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Japon. Marionnettes Bunya Ningyo. Spectacle

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Évènement

Titre

Japon. Marionnettes Bunya Ningyo. Spectacle

Date

1983-05-24

Date de fin

1983-05-26

Artistes principaux

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Marionnettes, théâtre d’ombres

Description de la pratique

24-26 mai 1983.

Localisation
Les marionnettes appelées Bunya Ninoyo (littéralement : poupées de Bunya) vivent depuis le XVIIe siècle dans l'île de Sado. L'île de Sado, la plus grande île japonaise de la mer du Japon, se situe au large de Niigata à environ 300 km au Nord de Tokyo. Avec ses 220 km de côte, et une population de 88.000 habitants, elle base son économie sur l'agriculture et la pêche. Le public consiste donc en deux catégories rurales. Très fermée, elle est bordée de montagnes au nord et au sud.
Au cours de l'histoire japonaise elle est connue surtout comme terre d'exil. Les plus célèbres bannis ; l'empereur Juntoku Joko, le bouddhiste Nichiren et Zeami le créateur du théâtre Nô, y trouvent, en leur temps, refuge. A l'époque d'Edo, les mines d'or font de l'île un point d'attraction pour certains groupes de prospecteurs et de travailleurs.

Les origines
Le théâtre de Bunya joué encore aujourd'hui dans l'île de Sado tire ses origines du Bunya-Bushi, style de narration romanesque basé sur la technique de chant-parlé des vieilles ballades créé au XVIIe siècle par un musicien de Kyoto : Okamoto Bunya. Ce nouveau style retient l'attention de Amada Sayoichi, un musicien aveugle de l'île de Sado, qui, en rentrant chez lui, l'importe dans l'île. Tandis que d'autres styles narratifs détrônent et estompent progressivement le Bunya-Bushi, dans la région de Kyoto et d'Osaka, sa popularité ne cesse de croître, dans l'île de Sado jusqu'à la fin du XIXe siècle. Bien que le style d'Okamoto Bunya se soit aussi introduit dans d'autres parties du Japon, le Bunya-Bushi de l'île de Sado, reste sans aucun doute, le plus proche de l'originel à cause de la situation isolée de l'île et de la préservation de cette forme sous la responsabilité exclusive des conteurs-chanteurs aveugles. Depuis la fin du XIXe siècle, ces narrateurs aveugles deviennent rares. Récemment des chercheurs prenant conscience de la valeur de ce trésor vivant contribuent à conserver la forme authentique.
Les marionnettes font leur apparition dans l'île de Sado, au début du XVIIIe siècle, grâce à Suda Gorozaemon qui part à Kyoto pour apprendre l'art de la manipulation et qui revient avec tout un théâtre de marionnettes.
Au début, les marionnettes se présentaient sur une scène simple consistant en un bandeau de tissu bas, tendu face aux spectateurs, au-dessous d'un demi-rideau suspendu. Les pièces consistaient en un accompagnement gestuel des poupées sur le Sekkyo-Bushi, une récitation mélodique extrêmement triste qui se basait sur les thèmes bouddhiques de regrets. Pour éclairer de temps à autre, cette sombre atmosphère, répartie généralement sur cinq actes, un intermède comique interrompait la pièce entre le troisième et le quatrième acte : cet intermède se nommait et porte toujours le nom de Noroma-Ningyo. Le Noroma-Ningyo diffère du Sekkyo-Ningyo, non seulement à cause du texte basé sur un comique gaillard et grivois, mais aussi parce que les manipulateurs jouent, dans ces intermèdes spéciaux, le rôle de narrateurs. C'est le manipulateur Noromatsu Kanbei qui le premier montra des marionnettes à tête plate et de couleur bleue (sans texte, si chanteur), qui décrivaient les exploits de différents personnages (ces interruptions furent si appréciées qu'elles persistent toujours et tournent autour du personnage de Kinosuke, une sorte d'idiot de village, qui se tire pourtant finement de situations embarrassantes et qui pour finir exhibe son sexe énorme devant les spectateurs et pisse sur eux).
Avant le XIXe siècle, les fêtes religieuses des temples et des endroits sacrés, au cours desquelles les Sekkyo-Ningyo et Noroma-Ningyo se produisaient, n'étant pas très fréquentes, les conteurs aveugles itinérants spécialisés dans le Bunya-Bushi se rendaient dans les demeures les plus riches de l'île, en particulier au cours de la période allant de la mi-octobre au début mars, quand les activités agricoles devenaient moins importantes. Là, au cours de soirées, où se réunissaient le voisinage, grâce à un accompagnement de shamisen (guitare japonaise, aux cordes touchées avec un grand plectre de bois), ils contaient les ballades faisant partie du "Heike Monogatari" (littérature orale japonaise classique du XIIIe siècle) pour régaler leurs hôtes.
Au cours de la première période Meiji, à la narration les conteurs joignent la manipulation des marionnettes. Des innovations marquent cette évolution. Aux simples bandeaux d'étoffe tendus transversalement devant le public, se substitue une scène plus compliquée avec un palais miniaturisé. Les marionnettes à tête amovible, utilisées aux premiers jours à titre expérimental, deviennent de plus en plus nombreuses. Les costumes prennent plus de volume. Les trous dans le dos des vêtements des marionnettes s'élargissent pour donner une meilleure prise au manipulateur qui suscite les mouvements.
Avec un répertoire de plus en plus attrayant, une scène élaborée, des marionnettes plus raffinées, ce "nouveau" Bunya-Ningyo devient extrêmement populaire. Un document de 1882 atteste cette popularité. "Les marionnettes de Bunya, de l'île de Sado, jouent, sans interruption cinq jours et cinq nuits".
Il va sans dire que les autres formes de marionnettes de l'île, depuis cette date, s'adaptent, plus ou moins au style de Bunya. Cependant, malgré cette suprématie du genre, il n'existe plus dans l'île de Sado qu'une compagnie de Sekkyo (comprenant le Noroma-Ningyo) et six compagnies de Bunya-Ningyo.

