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Espagne. Trovo des villes, trovo des champs. Spectacle

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Évènement

Titre

Espagne. Trovo des villes, trovo des champs. Spectacle

Sous-titre

Joutes chantées de Cartagena et des alpujarras

Date

2014-04-06

Artistes principaux

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Musique

Description de la pratique

La joute poétique improvisée dans le sud de l’Espagne, trovo
Le trovo met en scène deux (ou plusieurs) poètes chanteurs que l’on nomme trovadores ou troveros, et qui s’affrontent poétiquement lors de veladas troveras (veillées poétiques) souvent interminables où les mots – tout comme le vin d’ailleurs – ne tarissent jamais. Les trovadores développent toute une dialectique sur un large panel de sujets allant du débat philosophique à l’éloge du vin, de la femme... Ces controverses peuvent prendre l’allure de grands débats moraux, philosophiques, d’éloges ou de disputes acérées (qui ne reculent pas, au demeurant, devant l’humour grivois). Composé d’aficionados (connaisseurs), le public joue un rôle capital ; il est le juge et sa mémoire ne lui fait jamais défaut pour reconnaître les degrés d’improvisation. Il suit avec attention toutes les acrobaties poétiques et syntaxiques, il applaudit, ou décide de se taire, anticipe les fins de vers, et salue bien haut les audaces en utilisant le jaleo (interjections). Vaincre c’est d’abord convaincre ! Etre un bon trovero nécessite beaucoup de qualités et bien des ficelles et astuces pour séduire ses spectateurs ; rhétorique, humour, prise à partie du public, charisme, gestuelle...
Héritage d’Homère, du zajal d’Al-Andalus ou des jongleurs et troubadours de Provence ?
Si la question des origines laisse libre cours à tous types d’interprétation, elle joue surtout un rôle de marqueur identitaire d’une région à l’autre. Dans la région de Murcia, les poètes improvisateurs, influencés par les écrivains et les érudits locaux, se revendiquent comme les dignes héritiers des troubadours et trouvères de Provence tandis que dans les Alpujarras (Andalousie), on se plait à évoquer l’héritage arabe (zajal).
Improvisation poétique « repentismo »
Le terme générique employé pour désigner la joute poétique dans le monde hispanophone, repentismo (soudainement) exprime bien cette faculté de créer dans l’instant, dans cet « ici et maintenant ». L’improvisation est donc le maître–mot de cet art poétique et elle s’articule toujours autour d’une métrique précise : la quintilla (cinq vers octosyllabiques avec les rimes abaab, ababa) ou la décima (dix vers octosyllabiques avec les rimes abbaaccddc). Ces schémas métriques correspondent (ou ont été adaptés) aux airs mélodiques locaux.
Porte-parole d’une communauté
Dans la région des Alpujarras en Andalousie, ces magiciens du verbe sont tous agriculteurs ; à la ville portuaire de Carthagène (Murcia) ils sont dockers, chauffeurs de taxi ou agents de circulation... On ne vit pas de la parole, ce n’est pas un métier mais une vocation. Ces troveros ont donc une double vie, partagée entre leur métier et le rôle de porte-parole de leur communauté. Qu’elle s’improvise sur les places de villages, les parvis des églises ou dans le cadre de festivals, la joute semble avoir une fonction sociale bien singulière : réunir une communauté en réaffirmant les valeurs et croyances qui lui sont propres.
« Celui qui aiguise les vers n’aiguise pas les couteaux »
Lieu du « pouvoir symbolique », si la joute peut parfois être un véritable champ de bataille, la violence de cet échange reste symbolique. Le cadre ritualisé et réglementé de la joute permet au poète toute violence et toute transgression verbale. Tel un garde–fou la joute désamorce les tensions d’une communauté. « Quien afila versos no afila navajas », « celui qui aiguise les vers n’aiguise pas les couteaux » selon le trovero murciano Angel Roca.
Des montagnes des Alpujarras à la ville de Carthagène, la route du trovo
Si la région rurale et très pauvre des Alpujarras a été pendant longtemps le berceau du trovo de cortijo, celui–ci a peu à peu suivi la route de la faim et s’est étendu jusqu’aux mines d’Alméria puis à celles de Murcia. Dans les mines de la Union (Cartagena–Murcia) au milieu du xixe siècle le trovo a joué un rôle de protestation sociale et politique essentiel. De plus il s’est développé et diversifié au niveau poétique, musical et sémantique. C’est ainsi que naît le trovo cartagenero qui se dit culto (cultivé, savant) ou profesional afin de se distinguer du trovo popular (populaire).
Les poètes chanteurs invités sont les représentants de deux types de trovo aux modalités poétiques et musicales différentes.
Trovo cortijero (Alpujarras)
Le trovo des Alpujarras est appelé cortijero car il était essentiellement pratiqué par ceux qui vivaient dans les cortijos, fermes très isolées dans les montagnes des Alpujarras. Bien que la vie soit très rude et pauvre, on éprouve une grande fierté à être cortijero, terme qui renvoie à un mode de vie et un code d’honneur et de devoir. Dans les Alpujarras on improvise sur le fandango de cortijo ou primitivo (certains flamencologues le nomment ainsi car ils le considèrent comme la forme la plus primitive du fandango, c’est à dire antérieure au fandango flamenco). Le chant se caractérise notamment par une voix que l’on dit rajá, déchirée, rauque, profonde et puissante jusqu’à saturation. L’accompagnement instrumental à cordes (guitare, violon, bandurria, laúd) joue sur la rugosité et l’épaisseur du son avec son accordage particulier et les frottements sonores. L’aspect rustique du trovo cortijero continue d’être revendiqué avec fierté. Les veladas troveras continuent de rythmer la vie de certains villages en s’intégrant aux cycles du calendrier agricole ou paraliturgique : fêtes patronales, fêtes liées aux vendanges...
Trovo culto (cartagena)
À Carthagène, les joutes s’improvisent dans le cadre de festivals ou de concours où la poésie et la musique n’ont d’autres fonctions que de se suffire à elles mêmes. Ce trovo culto s’accompagne d’une guitare flamenca, son chant profond, étiré et mélismatique prend sa source dans les cantes de las minas auprès desquels il est né (dans les mines de la Union à Carthagène). La performance poétique et vocale est si exigeante que de plus en plus de poètes font appel à un chanteur flamenco : ils leur soufflent alors à l’oreille les vers qu’ils auront à chanter.
Sur le plan poétique, les modalidades poeticas, jeux poétiques et littéraires imposés par le public ne cessent de mettre à l’épreuve la rapidité d’esprit et la capacité à improviser de chacun. La gymnastique syntaxique excelle dans une espèce de transe cérébrale où chacun semble habité par le verbe : les vers se volent entre poètes, ils s’entrecroisent et s’enchaînent, les quatrains se glosent en dizains. Quant à la notion de rivalité, il ne s’agit plus de mettre l’adversaire hors du ring mais de se surélever l’un l’autre pour arriver à un état de transcendance poétique, musicale et quelques fois spirituelle, lorsque le duende touche les poètes et musiciens et s’empare de la velada.

