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Japon. Bunya ningyo, Marionnettes de l'île de Sado. Spectacle

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Évènement

Titre

Japon. Bunya ningyo, Marionnettes de l'île de Sado. Spectacle

Date

2016-10-05

Date de fin

2016-10-10

Artistes principaux

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Marionnettes, théâtre d’ombres

Description de la pratique

Origines
L’usage des marionnettes (ningyo) au Japon a une origine religieuse et l’ancêtre de la poupée est une branche d’arbre utilisée par les mediums shinto pour faire venir les divinités. Dans le nord du Japon, ces bâtons anthropomorphes servent encore pour leurs consultations oraculaires. Les apports culturels de la Chine et de la Corée ont contribué à faire évoluer ces pratiques et modifier le caractère de la représentation. À Kyushu, des poupées de bois aux jambes et bras ballants actionnés par une ficelle témoignent de ce qui devait être une attraction au viie siècle et un proto-théâtre de poupées. Des écrits de l’époque Heian (784-1185) mentionnent l’existence de marionnettistes itinérants, les kugutsu-mawashi, attestant que le contenu religieux de ces spectacles vont alors s’amenuisant. Aujourd’hui encore dans certaines régions du Japon l’on peut voir dans des fêtes saisonnières quelques familles de marionnettistes jouant et faisant la quête de maison en maison. Au XIII e siècle, des moines itinérants font oeuvre de prosélytisme en usant de petites poupées à l’effigie de la divinité de la prospérité Ebisu. Le spectacle permet de rassembler les foules et de distribuer des amulettes. À la même époque, des moines aveugles et ambulants racontent la légende dorée du bouddhisme ou l’origine des temples. Ils s’accompagnent au luth biwa. À la fin du XVIe, ces conteurs, qui ne sont plus forcément des moines, psalmodient des récits appelés heikyoku. Ces histoires retracent la grandeur et la décadence du clan guerrier des Heike au XII e siècle et remportent un grand succès auprès du peuple et des nobles car conter, c’est une façon d’exorciser la mort violente des guerriers tombés au combat. Cet art s’élargit peu à peu à d’autres genres comme les contes, les légendes, les romans. Tout comme les marionnettes, la récitation s’affranchit de plus en plus de son rôle religieux. Au même moment, le luth à manche long shamisen est importé du sud de l’archipel et s’impose comme instrument d’accompagnement à la place du biwa. Cet art du récit déclamé, dialogué, chanté et accompagné au shamisen prend le nom de jôruri en référence à un conte célèbre : La Princesse Jôruri et ses amours avec Ushiwaka-maru. L’art de la marionnette évolue, des théâtres se créent, s’installent en zones urbaines, surtout à Osaka et à Kyoto, les manipulateurs se sédentarisent et se spécialisent.

Naissance du théâtre de marionnettes ningyo jôruri
C’est à Osaka, au début du XVII e siècle que l’association du jôruri et des marionnettes donne naissance au ningyô jôruri. À cette époque, les marionnettistes se cachent derrière une haute rampe et travaillent les bras levés, ce qui limite considérablement leurs mouvements, mais bientôt la technique change : les manipulateurs viennent sur scène vêtus du kurogo, le costume noir d’invisibilité. Faisant corps avec leur poupée, ils l’animent de mouvements délicats, réalistes et précis sans se faire remarquer par le public. Le récitant (tayû), assis sur le côté, garde cependant une place prééminente dans la troupe en tant que librettiste, récitant, chanteur et musicien.

Le bunraku des villes
Un grand récitant marque l’histoire du ningyô jôruri. Il s’agit de Takemoto Gidayu (1651-1724). Il crée et impose un style de récitation original en fusionnant la récitation épique et le chant mélodieux et renouvelle le répertoire du jôruri en s’inspirant du nô et des chants populaires et en travaillant avec un dramaturge célèbre, Chikamatsu Monzaemon. Cette forme de ningyô jôruri citadine va se développer au XVIII e siècle, se classiciser puis prendre le nom de bunraku qu’on lui connaît aujourd’hui.

Les bunya ningyo des champs
Mais la ville d’Osaka abrite un autre récitant fameux : Okamoto Bunya (1633-1694). De vingt ans plus âgé, Bunya jouit d’une immense notoriété. On apprécie particulièrement son style élégiaque que les habitants d’Osaka appellent bunya nakifushi, les lamentations de Bunya. Cependant, la jeunesse et l’audace de Gidayu vont l’emporter et son style, qui fait déjà école, connaît une vogue sans précédent. Seules quelques régions reculées ne sont pas touchées par cette nouvelle vague, et permettre au style Bunya de subsister. Sur l’île de Sado, le style élégiaque de Bunya va conserver toute son aura et nombre de caractéristiques du jôruri ancien. Au milieu du XIXe siècle, il est associé aux marionnettes qui elles aussi ont perduré, c’est le bunya ningyô. Contrairement au bunraku qui subit d’importantes transformations à partir du XVIII e siècle (pièces bourgeoises, poupées plus grandes, multiplication des manipulateurs), le bunya ningyo conserve son répertoire historique et légendaire et ses marionnettes gardent une certaine rusticité. Aujourd’hui, le bunya ningyo est quasiment inconnu de la plupart des Japonais et ne subsiste plus que dans quatre localités de Kyushu et de Ishikawa ainsi que dans l’île de Sado où, jusqu’à l’ère Meiji (1868-1912) la tradition des récitants aveugles a été maintenue, permettant sans doute une transmission du chant au shamisen d’une qualité exceptionnelle.
Contrairement aux marionnettes de bunraku qui augmentent de taille au XVIII e siècle, les poupées du bunya ningyo conservent leurs dimensions d’origine : 80 cm environ. De même, la marionnette de bunraku est généralement manipulée par trois personnes, tandis que les marionnettes bunya n’en nécessitent qu’une seule. Mais dans ces deux théâtres, la marionnette n’est pas actionnée par des fils ou des tiges ; elle est por tée et le marionnettiste fait corps avec elle. Les poupées sont constituées d’une tête en bois sculptée montée sur une tige traversée par une barre horizontale servant d’épaules, un bras amovible à la main plate et de kimonos superposés parfois rembourrés de coton. Les marionnettistes sont sur scène, vêtus du costume noir qui les dissimule. Une frise d’avant-scène d’environ 80 cm de hauteur les cache partiellement. Glissant ses mains dans le kimono de la poupée, le manipulateur passe sa main gauche dans le dos de la marionnette et tient entre ses doigts à la fois la tige qui soutient sa tête et le bras gauche de la poupée, tandis que sa main droite est glissée dans la manche dr oite de la marionnette.
La manipulation est d’une extrême délicatesse et elle fait preuve d’une réelle virtuosité : pour compenser l’immobilité du visage, les marionnettistes parviennent à exprimer les sentiments et les réactions des personnages à travers les attitudes et les mouvements de la tête et du corps. Entre leurs mains, les marionnettes sont capables d’utiliser des outils, d’écrire ou de manier le sabre.

