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Tanzanie. Musique des Wagogo. Musique des Kwaya. Spectacle

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Évènement

Titre

Tanzanie. Musique des Wagogo. Musique des Kwaya. Spectacle

Sous-titre

Traditions chantées. Chants de mémoire

Date

1992-03-27

Date de fin

1992-03-29

Artistes principaux

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Musique

Description de la pratique

27-29 mars 1992

Musique des Wagogo.
Hukwe ubi Zawose, chant et sanza ilimba
Ndahami Bwani, chant et sanza chilimba
Daniel Lubasho, chant et vièle zeze
Kalenda Mweleto, chant et vièle zeze

La côte de Tanzanie, comme tout le reste du littoral est-africain, est connue pour avoir entretenu depuis fort longtemps de nombreux contacts avec des populations venues de l'extérieur, commerçants Arabes à partir du Ier siècle et navigateurs indonésiens vers le début du IVe siècle. Certains chercheurs pensent d'ailleurs que c'est à ces derniers que les cultures tanzaniennes doivent l'introduction du xylophone à résonateur et de la cithare, deux instruments que l'on ne trouve que dans la zone littorale.
Dès le VIIIe siècle, l'accroissement du commerce dans l'Océan Indien et plus particulièrement de l'activité des marchands musulmans va profondément marquer la région en y introduisant l'islam. Le centre de la Tanzanie, cependant, demeure isolé jusqu'au XVIIIe siècle, c'est-à-dire jusqu'au début du commerce de l'ivoire.

La musique des Wagogo.
Le centre de la Tanzanie où vit l'ethnie gogo (pl. Wagogo) est probablement l'une des régions les plus riches sur le plan musical. Les musiciens y sont généralement tout à la fois chanteurs, instrumentistes et danseurs. De nombreuses danses chantées accompagnent les rites de circoncision, les fêtes liées au calendrier agraire (fin de la saison des pluies en janvier, préparation de la récolte du millet et du maïs en mai...) et les funérailles. Mais dans cette riche variété de chants, les deux répertoires les plus intéressants sont les chants accompagnés à la sanza ilimba et ceux accompagnés à la vièle zeze.
La sanza est un lamellophone composé d'une caisse de résonance sur laquelle sont montées plusieurs lames de bois ou de métal pincées avec les pouces. L'ilimba gogo est formée d'une caisse de résonance trapézoïdale; le nombre de lames de métal varie de 16 (chilimba) à 66 (ilimba), ce qui en fait l'un des modèles de sanza les plus grands que l'on puisse trouver en Afrique.
Chaque lame est fixée sur la caisse en étant bloquée entre un sillet et un chevalet qui permettent toutefois d'en ajuster l'accord par simple glissement. Entre le sillet et le chevalet, un petit tube métallique est enfilé sur la lame; chaque fois que celle-ci est pincée ce tube entre également en vibration, enrichissant ainsi le timbre de l'instrument. Les lames sont disposées "en triangle", les lames les plus longues (graves) au centre et les plus courtes vers les extrémités, mais de manière alternée afin qu'avec le jeu alterné des deux pouces l'on puisse monter et descendre l'échelle.
Les chants accompagnés à l'ilimba sont généralement exécutés à deux ou trois voix réparties entre un soliste et un choeur qui tantôt se répondent, tantôt se superposent en quartes parallèles. Sous le chant, les sanzas tissent une trame sonore formée de motifs polyphoniques et rythmiques complexes qui se répètent en ostinato; de nombreux ajouts viennent enrichir le rythme et la mélodie. L'échelle utilisée est la suivante: si, la sol, fa, ré.
Le zeze est une petite vièle à archet formée d'un manche et d'une petite caisse de résonance taillée dans une calebasse recouverte de peau. Le zeze se présente sous deux formes: l'une comporte deux cordes et l'autre quatre. Les cordes sont généralement faites de fibre de raphia de même que la mèche de l'archet. Sur le plan musical, les chants accompagnés au zeze ont une forme analogue à celles des chants accompagnés à l'ilimba. Ils peuvent être aussi exécutés lors du nindo qui accompagne les rites de funérailles d'un chef et les préparatifs de sa succession.

Musique des Kwaya.
Werema Masiaga Chacha, chant et lyre litungu

Les Kwaya vivent dans la région des grands lacs du nord de la Tanzanie et leur culture de même que leur musique ont subi les influences des cultures du Rwanda, du Burundi et de l'Ouganda. C'est pourquoi on y retrouve la pratique de la lyre litungu très répandue en Ouganda et également au Kenya.
Le litungu est une lyre à 7 ou 8 cordes formée d'une large caisse de résonance sphérique sur laquelle est fixé le trapèze qui supporte les cordes. Pour en jouer, on couche l'instrument sur chant. Tout en jouant le musicien chante, ponctuant la mélodie avec une cloche fixée à son pied. Autrefois attachés à un chef ou un notable, les joueurs de litungu bénéficiaient d'un statut social privilégié. Leur répertoire se compose pour l'essentiel de chants généalogiques et d'éloges.
Pierre Bois

Référence discographique :
The Art of Hukwe Ubi Zawose. Tanzania. CD ethnic sound series 36, JVC, Victor Industries Distribution VID 25011.

