martin et M. Philippe Garcia de la Rosa.

Origine géographique

Zimbabwe

Mots-clés

Cote MCM

MCM_1999_ZW_S1

Ressource associée

Date du copyright

1999

liste des contributeurs

Ressources liées

Filtrer par propriété

Titre Localisation Date Type
Zimbabwe. Makishi, danses masquées des peuples du Zambèze. Détails des masques. Photos Zimbabwe 1999-04-09 Photo numérique
Zimbabwe. Makishi, danses masquées des peuples du Zambèze. Vues d’ensemble. Photos Zimbabwe 1999-04-09 Photo numérique
Titre Localisation Date Type
3e Festival de l'Imaginaire 1999
Titre Localisation Date Type
Zimbabwe. Masques Makishi Zimbabwe 1999-01-01 Collection d’objet