La forme du Bunya-Ningyo
Au service d'une marionnette se tient un marionnettiste (et non pas trois comme dans le théâtre de Bunraku). Ce marionnettiste ne porte généralement pas de cagoule de gaze.
Il manipule à visage découvert. Le conteur souvent joueur de Shamisen s'accompagne lui-même, joue et parle derrière le rideau.
Les premières marionnettes avaient la tête et le cou taillés d'un seul bloc dans le bois sculpté. Ultérieurement, la tête se détache du cou. Un axe tenu par en dessous, par le manipulateur permet à la tête de s'incliner, de hocher, de tressaillir, de tomber sur la poitrine, de se redresser. L'axe tordu passe par l'omoplate de la marionnette. Les vêtements fait de soies précieuses, vieillies, aux couleurs riches et assourdies s'enfilent les uns par-dessus les autres. Des pièces d'armure, faites de plaques de carton cousues, pendant de part et d'autre du vêtement. La main droite de la marionnette correspond à la main droite du marionnettiste. La petite main de bois au poing fermé est reliée à la main humaine par un bâtonnet. Dans la main gauche de la marionnette, percée d'un trou pour pouvoir tenir un sabre ou une lance, le marionnettiste contrôle l'extrémité de cette tige ainsi que l'axe qui passe dans le cou de la poupée.
Contrairement aux marionnettes du Bunraku, dont les mouvements de jambes rythment l'espace, et les marionnettes du Kurama-Ningyo, dont les talons sont reliés aux orteils des manipulateurs, assis sur de petits tabourets mobiles), les poupées du Bunya-Ningyo n'ont pas de jambes. Le vide du corps de structure autour des soies du Kimono qui pend jusqu'au niveau du rideau.
Chaque marionnette pèse, habillée, environ sept kilos. Le bois, dans lequel le marionnettiste la sculpte, se nomme le "Kiri". Le sculpteur, souvent marionnettiste lui-même, la sculpte "de façon à ce qu'elle ne craque pas pendant des siècles".

