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Turquie. Le chant du semah alévi. Spectacle

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Évènement

Titre

Turquie. Le chant du semah alévi. Spectacle

Date

2013-04-14

Artistes principaux

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Musique

Résumé

Ce concert présente une autre réalité de la tradition musicale alévie aujourd’hui, celle d’une société urbaine fascinée par les mélodies des semah et leur sagesse poétique. De famille alévie par sa mère, Armağan Elçi est une interprète réputée des chants de tradition anatolienne et en particulier des semah, deyish et nefes alévis qu’elle a appris lors de ses collectes à travers la Turquie. Car Armağan Elçi est également ethnomusicologue et professeur à l’université Gazi d’Ankara. Elle sera très simplement accompagnée par Uğur Top au luth baghlama. Les ashek Cemal Hakiroğlu et Mehmet Şahin, de la communauté alévie de Turhal, participeront également à ce concert, faisant ainsi ressortir le contraste entre la pratique traditionnelle enracinée dans les rituels villageois et une interprétation sur scène qui contribue, à sa manière, à promouvoir ce patrimoine pétri d’humanisme mystique.

Description de la pratique

La tradition religieuse alévie est née en Asie centrale et s’est développée en Anatolie. À la fois mystique et humaniste, elle se fonde sur la foi en Dieu, la prophétie de Mahomet, la sainteté de Ali, son gendre, et la quête de la vérité dans le cœur de l’Homme. Cette tradition porte aussi le nom de bektashisme en référence à son fondateur Haji Bektash Veli (XIIIe siècle). Seule différence, on naît alévi par descendance, on devient bektashi par choix.
Les Alévis furent longtemps décriés par les sunnites orthodoxes qui réprouvaient leur mode d’expression religieuse : pas de prières quotidiennes ou hebdomadaires mais de grands rituels nocturnes, les djem, où hommes et femmes participent et dansent ensemble, pas de jeûne du ramadan mais la privation d’eau et de viande pendant la commémoration du martyre de l’imam Hussein, pas de mosquée mais des « maisons de djem » (djemevi) qui sont à la fois des lieux de rituel et de socialisation de la communauté. Blâmée également leur doctrine fondée sur un islam chiite duodécimain mêlé d’éléments de zoroastrisme, de judaïsme et de christianisme et qui divinise l’homme en faisant de celui-ci le temple de la divinité, comme le rappellent ces vers d’Aşık Daimi :
Je suis le reflet de l’univers puisque
je suis un homme,
Je suis l’océan où vit l’Éternel puisque
je suis un homme.
Cette religion demeura longtemps secrète, les communautés s’étant pour la plupart repliées dans les montagnes anatoliennes et pratiquant leurs rituels pendant la nuit. Pourtant, l’alévisme et le bektashisme ont fécondé tout un pan de la culture populaire anatolienne, en particulier celle des poètes-chanteurs ashek, tout en se nourrissant de l’œuvre de grands poètes turcophones du Moyen-Orient.
Les Alévis représenteraient un sixième à un quart de la population turque, mais c’est principalement dans les régions rurales que s’est préservé le rituel du djem même s’il tend aujourd’hui à se développer également en ville et dans les communautés émigrées.
Le djem n’est pas seulement une cérémonie religieuse, il a aussi une fonction sociale et éducative. Il renforce la solidarité de la communauté, notamment à travers un pacte de fraternité qui unit les membres de la communauté deux par deux (musahip) ; il est le lieu où une fois par an on règle les conflits et l’on juge les mauvaises actions (görgü djem); il permet enfin la transmission de l’enseignement entre le maître spirituel et ses fidèles sur le mode du dialogue (sohbet) également pratiqué dans les communautés soufies. Un djem complet commence en début de soirée et s’achève généralement à une heure très avancée de la nuit par un repas collectif qui commémore le Banquet des Quarante.
La cérémonie superpose et combine en effet plusieurs éléments religieux et ésotériques. Le thème de la grue cendrée (turna), oiseau migrateur, ressuscite par exemple la mémoire collective des anciens nomades türks et de leurs pratiques chamaniques. Il se manifeste de manière mimétique dans les danses de couple semah, notamment à Turhal, comme une évocation de l’envol mais aussi de la parade nuptiale célébrant la fécondité et le renouvellement de la nature.
Dans les textes chantés des semah la grue symbolise le messager entre les amants et son absence est l’exil, l’absence, l’attente de l’être aimé, autant de thèmes que l’on retrouve sous d’autres formes dans la littérature soufie.