Référence bibliographiques :
Grove's dictionary of music (entrée : Tanzania par Gerhard Kubik)
J.H. Kwabena Nketia. Multi-part organization in the music of the Gogo of Tanzanie. Journal of the International Folk Music Council, 1967, tome XIX, p. 79-86.



Extraits traduits des chants:
-Chant de Louange
Ecoutez ma voix,
Mes dix et encore dix voix.
Ecoutez la voix des voix,
Voix de nos ancêtres
Qui chantent par ma bouche.
Quand je chante,
Je chante les larmes des générations.
Cette voix qui est la mienne
N'appartient pas à moi seul,
Mais aussi à ceux qui vivent dans les vents,
Dans les rayons du soleil,
Dans les eaux ruisselantes
Et dans l'obscurité pleine de murmures,
Et encore à ceux qui sont partis dans l'autre monde.
Ecoutez cette voix
Ces dix et dix voix de Samamba.

-Chant d'un père dont le fils part en initiation
Donnez-moi une pipe
Car je veux fumer jusqu'à son retour.
Donnez-moi une pipe
Pour me garder la chaleur de la vie
Jusqu'à ce qu'il revienne.
Donnez-moi une pipe
Pour qu'il puisse fumer lorsqu'il reviendra.
Donnez-moi une pipe
Et peut-être pourrai-je supporter cette attente.

-Chant de circoncision
J'ai vécu sans vivre
J'ai vu sans voir
Maintenant le couteau m'a ouvert les yeux.
A présent je vois et je vis
A présent je vois le monde
Et ses fleurs,
Ses hauts et ses bas,
Et ses épines
Qui font pleurer les hommes.
A présent je peux m'asseoir avec les autres,
Au même niveau.
Et bientôt je serai le tisserand du monde
Et j'aurai des responsabilités
Je verrai flotter le drapeau de la liberté
Sur ma maison.
Achète-moi une hache, père bien-aimé.
Bientôt, il faudra que j'ouvre ma propre Shamba.

-Les mères
Notre amour est pour toutes les mères
Pour la charge lourde qu'elles portent
Pour les tourments qu'elles endurent.
Pour que leurs enfants deviennent hommes
Après la naissance, que de nuits sans sommeil!
Mais les enfants sont l'abondance
Et ceux qui n'en ont pas implorent le ciel
Une femme parfaite est une mère,
Vous, les hommes
Souvenez-vous que vous êtes hommes
Parce qu'elles sont des femmes
Quoique vous fassiez et qui que vous soyez
Souvenez-vous que c'est à votre mère
Que vous le devez.

-Chant politique
Qu'ils pendent Idi Amin (1)
Et ses comparses.
Idi Amin, le chien sans crocs
Idi Amin, le chien des chiens
Idi Amin, le ver de terre
Qu'on le cherche sous son lit,
Qu'on l'attrape et qu'on le pende
Par les flancs, par les pieds
Par le cou, haut et court!

(1) Ancien dictateur ougandais

-Sans titre 1
Ecoute les gémissements de l'homme
Qui se tord dans la douleur.
Qu'est-ce qu'il est, l'homme
Dans ce monde de lointains ?
Un grain de poussière,
Un grain de poussière transpercé d'épines.

-Sans titre 2
Fais-moi manger ton meilleur plat
Et je chanterai pour toi la chanson de la vie.
Viens, viens plus près, toi la fille de celui qui engendre.
Viens et souffle dans mon instrument,
L'instrument des instruments.

-Sans titre 3
Toi, ver de terre,
Viens et reste avec moi dans mon nid.
Viens et vis avec l'oncle-guêpe
En sûreté dans les pierres
Viens mon frère le ver
Car l'homme va bientôt
Mettre le feu à ce roseau.
Viens mon frère le ver.
Mon oncle-guêpe,
Le jus du roseau est si doux,
Donne-moi le temps, oncle-guêpe,
De jouir de ma vie qui est si courte.
La mort viendra de toute manière,
Le roseau se dessèchera et brûlera
Et les tiens ne connaîtront jamais la sécurité.
Mais par tes pensées empoisonnées,
Tu m'offiras à tes enfants.

Contributeurs

Origine géographique

Tanzanie

Mots-clés

Date (année)

1992

Cote MCM

MCM_1992_TZ_S1

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Tanzanie. Traditions chantées. Chants de mémoire. Musique des Wagogo. Musique des Kwaya. Photos Tanzanie 1992-03-27 Photo numérique
Tanzanie. Traditions chantées. Hukwe Ubi Zawose. Chants, vièles et sanzas des Wagogo. Affiche Tanzanie 1992-03-27 Affiche
Titre Localisation Date Type
Saison 1992 1992