Le répertoire du Bunya-Ningyo
La plupart des pièces interprétées dans le théâtre de Bunya-Ningyo appartiennent au "Heike Monogatari", le grand cycle de contes épiques médiévaux rapportant la relation de batailles fameuses entre le clan Taira et Minamoto, propulsés graduellement, à la cour des nobles de Kyoto, jusqu'au rang de grands guerriers des provinces. Les deux clans, assez éloignés de la famille impériale, établissent peu à peu leur fortune en prenant le pouvoir dans les états environnants et en devenant eux-mêmes des souverains. Ces guerres se déroulent entre le XIe siècle et le XIIIe siècle.
Le "Heike Monogatari" représente la première compilation de légendes épiques à la fin du XIIIe siècle, bien après la fin des événements belliqueux entre les deux grandes familles. Dans ces légendes abondent, les récits de bataille, les histoires d'amour, les narrations généalogiques brillantes, accompagnés à l'origine sur le Biwa des chanteurs aveugles. Le "Heike Monogatari", issu de la tradition, devient immédiatement populaire et le reste aujourd'hui. Rien d'étonnant à ce que les théâtres japonais (Nô, Bunraku, Kabuki) y puisent la matière essentielle pour séduire le public.

Moritaro Hamada
Moritaro Hamada, né avec le siècle en 1900, est marionnettiste depuis l'âge de douze ans. Sa compagnie, le théâtre Han'eiza, demeure parmi les plus actives de l'île de Sado. Lui-même devenu maître et "trésor vivant", depuis plusieurs décennies, enseigne à Sado la sculpture et la manipulation des poupées. Devenu un des personnages légendaires de l'île, il refuse de parler de lui : "C'est la marionnette qui est importante", insiste-t-il lorsque des questions l'assaillent sur l'évolution de sa propre vie.
Monitaro Hamada voyage peu. En 1979, il fait sa première tournée aux Etats-Unis et au Canada. En 1980, il part en Chine. Aujourd'hui, la compagnie Han'eiza est invitée en France, en Hollande et en Italie.

Les oeuvres présentées
1. Benkei sur le pont
2. La bataille d'Awazugahara
3. Ikijizo (répertoire du Noroma-Ningyo - Intermède comique)
4. La maison du plaisir de Kanzaki

1. Benkei sur le pont
Par une nuit venteuse d'automne, sous la lumière pâle de la lune, le moine guerrier Musashibo Benkei, vêtu d'une armure de métal noir et armé d'une Naginata (sorte de lance), attend le jeune Ushiwakamaru. Ecumant comme un diable, il martèle des talons, avec impatience, les planches du pont Gojo.
Au même instant, traversant un bosquet proche du pont paraît Ushiwakamaru, portant une armure rehaussée de brocard rouge, une robe magnifique et une fine épée, héritée de ses ancêtres. Il se souvient des paroles de sa mère lui recommandant le courage en toute circonstance, car, au travers du voile de soie léger qui masque son visage, il aperçoit à distance l'éclat sombre de l'armure du moine, semblable à la carapace des animaux célestes, gardiens des temples.
Marchant au-devant de Benkei avec une parfaite assurance, Ushiwakamaru s'adresse à lui : "Est-ce un être humain ou un monstre que je vois là devant moi ? Quel qu'il soit, je le vaincrai et en ferai mon vassal!"
Benkei, déconcerté par la jeunesse de la voix, repose sa lance contre le parapet du pont. Ushiwakamaru s'avance sur le pont et comme il passe près de Benkei, il donne un coup de pied à la lance. Benkei bondit : "Es-tu fou ? Je vais te montrer ma force. Tu l'auras voulu."
Benkei, maître de la lance et Ushiwakamaru, maître de l'épée, s'affrontent. Levant le voile de soie qui leur cache le visage, ils commencent un combat terrible. Soudain, Ushiwakamaru, plus jeune et plus souple, saute sur le parapet du pont et envoie la lance de Benkei dans la rivière. Puis tenant fermement son épée sur les côtes de Benkei, il lui crie : "Te rends-tu ?" Benkei réplique : "J'ai fait le serment de tuer mille ennemis : mais si je rencontre un brave, je l'épargne et j'en fait mon serviteur. J'ai déjà tué neuf cent quatre-vingts dix-neuf hommes mais jamais je n'ai affronté quelqu'un d'aussi courageux que toi !"
Ushiwakamaru se présente : "Rends-toi. Je suis Ushiwakamaru, le huitième fils de Minamoto-No-Yoshitomo". Benkei s'incline "Je serai heureux de servir sous un maître tel que toi. Je suis Musashibo Benkei, fils du prêtre Besshin de Kumono. Taira-no-Kiyomori m'a demandé de te tuer. Cependant, de cette façon, il m'est possible de ne pas tenir ma promesse. Sois mon maître, je serai ton vassal".
Il est dit que les liens, entre maître et vassal durent trois vies (une pour le passé, une pour le présent, une pour le futur). Ainsi, sur le pont de Gojo, Benkei devint le vassal de Ushiwakamaru. Tous deux, dans un accord de loyauté parfaite, se mirent à parcourir le pays, l'un, abaissant le voile de soie sur le visage de l'autre, et l'autre, aidant à porter sur l'épaule, la lourde lance.
(Extrait de Gojo no Hashi no Ba, de Harami Tokiwa)