À qui s’adresse cette poésie ? À Dieu, au prophète et à sa famille au sens où l’entendent les chiites : sa fille Fatima et son gendre Ali, leurs fils Hassan et Hussein, ainsi que leurs descendants qui constituent avec eux les Douze Imams. Ceux-ci sont célébrés dans un chant appelé düvaz ou düaz-imam. Si Mahomet est respecté et vénéré comme le messager de la prophétie, sa tâche est considérée comme achevée et c’est Ali qui prend le relais dans une position encore plus centrale. Il est le saint, aimé de Dieu, le modèle d’honnêteté, de justice, de quête de la vérité, et ses fils Hassan et surtout Hussein dont on chante le martyre dans une longue élégie a cappella (mersiye) sont les symboles du sacrifice. Viennent ensuite les 366 Parfaits que leur sainteté prédispose à l’élévation à Dieu à la fin de leur vie terrestre. En font partie les grands maîtres dont la lignée est reconnue comme descendant d’Ali, notamment Ahmad Yasavi (mort en 1166) et son disciple Haji Bektash Veli (1209-1271). Entre la famille du prophète et ces Parfaits, on trouve l’Assemblée des Quarante auprès de laquelle le prophète fut introduit lors de son ascension au paradis (miraj). Les Quarante saints ou immortels, parmi lesquels figure Ali, sont présentés comme la manifestation de la réalité divine: «nous sommes un et chacun de nous est nous tous » et c’est l’image de leur Banquet, très forte chez les Alévis, qui symbolise le mieux le thème de l’union que la communauté doit instaurer dans sa vie sociale. La légende rapporte que Selmân donna au prophète un grain de raisin et lui demanda de le partager entre tous. C’est l’ange Gabriel qui apporta la coupe au-dessus de laquelle le prophète écrasa le grain pour en extraire le jus. Lorsque le premier des Quarante porta la coupe à ses lèvres, tous furent enivrés et se levèrent pour danser (semah) en invoquant le nom de Dieu.
Le djem peut rassembler plusieurs dizaines voire plusieurs centaines de personnes, hommes et femmes, mais son organisation revient à quelques fidèles qui se partagent les douze « services mystiques » (oniki hizmet) sous la direction du maître spirituel, le murshid. Celui-ci est notamment assisté d’un guide, le rehber, d’un surveillant, le gözjü et d’un ou plusieurs musiciens, les zakir. Les autres sont chargés, l’un d’allumer les trois chandelles (cheraghdje), l’autre d’assurer la propreté de l’espace central (süpürgedje), un troisième de verser l’eau (sakadje), un quatrième de préparer le repas (niyazdje), etc.
Le rituel se déroule comme une succession de séquences vocales, instrumentales et parfois dansées qui sont entrecoupées de prières et de prônes. Hommes et femmes y célèbrent l’ascension du prophète et l’assemblée des Quarante dans le Mirajlama et la danse du Semah des Quarante, leur vision cosmogonique dans le Semah des grues cendrées où les femmes, tournant sur elles- mêmes, figurent la rotation des planètes tandis que les hommes, battant des bras imitent le vol de l’oiseau migrateur, ou encore le Semah des cœurs qui symbolise la quête d’harmonie au sein de la communauté. Les chanteurs (zakir, littéralement « ceux qui rappellent, qui remémorent ») invoquent les douze imams (düvaz), pleurent le martyre de Hussein dans une élégie a cappella (mersiye) et interprètent en s’accompagnant au luth baghlama ou au violon des chants d’amour (deyish) ou relatant une expérience mystique (nefes). Ces poèmes peuvent être anonymes, de leur propre composition, ou plus souvent l’œuvre de poètes renommés comme par exemple les Sept Grands Bardes (yedi ulu ozan) : Nesimi, Yemini, Khatai, Fuzuli, Pir Sultan Abdal, Kul Himmet, Virani. On aura l’occasion de les entendre au cours de ces deux représentations
À partir du XVIe siècle, ces poètes ont pour héritiers les ashek, terme d’origine arabe signifiant « amoureux » et désignant des poètes, chanteurs, instrumentistes populaires, autrefois itinérants. L’histoire et l’œuvre des ashek sont associées depuis leur origine aux courants religieux hétérodoxes d’Anatolie. Cela les posa, comme leur devanciers, en rebelles face au pouvoir ottoman et en fit, avec le temps, des chroniqueurs critiques et engagés de la vie du peuple turc. Parmi les plus célèbres, on peut citer Aşık Seyrani (1800–1866), Aşık Veysel (1894-1973), Aşık Davut Sulari (1925-1985), Aşık Daimi (1932-1983), Aşık Mahsuni Şerif (1939–2002)... En général c’est à eux que l’on fait appel pour remplir l’office de zakir dans le djem.
Le semah alévi-bektashi a été inscrit par l’UNESCO sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2010.
Pierre bois

Présentation des artistes

Armağan Elçi, chant
Uğur Top, luth baghlama
Aşık Cemal hakiroğlu, chant et baghlama
Aşık Memet Şahin, chant et baghlama

Origine géographique

Turquie

PCI

Le semah alévi-bektashi a été inscrit en 2010 par L’UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Mots-clés

Date du copyright

2013

Cote MCM

MCM_2013_TR_S2

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