Ressource précédente
Ressource suivante

Inde. Kumari, Déesse. Danse. Création à Paris. Spectacle

Collection

Type de document

Évènement

Titre

Inde. Kumari, Déesse. Danse. Création à Paris. Spectacle

Date

1993-03-05

Date de fin

1993-04-04

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Danse

Description de la pratique

5 mars-4 avril 1993.
Mise en scène Dominique Quéhec; danse Shakuntala; musique Jean-Lou Descamps.
Assistant à la mise en scène, Yvan Quéhec.
Avec la voix de Gérard-Henri Durand, des voix d'enfants et Gayatri Sayeeram.
Espace et costumes, Evelyne Guillin.
Lumière Jean Grison.
Son Daniel Deshays.

Parti en Inde à la recherche de la déesse Durga, Dominique Quéhec a rencontré Kumari. Le metteur en scène a choisi de nous relater avec la complicité de la danseuse Shakuntala et du musicien Jean-Lou Descamps cet étonnant périple qui l'a conduit du grand récit mythique sanskrit (le Devî-Mâhâtmya) aux bûchers crématoires de Bénarès puis à Kumari, la déesse-enfant de Katmandou. Un surprenant récit de voyage, voyage initiatique.

Co-production Théâtre de la Pierre Blanche - Maison des Cultures du Monde ' Centre de Recherche Appliquée en Théâtre Antique.

Voyage initiatique en Inde.
"Certains lieux, par la violence de leur géographie ou de leur histoire, invitent à un renversement de la pensée ou de conduites ordinaires. Ils vous obligent presque malgré vous au dépassement de vous-même. On le sent tout de suite à un étirement inhabituel du temps. Les corps ne semblent plus soumis aux mêmes lois physique et cela leur confère une gravité presque iréelle dont on ne sait pas si elle est due à l'attente d'un grand danger ou à une prophétie sur le point de se réaliser. On le sent aussi à une température assourdissante, oui assourdissante car elle vous enlève toute autre perception que sa propre masse atmosphérique confuse. Beaucoup viennent à Bérarès pour mourir: cette seule raison donne à la ville une douceur effrayante et secrète qui la soumet à l'irrésistible beauté de la séparation et du devenir. Ce fait unique soutient chaque pas. Il faut suivre dans les moindres détails ce cérémonial quotidien et cette façon naturelle, presque aimable, de comprendre la mort. Et ainsi, d'enchanter la vie.
D'un côté, au Levant, des palais en ruines visités par des singes. Les crues géantes ont laissé leur marques de couleur et de boue; aux façades surtout, le bleu a des raffinements de catastrophe.
De l'autre, loin en arrière sur la berge, le sable s'offre seul au regard et à la contemplation. Au milieu, c'est le Gange presque immobile sous un ciel gris. Sur la rive habitée, tout se meut dans la confusion des choses, des animaux et hommes. La vie est partout, anarchique et glorieuse, la mort aussi avec ses fastes intimes et l'oubli de sa putréfaction. Alors qu'on ne s'y attend pas, l'aire de crémation est soudain là devant vous. Elle accueille des cadavres, ceux qui attendent et ceux qui brûlent déjà avec la tête et les bras comme soulevés pour une dernière demande ou tenus hors du brasier par une incompréhensible vigilance.

