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Iran. Maede Tabatabai Niya. Spectacle

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Évènement

Titre

Iran. Maede Tabatabai Niya. Spectacle

Sous-titre

Le chant des iraniennes, musique persanne d'aujourd'hui

Date

2014-04-18

Artistes principaux

Direction musicale

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Musique

Description de la pratique

L’Iran moderne est l’héritier d’une ancienne civilisation que l’on dit remonter à environ 6000 ans. Une flûte d’argile et une trompe en métal trouvées à Suse et Chogha Mish, une représentation de musiciens rameshgar sur d’anciennes inscriptions sont pourtant tout ce qu’il reste de cette ancienne civilisation. Au cours des premiers siècles de l’ère islamique, une véritable science de la musique s’est développée en Iran. Les textes d’Al-Fârâbî (872-950), Safî al-Dîn al-Urmawî (1216-1294) ou Abd al-Qadir al-Maraghi (ca. 1360-1435) ont établi des fondements théoriques toujours valables aujourd’hui en dépit des transformations de la musique persane.
Les dernières décennies de l’époque safavide (1501-1736) sont souvent qualifiées d’Âge sombre de la musique car il n’en subsiste aucune trace écrite. La musique est interdite par le gouvernement et les autorités religieuses, et les chanteurs et instrumentistes n’ont plus le droit de se produire en public. Si les chanteurs peuvent tirer parti du ta’zieh (théâtre religieux commémorant le martyre de l’imam Husayn) et des rozeh khani (lamentations funéraires en l’honneur de la famille du Prophète) pour pratiquer leur art, les instrumentistes n’ont en revanche aucune possibilité de jouer ni d’enseigner en dehors de la sphère privée. Cette prohibition connaîtra son apogée sous le règne de Nader Shah (1736-1747).
À partir de 1750, Karim Khan Zand, le fondateur de la brève dynastie Zand, va s’employer à faire revivre la culture et les arts persans. Ses successeurs qajars feront de même et si leur incompétence politique est notoire, on leur doit d’avoir restauré les arts et la culture iranienne. Le premier roi qajar, Agha Muhammad Khan (1742-1797), aime qu’on lui récite le soir le Shah nameh (le Livre des Rois) et joue de temps à autre du luth à deux cordes dutâr. Le harem de Fath Ali Shah Qajar (1771-1834) entretient deux ensembles de musiciennes dirigés par Ostad Mina et Ostad Zohreh. En 1846, le chancelier de l’empire Amir Kabir fonde l’Institut des arts et des sciences, Dar al-Fonun, où la musique fait l’objet d’un enseignement académique.
Sous le règne de Naser al-Din Shah Qajar (1848-1896) s’opère un changement radical. Rompant avec la théorie des maqâm (modes mélodiques) et des advâr (cycles rythmiques) établie par Al-Fârâbî et Safî al-Dîn al-Urmawî, le musicien Ali Akbar Farahani établit de nouveaux principes sous une forme scientifique et systématique. Il répartit les différents maqâm en sept classes principales appelées dastgâh et cinq classes dérivées appelées avâz. Chaque dastgâh rassemble un mode principal et des modes secondaires (sh’obe) sur lesquels sont composés des mélodies-types ou gushe qui servent de base à l’improvisation, ainsi que des préludes et des interludes instrumentaux. Tout ce matériel mélodique et rythmique forme un répertoire savant, le radif, dont il existe diverses variantes selon les écoles (c’est-à-dire les lignées de musiciens) ou les régions. C’est donc un véritable système qui est reconstruit sur l’héritage théorique des Anciens et sur la transmission empirique intergénérationnelle.
Avec la création d’établissements éducatifs, de nouvelles générations de musiciens vont accompagner cette évolution de la musique persane. Le chant religieux va également servir de tremplin à une nouvelle évolution de l’art vocal. Très attiré par le ta’zieh, Naser al-Din Shah fait bâtir à côté de son palais d’Ispahan un vaste amphithéâtre où il organise des représentations avec les meilleurs interprètes. Drame religieux, le ta’zieh devient aussi une école de chant classique où se forment de grands chanteurs tels que Seyed Ahmad Khan et Eqbal Azar. La ville d’Ispahan, déjà reconnue comme capitale culturelle, voit ainsi éclore une école de chant d’autant plus fameuse que les instruments de musique sont bannis. Ce lien privilégié avec la littérature et la religion confère au chant une prééminence qu’il n’avait pas auparavant et qu’il va désormais conserver.
Avec la nouvelle génération formée dans le département de musique militaire de Dar al-Fonun, l’Iran s’ouvre à la musique occidentale. Il reste désormais à faire sortir la musique savante du cénacle de la cour royale. Disciple de la famille Farahani, Darvish Khan (1872-1926) est le créateur d’une nouvelle forme musicale, un prélude instrumental appelé pishdarâmad (littéralement
« avant de commencer »). Mais il est aussi l’un des fondateurs de l’Anjoman e Okhovvat. Grâce à cette association comprenant des musiciens qui ne travaillent pas pour la cour, la musique, escamotée pendant plusieurs siècles puis confinée à la cour royale, se propage à travers toute la société. Et si les musiciens ne jouissent pas encore d’une totale liberté, on voit cependant apparaître des chanteuses et des femmes instrumentistes.
Sous le règne du dernier roi qajar, Ahmad Shah (1909-1925), les affaires culturelles sont confiées à un groupe de musiciens et à leurs disciples, ce qui bénéficie fortement à la diffusion de la musique. C’est alors que commence à se produire en public celle qui deviendra la « reine de la musique persane », Qamar ol moluk Vaziri (1905-1959). Sa voix, sa personnalité charismatique, dégagent une aura de liberté, d’invulnérabilité, inconnue depuis des siècles. Elle n’a aucun lien avec la cour et ne se soucie guère des préjugés de son temps. Elle chante avec passion, dans un style inimitable, que ce soit par l’étendue de son registre, la rapidité et la souplesse de son vibrato, la délicatesse de ses ornements. À sa mort elle laissera un souvenir impérissable. Depuis 1979, les chanteuses sont rares en Iran. Pourtant, malgré les restrictions, quelques-unes s’efforcent de maintenir et de transmettre cette culture et cette tradition d’art professionnel. Mais comme depuis trente ans elles ont rarement l’occasion de jouer, que ce soit en Iran ou à l’étranger, elles demeurent mal connues du grand public.
Si les Iraniens sont conscients de l’ancienneté des fondements théoriques de leur musique, on ignore en revanche presque tout de l’héritage musical persan antérieur à l’époque qajare. Les causes de cette lacune sont l’inexistence d’un système de notation, la pauvreté du matériau conservé et les troubles politiques qui ont agité l’Iran au XXe siècle. Le patrimoine musical classique se limite donc au répertoire qui s’est constitué sous les Qajars entre 1840 et 1920 et qui comprend des chants (tasnif) et des pièces instrumentales reng et chahârmezrâb. Mais pour limité qu’il soit, ce patrimoine fut une grande source de créativité pour les compositeurs et les improvisateurs de l’époque qajare et il le demeure pour ceux d’aujourd’hui ainsi que nous le montre Siamak Jahangiry.
Depuis 1979, alors que la censure offre à la tradition classique une situation de quasi monopole, les femmes se retrouvent complètement exclues de la scène. Il faut donc rendre hommage aux chanteuses et musiciennes qui, bien que confinées à la sphère privée, aux cénacles de musiciens et à l’enseignement, cultivent opiniâtrement leur art et le transmettent coûte que coûte. Expérimentées, pleines de talent, les chanteuses Pantea Alvandipour et Maede Tabatabai Niya vont connaître à Paris le baptême de la scène.

