Ressource précédente
Ressource suivante

Inde. Rabindranath Tagore. La danse et les chants. Spectacle

Collection

Type de document

Évènement

Titre

Inde. Rabindranath Tagore. La danse et les chants. Spectacle

Date

1996-05-30

Date de fin

1996-05-31

Artistes principaux

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Danse

Description de la pratique

30-31 mai 1996.
Première partie
Poèmes de R. Tagore chantés par Sharmila Roy, chant et tanpura; Buddhadev Das, vièle esraj; Bruno Caillat, tabla et pakhavaj.
Programme différent chaque soir présenté par Sharmila Roy.

Deuxième partie
I. Prakriti
Extrait de Tomari Matir Kanya d'après Chandalika, danse-drama de R. Tagore
Chorégraphie de Manjusri Chaki-Sicar
Chant: Srinanda Mukherjee et Indira Shilpi Goshti
Musique: Srikumar Banerjee
Costume: Dancers'guild, Calcutta
Danse: Ranjabati Sircar
II. La terre blessée d'après le poème de R. Tagore Hingshaye Unmotto Pritthi (1925)
Chorégraphie et danse: Ranjabati Sircar
Musique: Gilles Petit

Samedi 1er juin à 19h, Le dance-drama de R. Tagore.
Conférence démonstration avec France et Lokenath Bhattacharya, spécialistes de la culture bengalie, Catherine Clément, philosophe et Ranjabati Sircar.


Dans le théâtre de Tagore, le chant revêt une grande importance. Il représente une sorte de soulagement dramatique, un message de lucidité philosophique tout autant qu'un contrepoint au déroulement du récit. Les chanteurs peuvent incarner un groupe de jeunes ou de villageois qui se meuvent sur la scène selon une chorégraphie assez libre; à d'autres moments, ils obéissent à une chorégraphie très précise.
En 1936, Tagore créé son premier opéra-dansé (dance-drama) Chitrangada. L'histoire se déroule dans le cadre mythologique du Mahâbhârata. Le thème en est métaphysique: l'éternel dilemme entre l'apparence et la réalité, la dualité entre la beauté physique et la richesse intérieure.
Son deuxième danse-drama Chandalika, est l'adaptation d'un récit mythologique bouddhique du népal (Jataka) intitulé Shardul-Kanabodana. Il en tire tout d'abord une version purement théâtrale (1933) puis un opéra (1938). L'histoire de Chandalika, fille intouchable, symbolise la lutte pour la dignité humaine, contre le carcan imposé par la société. Elle est créée à la veille de la deuxième guerre mondiale alors que le fascisme claironne son message de haine et de ségrégation.
Le climat musical et poétique de Chandalika dévoile quelque aspects étonnants dans l'écriture de Tagore et notamment le langage familier de la vie quotidienne.
A 70 ans, Tagore écrit enfin Shyama, son dernier danse-drama qui est pour certains purement musical. Tagore s'attaque au thème de l'amour, force vitale s'opposant à l'éthique sociale et morale.
Dans ces trois oeuvres, un choeur danse et chante, jouant le rôle de témoin et de commentateur. Le découpage des phrases musicales tantôt mesurées tantôt de rythme libre fait preuve d'une grande théâtralité en introduisant des dialogues musicaux et néanmoins naturels entre les personnages, ce qui est rare dans la tradition de l'Inde.
Sharmila Roy.