2. La bataille d'Awazugahara
La puissante armée de Minamoto No Yoshinaka atteint Kyoto depuis Kiso, avant l'armée de Minamoto-No-Yoritomo et repousse vers l'ouest l'armée Taira. Cependant, souffrant de manque de nourriture, la première armée commet des pillages puis des crimes. L'empereur Goshirakama, retiré dans son palais, apprend les meurtres de son propre clan. Aussi ordonne-t-il à Yoritomo de tuer son cousin Yoshinaka. Aussitôt Yoritomo envoie ses jeunes frères Noriyori et Yoshitsune tuer Yoshinaka. Yoshinaka se prépare au combat, en bloquant les entrées de Tokyo et en appuyant ses forces sur les rivières Uji et Seta. Mais Yoshitsune déjoue le plan et Yoshinaka est obligé de battre en retraite. Yoshinaka meurt dans la bataille et toute sa famille est exterminée. Il semble que l'affrontement soit fini lorsque, soudain, paraît à cheval une femme portant une armure et maniant avec dextérité la lourde Naginata (lance). Elle chevauche comme le vent et attaque les quatre généraux Minamoto qu'elle disperse. Il s'agit de Tomoe Gozen, la maîtresse d'Yoshinaka qui cherche à venger la mort de son amant.
(Extrait de Awazugahara no Tatakai, de Hirakana Seisuiki)

3. Ikijizo
(Littéralement : statue vivante ; pratiquement : phallus)
(Intermède comique du Noroma Ningyo)
Un riche marchand de l'île de Sado, voudrait faire sculpter une "statue vivante" comme preuve de sa réussite. Il croit en outre que sa nouvelle richesse va lui permettre de réaliser des exploits... sur tous les plans ; projets jusque-là impossibles.
Il consulte sa femme qui hésite à lui répondre parce que le terme "Iki-jizo" désigne le sexe masculin. Il s'explique et elle finit par accepter.
Aussitôt, il se rend à Osaka pour trouver le sculpteur. Sur place l'artiste consent à effectuer le travail, mais se trouve bien embarrassé pour tailler une statue vivante. Il pense alors à Kinosuke (le bouffon, pivot central de tous les intermèdes comiques du Noroma-Ningyo). Il lui demande de se déguiser en "statue vivante". Contre de l'argent, Kinosuke accepte cette proposition. L'affaire conclue, le sculpteur recommande à Kinosuke de ne surtout pas parler devant son client.
Le lendemain, le riche marchand arrive chez le sculpteur. Il découvre la "statue vivante", la trouve à son goût, paie immédiatement l'artiste et l'emporte.
Pendant le voyage, le marchand pour passer le temps pose des questions : "Qu'est-ce que tu aimes!" Kinosuke ne peut s'empêcher de répondre : "J'aime les gâteaux !" Et ensuite, le marchand surpris interroge : "Que préfère-tu ?" "Une fille de dix-sept ans !" répond Kinosuke. Le marchand découvre la supercherie et saute sur Kinosuke pour lui ôter son déguisement. Démasqué et hilare, Kinosuke pisse sur le public.