Programme détaillé

Suite de pièces instrumentales, de chants improvisés et de chansons dans les modes nava et abu-ata.
Ce concert nous révèle le raffinement du chant de l’école d’Ispahan à travers des compositions originales de Siamak Jahangiry. Ces œuvres, écrites dans le respect des canons traditionnels, nous prouvent qu’une continuité dans la tradition n’interdit ni l’imagination ni l’inspiration et que la rupture n’est pas l’unique voie vers l’art contemporain.

/ Tasnif : « Tanha »
sur un poème de Saadi (1184-ca1283).
Tu es parti, seul. Que tes disciples
te consacrent leurs corps
Car tu laisses tes fidèles compagnons pantois.
Oh toi, le rossignol en majesté, aie un regard pour tes amis
Qu’ils sentent souffler vers eux la brise de ton jardin.
/ Saz o Avaz
Impromptu vocal et instrumental de rythme libre, improvisé sur un squelette mélodique proposé par Siamak Jahangiry. Les paroles sont des vers de poésie classique choisis sur le moment.
/ Chaharmezrab
Intermède instrumental dans le mode abu-ata.
/ Improvisation instrumentale
/ Zarbi-ye hejaz
Pièce dans laquelle le chant évolue librement sur un accompagnement instrumental rythmé.
/ Saz o Avaz
/ Tasnif : « Az to koja gorizam »
sur un poème de Mowlana Jalaleddin Rumi (1207-1273).
Ô toi par qui j’ai gâché ma repentance, comment t’échapper ?
Ô toi qui t’es ancré dans mon cœur, comment t’échapper ?
J’ai beau fermer les yeux, briser cette chaîne
Tu ne me lâches pas, comment t’échapper ?
/ Improvisation instrumentale
/ Chaharmezrab
Intermède instrumental dans le mode nava.
/ Saz o Avaz
/ Tasnif : « Az dariche-ye Aftab »
sur un poème de Hafez (1315-1390).
Que ta silhouette soit le soleil de tous
les regards,
Que par sa grâce ton beau visage surpasse tous les autres.
Que le cœur des griffons niche sous les mèches de tes cheveux,
Qui s’envolent tels des faucons royaux.