Sharmila Roy est née a Santiniketan, le centre créé par Tagore en 1901. Elle est considérée comme la meilleure interprète du Rabindra-sangît, ce répertoire de plus de deux mille chansons qu'elle a appris auprès de maîtres eux-mêmes formés par Tagore. Sharmila Roy fait sienne cette conviction que la relation à la musique est avant tout instinctive: "C'est l'expression que l'on apprend d'abord, quant à la formation et à l'instruction, elles viennent après". Sa culture musicale lui permet d'expliquer et de donner à voir les sources auxquelles Tagore a puisé son inspiration: la musique classique de l'Inde du nord (dhrupad, khyal, thumri), la musique karnatique, la musique traditionnelle du Bengale et la musique occidentale. Sharmila Roy a collaboré avec Satyajit Ray, Olivier Messiaen pour lequel elle a animé un atelier de chants de Tagore au conservatoire, avec Peter Brook pour le Mahâbhârata et elle tourne dans le monde entier.
Buddhadev Das est issu d'une famille de musiciens. Il apprend l'esraj auprès de son père puis de Sri Ranadhir Roy. Il donne des concerts en Inde et à l'étranger, joue à la radio et la télévision bengalie et enseigne la musique à la faculté de musique de Santiniketan. Son style recouvre à la fois le style vocal gayaki ang et le style technique proprement instrumental gatkari ang. L'esraj est un instrument à archet dont le corps est taillé dans une pièce de bois recouverte de parchemin; aux cordes mélodiques viennent s'ajouter une dizaine de cordes sympathiques ainsi qu'une touche pourvue de seize frettes mobiles.
Bruno Caillat a été formé au tambour à deux peaux pakhavaj et aux tabla par différents maîtres indiens et particulièrement Ahmed Latif Khân et Ilmas Hussain Khân. Il accompagne régulièrement des musiciens indiens et maîtrise également le zarb iranien.

Le dance-drama
Au soir de sa vie, Tagore entreprend d'élaborer une nouvelle forme de danse indienne, une danse qui participe de la quête du dieu de beauté qu'il a mené toute sa vie dans la nature, le corps, la pensée, la parole et l'acte. Au-delà de la danse, c'est toute la vie qu'il désire embellir. Les événements et les drames de sa vie personnelle ont élargi l'horizon de son humanisme et lui ont enseigné le renoncement à l'amour du particulier pour mieux se consacrer à celui de l'humanité, de sa nature et de dieu.
Sous l'influence de son père, un saint qui passa la plus grande partie de sa vie retiré dans l'Himalaya, Rabindranath Tagore a très tôt découvert que l'amour humain ne faisait qu'un avec celui de la nature et de dieu. Inlassable, Tagore cherche à se dépasser, il mêle harmonieusement la spiritualité la plus authentique au lyrisme ou au drame. Le centre d'éducation Santiniketan ou "Demeure de la paix" qu'il fonde en 1901 devient bientôt le foyer générateur de cette beauté à laquelle il aspire. On y voit éclore spontanément la poésie, la musique, la peinture, la danse, le théâtre dans un rayonnement qui attire de nombreux étrangers. Il veut en faire un centre de "recherche et d'étude de toutes les religions des littératures, de l'histoire des sciences et de l'art de toutes les civilisations, loin de tout antagonisme entre races, nationalités ou castes", à seule fin de d'enrichir mutuellement. L'étude simultanée des cultures occidentale et orientale doit permettre d'approcher de ce but suprême: réaliser l'unité fondamentale de l'homme.
C'est donc dans cet esprit que Togore décide de créer une danse universelle. Ainsi naît le dance-drama, spectacle de chant, de musique et de danse fusionnant la dynamique du kathak, la gestuelle sculpturale du bharata natyam, des éléments du manipuri, du kathakali, du chhau, des mouvements des danses de Java, de Bali et du japon. Il ne s'agit pas simplement d'emprunts, mais d'une absorption et d'une recréation, d'une synthèse. Ce nouveau style dramatique et chorégraphique qu'on appellera Rabindranritya, vise à exprimer un sentiment intime, à représenter et à embellir les images suggérées par la poésie et le chant.