4. La maison de Kanzaki
Kajiwara Genta Kagesue, est renié par son père. Il a commis la faute de ne pas avoir été le premier à franchir la rivière, au cours de la fameuse bataille d'Uji. Aussitôt, désespéré, il court retrouver sa bien- aimée Chidori. Pour permettre à Genta de vivre en gentilhomme, Chidori devient courtisane à Kanzaki et prend le nom professionnel de Umegae. Bien sûr, Genta lui rend visite comme client unique.
Un jour l'occasion pour Genta de battre les Heika à Ichi-no-tani et de rétablir ainsi les relations avec son père, se présente. Il en parle à Umegae. Ceci la plonge dans l'angoisse car l'armure de Genta a été engagée pour trois cents ryo. (Ces trois cents ryo étaient nécessaires pour payer le temps que Genta passait avec Umegae dans la maison de Kansaki). Genta examine cette situation désespérée et décide de commettre le suicide. Umegae l'arrête, en lui disant qu'elle peut facilement dégager l'armure. Elle décide de prendre plusieurs "clients" et demande à Genta de revenir plus tard. Elle sait cependant qu'il lui est impossible d'amasser une telle somme d'argent en si peu de temps. Dans sa détresse, elle se souvient d'une histoire disant que si quelqu'un fait sonner la cloche des morts, un souhait était exaucé en échange de son âme. S'imaginant que le bassin d'eau dans la cour peut représenter la cloche des morts, elle frappe la surface de l'eau avec une louche de bois. Aussitôt, trois cents ryo tombent (la mère de Genta avait entendu la prière triste de Umegae et connu les intentions de sacrifice de la jeune fille. Aussi, avait-elle, en secret répondu à son v'u). Remerciant les dieux, Umegae ramasse rapidement l'argent et se précipite pour "dégager" l'armure de Genta.
(Extrait de Kanzaki Ageya de Hirakana Seisuiki).

PROGRAMME
1 - Benkei sur le pont
2 - La bataille d'Awazugahara
3 - Ikijizo (répertoire du Noroma Ningyo, intermède comique)
4 - La maison de plaisir de Kanzaki

Les artistes
- Hamada Moritaro
- Homma Hisao
- Higuchi Gorokitchi
- Madame Honda Sakaï
- Kajihara Keisuke
- Kazama Chiteru
- Madame Sasaki Teruyo
La venue en France du Théâtre Bunya Ningyo a été organisée au Japon par Bertrand Raison et Ishida Kazwo.
Les textes du programme ont été rédigés par Françoise Gründ d'après les notes de Moritaro Hamada, Yoko, Georges Hlawatsch et Bertrand Raison.
La tournée en Europe du Théâtre Bunya Ningyo a été réalisée par le Comité pour les Arts Extra-Européens (E.E.A.).

Article:
-The magic of Japanese puppetry. The Stochton Record, Sunday, February 28, 1982, p.3.
-Programme en anglais annexé aux documents
-1 photo NB
-Textes en français des dialogues du Bunya Ningyo

Noroma Ningyo, intermède comique:
IKijizô (Statue vivante)
Personnages: Sculpteur de statues vivantes. Il a l'air effronté.
Shimondo. Riche marchand retraité.
Ohana. Femme de marchand.
Kinosuke. Bouffon, il a l'air d'un lourdaud. C'est la seule marionnette qui ait des bras et des jambes.

