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Inde. Mudhiyettu. Théâtre rituel du Kerala. Spectacle

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Évènement

Titre

Inde. Mudhiyettu. Théâtre rituel du Kerala. Spectacle

Sous-titre

par les acteurs-ritualistes et musiciens des environs de Cochin

Date

2001-03-29

Date de fin

2001-04-01

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Cérémonie, rituel

Description de la pratique

29 mars-1 avril 2001.
Considéré par les indiens comme le plus ancien drame dansé du Kerala, le Mudhiyettu fait partie de ces religions dramatiques qui évoquent un épisode de la vie de la déesse Kali, appelée quelquefois Baghavati ou Badhrakali.
Au commencement du monde et bien avant la propagation de l'hindouisme se déroule un combat gigantesque entre le Bien et le Mal, entre Kali la déesse et Darika le démon. La représentation du mythe fondateur pour les peuples des forêts se déroule en deux temps: le traçage du kolam et la danse de possession.
L'Etat du Kerala dans le sud de l'Inde, révèle à l'Europe depuis quelques années seulement, son incroyable abondance de formes dramatiques à la terrifiante magnificence. Le mudhiyettu, probablement une des plus anciennes, se déroule à la nuit tombée, presque dans le secret, à l'orée de la jungle qui ourle les territoires mi-solides mi-aquatiques de la région de Cochin. Cérémonie mais aussi spectacle, le mudhiyettu recèle des niveaux symboliques différents.
Mudhiyettu, qui signifie jeu de la coiffe ou jeu de la tête, joue sur une ambiguïté. La coiffe, celle de Kali, la déesse buveuse de sang, domine l'acteur-danseur emporté par une extase furieuse qui le projette bien loin de ceux qui regardent. Rouge, rutilante, elle se déploie sur presque un mètre de chaque côté de sa nuque. Dès que les bords de bois, de textile et de végétaux touchent sa chevelure et son visage maquillé, l'acteur devient cette fille-épouse du dieu Shiva qui part tuer les démons. La tête, peut-être celle de Darika, un démon, le plus puissant de tous, que Kali tranche de sa longue épée ruisselante et promène en la brandissant, éclaire la forêt de ses reflets tragiques multipliés par la lueur des torches. Le mal est vaincu. La terre, les femmes enceintes, les bêtes gravides peuvent enfin engendrer.
Les crânes que porte Kali en collier macabre sautent en s'entrechoquant lorsque dans sa course folle, elle poursuit les danseurs métamorphosés par leur costume immense. Dvenue souveraine du monde des morts, elle fait régner l'inquiétude partout où elle passe.
La tête du kolam -grand dessin sacré tracé sur le sol par les ritualistes avant que les tambours chenda ne commencent leurs roulements- est celle de Kali portée par les démones Kooli et Valata qui avaleront les gouttes de sang tombées des blessures des démons avant qu'elles ne touchent terre. Les poudres de couleur qui remplissent les espaces entre les cernes d'un gigantesque graphisme, effacés systématiquement par les officiants avant le début de la danse, seront soigneusement recueillies et distribuées au public qui gardera cette poussière divine comme talisman. Seule la tête de la déesse ne sera pas effacée. Les pas des danseurs, ou le vent, estomperont ses contours au cours de la nuit de tous les prodiges.
Pendant ce temps, d'autres ritualistes se préparent à la représentation du mystère en se maquillant. Dès que la nuit tombe et que la grosse lampe à huile est allumée, l'aire de jeu d'une clairière (sanctuaire de forêt appelé kavu) est divisée en deux par un rideau. Les protagonistes, à demi-cachés et commençant leurs mouvements oscillatoires au son des tambours chenda et des invocations chantées, se présentent au public puis, à la lueur des torches tenues par des jeunes gens qui les suivent en courant, se jettent dans une danse frénétique qui les conduit jusqu'à la divinité par l'intermédiaire de l'extase (car il s'agit d'une cérémonie chamanique). Ensuite, la divinité évoquée chevauche les danseurs maquillés et lourdement costumés, emportés par une transe violent.
Françoise Gründ.