La tâche du chorégraphe revient à créer une "synthèse chimique" à partir des éléments disponibles et de les présenter avec la conscience spatiale du sculpteur et la conscience linéaire du peintre. Dans le dance-drama, la danse n'est jamais une traduction des vers ou des paroles; les textes, la peinture et les chants du poète peuvent être source d'inspiration, mais le résultat est par essence l'expression du chorégraphe, qui peut être tout à fait contemporaine.De ce fait, il n'est plus question aujourd'hui de reprendre telles quelles les chorégraphies du temps de Tagore, mais de s'inspirer de son approche, de rester fidèle à la "synthèse créative" qu'il défendait. C'est dans ce sens que les dance-drama reflètent le spiritualisme et l'humanisme de Tagore.
Ranjabati Sircar, née au Nigéria et élevée aux Etats-Unis, vit actuellement en Inde. Dès son plus jeune âge, sa mère Manjusri Chaki-Sircar, l'initie à la danse et plus tard elle complète sa formation de danseuse indienne avec de grand maîtres. Elle élabore avec sa mère un style inspiré par la démarche tagorienne, le Navanritya, basé sur huit groupes de mouvements dérivés des principes de la danse classique. Plus fidèle à l'esprit qu'à la lettre, Ranjabati Sircar ne se limite pas aux créations de l'époque de Tagore; elle suit au contraire les conseils de Tagore qui encourageait les danseurs à s'inspirer des danses classiques et traditionnelles du monde entier, tout en restant essentiellement indiens.
En 1990, Ranjabati Sircar représente l'Inde à l'American Dance Festival, ainsi qu'aux Rencontres Internationales des Créateurs au Venezuela en 1991 et 1992. Elle est actuellement titulaire d'une bourse du gouvernement indien pour écrire un livre sur le Navanritya.
Ranjabati Sircar dansera tout d'abord un extrait d'un dance-drama de Tagore dans une chorégraphie de sa mère (1987) qui s'inscrit dans le style Navanritya. Ensuite, elle présentera le travail qu'elle a réalisé en collaboration avec Gilles Petit à partir du poème de Tagore La terre blessée.
Gilles Petit a été formé à la musique indienne et occidentale, tant vocale qu'instrumentale. Son chant, le jeu de zarena, un instrument qu'il a conçu et réalisé lui-même, et celui d'une bombarde bretonne dont il tire des sons qui rappellent les hautbois orientaux, évoquent de manière abstraite l'ambiance et la caractère du poème sans jamais chercher à en donner une traduction littérale.
Prakriti, extrait de Tomari Matir Kanya d'après Chandalika. L'�uvre de Tagore met en valeur la confiance en soi et l'auto-réalisation de Prakriti, la femme intouchable, ainsi que le pouvoir intérieur et rituel des femmes dans les sociétés non brahmaniques, incarné par la mère de Prakriti, prêtresse. Cette chorégraphie aborde aussi la force de rébellion collective contre l'oppression sociale. Prakriti tombe amoureuse d'Ananda, disciple de Bouddha, quand ce dernier acceptant l'eau qu'elle lui offre de ses mains lui dit que son "intouchabilité" n'a pas de sens pour lui. Elle demande à sa mère de jeter un sort tantrique sur le moine afin de l'attirer dans ses filets. S'ensuit un combat dans lequel les forces de la nature sont réveillées. Ananda succombe, mais Pratriki le libère réalisant que l'amour qu'elle lui porte n'est que le symbole de la liberté qu'elle a pu réaliser ou acquérir à travers lui.
La terre blessée (1996). Ce travail est une exploration du pouvoir de la prière contre la violence, la dégradation, l'avilissement et les actions irresponsables. Le poème fut écrit par Tagore en des moments de contestation politique et d'agitation sociale. L'invocation au Bouddha évoque ce qu'il y a de serein, de libre et d'éternel en chaque être.
trad. Gilles Petit et Ranjabati Sircar.

Sauvage est le monde aujourd'hui,
intoxiqué de haine;
cruels sont les conflits
et d'une angoisse infinie.

Le monde a des chemins sinueux,
inextricables sont ses desseins;
tout ce qui vit te supplie de renaître
toi, l'éternel.

Sauve-les,
que résonne à nouveau ton chant d'espoir.
Laisse la fleur de lotus
au riche trésor de miel
ouvrir ses pétales dans ta lumière.

Serein, libre
dans ton insondable bonté,
efface toutes ces ombres
sur la terre blessée.

Ranjabati Sircar remercie tout particulièrement Milena Salvini, Jacqueline Robinson, France Bhattacharya, Sharmila Roy.

Composition musicale, arrangements

Textes

Chorégraphie

Origine géographique

Inde

Mots-clés

Date du copyright

1996

Cote MCM

MCM_1996_IN_S1

Ressources liées

Filtrer par propriété

Titre Localisation Date Type
Inde. Rabindranath Tagore. Ranjabati Sircar, danse. Photos Inde 1996-05-30 Photo numérique
Titre Localisation Date Type
Saison 1996 1996