Programme détaillé

Shinoda-zuma, la femme renarde
Samedi 8 octobre à 18h et dimanche 9 octobre à 17h
Il y a environ mille ans vivait à la cour impériale de Kyôto un célèbre astrologue, Abe no Seimei. Plusieurs légendes circulaient sur son compte, tentant d’expliquer l’origine de ses pouvoirs extraordinaires. Celle de la femme renarde en est une. Quelques années avant le début de la pièce, Yasuna sauve la vie d’une renarde blanche poursuivie par des chasseurs dans la forêt de Shinoda. Blessé, Yasuna est ramené chez lui et soigné par une superbe jeune fille, Kuzunoha. Ils s’aiment et se marient. Quand la pièce commence, Yasuna, Kuzunoha et leur fils Doji âgé de cinq ans vivent loin de tout. Un jour où Yasuna est aux champs et que l’enfant dort, Kuzunoha s’installe à son métier à tisser. Mais son regard est attiré par des chrysanthèmes et ce spectacle l’absorbe tant qu’elle reprend sa forme de renarde. L’enfant s’éveille soudain, voit sa mère, prend peur et se met à crier. Kuzunoha est démasquée, elle doit retourner dans la forêt. Elle laisse une lettre et un poème pour son époux et part. À son retour, Yasuna découvre la vérité sur son épouse et part avec son fils dans la forêt de Shinoda. Ils errent longtemps en vain et, de désespoir, s’apprêtent à se donner la mort quand la renarde intervient et se change une dernière fois en femme. Elle prédit à son fils un avenir d’astrologue glorieux et lui fait deux cadeaux précieux puis elle convainc Yasuna de se résigner à l’inévitable séparation.

Genji Eboshi ori, la coiffe cornée du sieur Genji (extrait)
Vendredi 7 et samedi 8 octobre à 20h30
Ce récit est un épisode du conflit qui opposa au XII e siècle deux grands clans guerriers – les Genji (ou Minamoto) et les Heike (ou Taira) – et qui inspira deux textes célèbres, le Dit des Heike et le Dit de Heiji. Au coeur de l’hiver 1160, Dame Tokiwa, veuve du seigneur Minamoto no Yoshitomo, et ses enfants sont arrêtés par les hommes du clan Heike. L’empereur a ordonné d’épargner les femmes et les enfants mais le chef des Heike, Kiyomori, a ordonné de ne laisser aucun Genji vivant. L’intervention inopinée de deux hommes liges des Genji, Morinaga et Konno Maru, va heureusement les sauver. Reprenant leur fuite, Dame Tokiwa et ses trois fils errent sur des chemins enneigés et à la nuit, ils atteignent le hameau de Fushimi. Elle demande asile à une femme qui se révèle être Shirotaé, la soeur cadette de Morinaga. Mais celle-ci est aussi l’épouse d’un guerrier Heike, Munekiyo. Aussi leur enjoint-elle de fuir avant que son mari ne les découvre. Mais Tokiwa est épuisée, elle décide de rester et dresse un campement de fortune à proximité de la maison. À son retour, Munekiyo remarque leur présence. Que faire ? Les tuer, ce sont les ordres. Mais sa femme est une Genji et le vent peut tourner. Comment va-t-il résoudre ce dilemme ?

Présentation des artistes

Nishihachi Hachirobe et la compagnie Saruhachi-za
Après neuf années passées dans le théâtre de bunraku d’Osaka, Nishihachi Hachirobe a tout quitté pour venir s’installer dans l’île de Sado en 1979 et s’initier à l’art du bunya ningyo. En 1984, il remonte la pièce Shinoda-zuma qui n’avait pas été jouée depuis plus de cinquante ans. Il crée la troupe Saruhachi-za en 1995 et fait revivre des pièces inspirées de légendes anciennes dans le style des ballades accompagnées au shamisen (style sekkyô) ou interprète des livrets de grands dramaturges comme Chikamatsu Monzaemon (1623-1725), le shakespeare japonais. Depuis avril 2011, le récitant de la troupe est Watanabe Hachitayû, 13e de la lignée Tama sekkyô et également connu sous le nom de Satsuma Wakatayû.

Auteur du programme

Marionnettistes

Traduction-surtitrages

Origine géographique

Japon

Représentations

05/10 et 06/10 Amphithéâtre de l'Opéra, Lyon
07 au 10/10 Cirque Romanès, Paris

Date du copyright

2016

Cote MCM

MCM_2016_JP_S1

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Titre Localisation Date Type
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