Ordre des scènes
1. Traçage du kolam. La présence de Badhrakali doit s'inscrire dans le dessin. Vers la fin du kolam, les ritualistes chantent le kolampattu, une description de la divinité.
2. Effacement du kolam. La présence de Badhrakali va passer du graphisme aux corps des ritualistes acteurs-danseurs.
3. Transport de la lampe à huile. Badhrakali voyage dans la flamme. L'énergie se déplace du kolam vers le jeu.
4. Mêlam, passage musical d'appel de la divinité (tambours chenda et cymbales hilletala).
5. Mise en place du tirasila, le rideau qui sépare le monde réel du monde de la maya (illusion)
6. Apparition de Shiva et de sa monture sacrée, le taureau Nandi, et de Narada, le sage qui est aussi le messager.
7. Récit de Narada: il lit dans une feuille de palmier l'histoire du démon Darika qui détruit le monde et se moque des dieux.
8. Entrée de Daraka, le roi-démon insolent qui défie même Shiva. Danse de puissance de Darika qui lance un défi dans les quatre directions.
Entrée de Badhrakali qui menace Darika et le défie, elle aussi, dans les quatre directions.
10. Entrée de Koyambadar, le roi local et chef des armées. Il se met au service de Badhrakali et raconte les horreurs qu'il vient de voir sur le passage de Darika. Il est aussi l'incarnation du taureau Nandi.
11. Badhrakali attend le moment de la bataille. Elle se tient assise, ce qui signifie qu'elle est sur terre.
12. Entrée de Kooli, servante de Shiva et démone buveuse de sang, qui vient aider Badhrakali. Elle commence une danse et appelle Badhrakali, sa mère. Son comportement est celui d'une folle, ce qui donne à la scène un caractère comique. Avant la bataille, elle décide de prendre un bain, puis de se brosser les dents et de laver ses vêtements. Elle met en garde Kali: "Ne va pas dans la forêt, deux fous furieux sont à ta recherche!"
13.Entrée de Darika et de son frère Danavendra. Ils sont à la recherche de Badhrakali
14. Scène de bataille entre Badhrakali, Kooli, Darika et Danavendra. Une lutte sans merci commence'
15. Scène de fuite. Darika et son frère cherchent refuge dans les quatorze mondes. Ils vont même jusqu'au non-monde, le patala.
16. Scène de fureur et de transe. Badhrakali est au comble de la colère. Sa coiffe lui est enlevée dans un but d'apaisement de l'acteur-ritualiste. Une véritable agression est redoutée.
17. Scène d'apaisement. Les ritualistes cherchent à apaiser Badhrakali. Ils l'asseyent, lui donne de l'eau fraîche, touchent sa coiffe.
18. Mort de Darika. Le combat reprend et Badhrakali tue Darika. Symboliquement, elle lui retire sa coiffe (sa tête).
19. Bénédiction. La colère de Badhrakali est tombée. Elle est devenue Baghavati, pleine d'amour. Dans les sanctuaires du Kerala, les mères amènent leur enfant à l'acteur-ritualiste. L'enfant peut alors être Shiva car, lorsque celui-ci s'aperçut de la violence de la colère de sa fille Badhrakali, de peur d'être tué il lui apparut sous les traits d'un enfant.

Remerciement à Madame Khartika Naïr et Monsieur Ravi Gopalan Naïr.

Contributeurs

Origine géographique

Inde

Mots-clés

Date du copyright

2001

Cote MCM

MCM_2001_IN_S1

Ressources liées

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Titre Localisation Date Type
Inde. Mudhiyettu. Théâtre rituel du Kerala. Photos Inde 2001-03-29 Photo numérique
Inde. Musiciens. Mudhiyettu. Théâtre rituel du Kerala. Photos Inde 2001-03-29 Photo numérique
Inde. Traçage du kolam (prière graphique), effacement du kolam. Mudhiyettu. Théâtre rituel du Kerala. Photos Inde 2001-03-29 Photo numérique
Inde. Mudhiyettu. Théâtre rituel du Kerala. Photos Inde 2001-03-29 Photo numérique
Inde. Maquillage et musiciens. Mudhiyettu. Théâtre rituel du Kerala. Photos Inde 2001-03-29 Photo numérique
Inde. Traçage du kolam (prière graphique), effacement du kolam et transport de la lampe à huile. Mudhiyettu. Théâtre rituel du Kerala. Photos Inde 2001-03-29 Photo numérique
Inde. Mudhiyettu. Théâtre rituel du Kerala. Vidéos Inde 2001-03-31 Vidéo numérique
Titre Localisation Date Type
5e Festival de l'Imaginaire 2001