Présentation des artistes

L’ensemble Delgosha
Siamak Jahangiry, flûte ney, arrangements, direction
Maryam Gharasou, luth tar
Ali Bahrami Fard, cithare santur
Pasha Karami, tambour tombak

Siamak Jahangiry est né à Chaloos en 1971. Joueur de ney réputé, il est également compositeur et arrangeur. Il a été l’élève du maître de ney Abdolnaghi Afsharnia avant de passer son master de musique au Collège des Beaux-Arts de Téhéran en 1996. Tout en préparant un doctorat à l’université de Téhéran, il a poursuivi sa formation instrumentale auprès de Mohamad Ali Kiani Nejad, créé un ensemble musical et commencé à donner des concerts. Il a participé au Silk Road Project aux côtés de Yo Yo Ma et accompagne régulièrement des musiciens de réputation internationale comme Hosein Alizadeh, Shahram Nazeri, Keyhan Kalhor ou Homayon Shajarian. Il a fondé il y a quelques années l’ensemble Delgosha (littér. qui égaie l’âme) avec lequel il a produit plusieurs CD.
Pantea Alvandipour, est née à Téhéran en 1975. À peine avait-elle trois ans que sa mère sut qu’elle avait une voix de chanteuse. Après deux ans d’apprentissage du santur, elle entra à l’âge de 13 ans dans la classe de chant de Lotfali Seylani et quatre ans plus tard elle s’initiait auprès du maître Nasrollah Nassehpoor au répertoire savant du radif dans la tradition de l’école d’Ostad Davami. Puis, pendant huit années elle se consacra à restaurer le style vocal de la fameuse chanteuse Qamar-ol-Moluk Vaziri (1905-1959), la reine du chant persan dans le style qajar. Son premier CD vient de paraître dans la collection Inedit / Maison des Cultures du Monde.
Maede Tabatabai Niya est née en 1980 à Ispahan – une ville réputée pour ses artistes et sa culture raffinée. Son père Naser et son oncle Reza étaient les héritiers du maître Taj Esfahani qui fut l’une des grandes figures de l’école de chant d’Ispahan (maktab-e avâz-e Esfahan). Elle poursuivit ses études auprès d’Ali Jahandar avant de devenir une des disciples de Mohammad Reza Shajarian, figure internationale du chant classsique persan. Elle vit à Ispahan où elle enseigne le style de Shajarian à plus de 200 étudiants.
Maryam Gharasou, née en 1976 à Ispahan, joue du luth târ depuis l’âge de seize ans. Elle a été l’élève de Fariborz Azizi puis du maître Hosein Alizadeh. Elle a joué au sein de l’ensemble Bahar et de l’ensemble Ghazal notamment à la Maison des Cultures du Monde en 2003 et dans divers festivals à l’étranger. Elle termine un doctorat d’ethnomusicologie à l’Université Paris Ouest Nanterre sur les pratiques musicales et rituelles du sud de l’Iran et enseigne à l’Université de Téhéran.
Ali Bahrami Fard est né en 1980 à Shiraz. Il a été formé à l’université de Téhéran et enseigne aujourd’hui à l’université de Shiraz. Joueur de cithare santur reconnu, il travaille régulièrement avec le virtuose de la kamancheh Keyhan Kalhor et entame une carrière internationale. Il est également compositeur, notamment pour le théâtre et le cinéma, ce qui lui a valu un prix à Bruxelles en 2006.
Pasha Karami, né en 1979 à Shiraz, est un virtuose du tombak. Il a été l’élève du maître Navid Afghah et a remporté en 2002 le premier prix au Festival de Shiraz. Il vit aujourd’hui aux Pays-Bas.

Auteur du programme

Gharasou, Maryam
Bois, Pierre

Origine géographique

Iran

Date du copyright

2014

Cote MCM

MCM_2014_IR_S2

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