Kumari, déesse.
Le fait s'est produit au royaume du Népal, à Kumari.
Le palais de la Déesse, la matinée commence. Soudain, à l'une des fenêtres du dernier étage, une enfant apparaît. Les cheveux noirs éclatent sur le visage d'ambre clair. Les grands yeux allongés sont soulignés d'un cercle de nuit qui accroît démesurément leur présence. Elle est vêtue de rouge et me regarde un long moment sans bouger.
Combien de temps resta-t-elle ainsi immobile avant que la fenêtre ne fût à nouveau sombre et vide? Une seule idée me restait: la voir ne fût-ce qu'un instant face à face.
Le lendemain dans une des salles du palais, la porte s'ouvre, un garde entre le premier, puis une vieille femme. Enfin, après un silence, l'enfant est là, à quelques pas, dans cette même robe rouge imprimée d'un mandala sur la poitrine et dans le dos. Elle s'assied. Une enfant livrée à elle-même, à sa pensée ou à son jeu.
Simplement un peu plus grave, comme si, par-delà l'enfance, elle s'éclipsait dans une succession d'âges ou de mondes à elle seule visibles. Belle de la beauté redoublée de la beauté sans qu'il soit possible de la dire, elle était là fragile et définitive comme le destin. Aucun son ne sortira de sa bouche enfantine et précieuse. Le silence, la blancheur et la transparence du silence. Voyez-la maintenant au sacrifice des cent huit b'ufs auquel elle doit rituellement assister sans rien concéder à l'émotion ou à quelques penchants que ce soit. Neutre, au-dessus de toute expression humaine. Chaque bête est attachée à une borne de pierre où le sacrificateur lui tranche le cou net et sans se reprendre. Assise, couronnée d'or et vêtue de pourpre, elle regarde. On lui présente le sang frais dans une coupe qu'elle porte à ses lèvres. Calme et inaccessible comme Durga qu'elle manifeste dans la splendeur de ses quatre ans, petit être fabuleux tombé des astres.
C'est une mendiante. Elle fume les yeux fixés sur le toit du monde. Vers la source du Gange. Elle porte une longue robe grise aux fleurs délavées par la pluie et la poussière. Les pieds sont nus sur la pierre. Elle se déplace maintenant sur la terrasse accrochée aux flans de la pagode. Sans interrompre son rêve, elle va vers les moulins à prière, les effleure avec douceur. Aucune hâte dans ses gestes, elle ne va nulle part. On la dirait guidée par une nuit intérieure protégé par son corps sale et blessé. Belle de l'éclat presque passé de ses vingt ans. Je ne puis me détacher de ce visage de montagnarde rempli d'une irrémédiable tristesse. Elle tousse par courtes rafales assourdies et profondes. Où a-t-elle pris ce poids installé en elle comme le résultat de très anciennes fatalités? Seul bruit, les centaines de clochettes des toits de la pagode frémissent dans le vent. Je m'assieds. Elle a vu, elle s'approche, s'assied à son tour près de moi. Je tourne alors la tête pour mieux la voir. Ses yeux sont déjà là, son sourire aussi, mais elle ne dit rien. Elle s'approche encore, regarde mes mains et, d'un doigt, presse lentement le dos de la main la plus proche. Quel sens donner à son geste? Nous sommes silencieux face à l'Himalaya invisible. Elle se met à parler ou plutôt à répéter quelques mots, toujours les mêmes. Ce n'est pas de l'argent, non elle ne demande pas d'argent. Mais quoi? Elle insiste. Elle me suit dans les escaliers qui ramènent à la vallée. Nous marchons au milieu des singes, nombreux en cet endroit. Et toujours les mêmes mots répétés avec l'accent de la nécessité et de l'urgence. Elle ne sourit plus. Un excitant, feuille ou graine qu'elle mâche, l'occupe entièrement. Je pense à la Pythie mâcheuse de laurier. Je veux faire quelque chose, répondre par un geste. Je lui offre de l'argent. Elle me regarde, remue à peine la tête en signe de refus, et part sans se retourner. Comme la mort si elle avait un visage. Me revient alors ce moment de la crémation où, sous l'action du feu, l''il d'un mort explosa dans ma direction, projetant une gerbe d'étincelles, véritable poussière de regard à moi seule adressée. La médiante et l''il ne faisaient qu'un."
Dominique Quéhec.

Biographie de Dominique Quéhec, de Shakuntala, de Jean-Lou Descamps.

Composition musicale, arrangements

Chorégraphie

Mise en scène

Origine géographique

Inde

Mots-clés

Date du copyright

1993

Cote MCM

MCM_1993_IN_S1

Ressources liées

Filtrer par propriété

Titre Localisation Date Type
Saison 1993 1993