Auteur du programme

Félix, Suzy

Programme détaillé

Le trovo des alpujarras
• Le cante mulero (cante a palo seco) se chante a cappella, sans accompagnement musical. Chant de labour, ce timbre mélodique s’utilise aussi pour improviser lors des rassemblements autour de la parva, la récole et le tri du blé.
• Trovo de cortijo : improvisations faites en quintilla (5 vers octosyllabiques, rimes : abaab, ababa) sur des airs de fandango cortijero. Accompagnement musical : laúd, violon et guitare.

Le trovo de cartagena
> Les formes musicales
• la malaguena trovera : cante libre con guitarra (chant libre accompagné à la guitare flamenca) et dont le schème métrique est une quintilla (5 vers octosyllabiques, rimes : abaab, ababa)
• le fandango trovero, cante a compás, (chant mesuré et accompagné à la guitare flamenca) dont
le schème métrique est une quintilla (5 vers octosyllabiques, rimes : abaab, ababa)
• la guajira flamenca : cante a compás (chant mesuré et accompagné à la guitare flamenca sur un cycle de 12 temps) et dont le schème métrique est une décima espinela (10 vers
octosyllabiques avec une rime très particulière : abbaaccddc)
> Les modalités poétiques
• La controversia est un débat dialectique entre les deux troveros portant en général sur des thèmes d’actualité souvent choisis par le public.
• Les versos alternados consistent en un jeu poétique au cours duquel chaque trovero improvise un vers à tour de rôle.
• Le pie forzado, le public dicte un vers octosyllabique (sur le thème qu’il désire) avec lequel le trovero devra terminer son couplet.
• La glosa del trovo est une strophe de quatre vers cuarteta suivie de quatre quintillas dont chacune doit se terminer exactement par le même vers de la cuarteta en suivant l’ordre du premier au quatrième.
Au cours de cette soirée le public sera sollicité pour proposer des sujets d’improvisation et des pies forzados (vers octosyllabiques par lesquels le trovero devra terminer son improvisation).

Présentation des artistes

Le trovo cortijero des Alpujarras
Ramón Antequera, trovador
Paco Megías, trovador, laúd
El Barranquito, trovador
El Sevilla, trovador
Juan Morón, trovador
Constantino Berenguer y Romera, trovador, guitare
Paco de las Matas, violon

Le trovo “culto” de Cartagena
José Martínez Sánchez “El Taxista”, trovero
Juan Santos Contreras “El Baranda”, trovero
Francisco García “Paco” Pedreño, chant
Juan Martínez Solano “El Mergo”, guitare

Origine géographique

Espagne

Date du copyright

2014

Cote MCM

MCM_2014_ES_S1

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