-Marchand: Mesdames et Messieurs, soyez les bienvenus. Permettez-moi de me présenter. Je suis un marchand retraité. Avec ma grande fortune dont je ne sais que faire, j'aimerai investir dans quelque chose d'extravagant pour laisser mon nom à la postérité. Par exemple, faire sculpter une statue vivante. Parlons-en d'abord à ma femme.
Mémère, mémère!!
-Ohana: Ah, toi alors, sans arrêt à avoir besoin de moi!
-Marchand: Tu sais bien que tu es toujours la plus chère à mon coeur. Qu'est-ce que tu dirais de faire un petit Bouddha?
-Ohana: Arrête de raconter des cochonneries.
-Marchand: Mais, c'est pas du tout ce que tu crois. Je parle de faire sculpter une statue vivante pour laisser mon nom à la postérité.
-Ohana: Pourquoi pas, si ça te chante.
-Marchand: Si c'est comme ça, je vais tout de suite passer la commande.
-Ohana: Ne traîne pas en chemin.
...
-Marchand: Me voilà déjà à la ville. Eh bien ça, quel endroit! C'est bien plus beau que chez nous. Il doit bien y avoir un sculpteur par ici. Tiens, d'après l'enseigne, en voilà un. Je vais me renseigner.
Bonjour.
-Sculpteur: Oui, que puis-je faire pour votre service?
-Marchand: Je suis venu avec l'idée de faire faire un statue vivante.
-Sculpteur: Ce n'est pas un travail facile! Je pourrai toujours essayer, mais ça va vous coûter cher.
-Marchand: c'est pas l'argent le problème. Vous pouvez me faire ça pour combien?
Sculpteur: 15 Kan.
-Marchand: Ah bon, c'est pas une grosse somme. Arrangez-vous pour que ça soit prêt d'ici demain matin.
-Sculpteur: Quelle histoire! Je me suis mis dans de beaux draps. Que faire? Demandons conseil au voisin
Kinosuke, tu es là? Il ne répond pas. Il doit être en train de roupiller. Tant pis, j'entre.
Kinosuke, reveille-toi!
-Kinosuke: Qu'est-ce que c'est cet abruti qui vient troubler les gens dans leur sommeil!
-Sculpteur: Abruti toi-même, qui continues à ronfler quand je te secoue comme un prunier. J'ai quelque chose à te demander.
-Kinosuke: Compte pas sur moi pour une chose difficile.
-Sculpteur: Non, c'est pas difficile. C'est à propos d'un client qui vient de Sasyû
-Kinosuke: Encore une histoire d'argent.
-Sculpteur: Une histoire d'argent mais du genre compliqué. Il veut une statue vivante.
-Kinosuke: Comment veux-tu que je te fasse une statue vivante?
-Sculpteur: Il ne s'agit pas de la sculpter mais de te faire passer pour la statue.
-Kinosuke: Ne dis pas de bêtises! Je suis encore trop jeune pour finir en Bouddha.
-Sculpteur: Une fois l'argent empoché, tu n'auras qu'à fiche le camp.
-Kinosuke: Je peux toujours essayer.
-Sculpteur: Alors, on est d'accord. Demain matin, tu resteras assis chez moi déguisé en bonze avec un capuchon.
....
-Kinosuke: C'est plus confortable que de rester allongé sur une natte de paille. Surtout dis-lui de ne pas oublier ma petite offrande. Tu sais bien, le repas, là, trois fois par jour.
-Sculpteur: T'inquiète pas, ça sera dit.
-Kinosuke: C'est pas tout ça, et la question de mes gages.
-Sculpteur: ça sera 600 mon par jour.
-Kinosuke: Pas mal.
-Sculpteur: Attention, bouche cousue devant le client.
Kinosuke: D'accord.
....
-Marchand: Alors, et la statue?
-Sculpteur: Elle est prête, jetez-y donc un coup d'oeil.
-Marchand: Parfait. C'est vraiment une statue tout ce qu'il y a de plus vivant. Voilà l'argent que je vous ai promis.
-Kinosuke au sculpteur: Dis donc t'avise pas de me rouler.
-Sculpteur: Tais-toi!
Allez, prenez la sur votre dos.
-Marchand: Eh bien, j'y vais. Au revoir.
-Kinosuke: Tu lui a parlé de la bouffe?
-Sculpteur: La ferme, je te dis!
....
-Sculpteur: Ouf! Une bonne chose de faite.
....
-Marchand: Tiens, si je faisais un bout de causette avec Jizô
Jizô, dites-moi, qu'est-ce que vous aimez?
-Kinosuke: J'aime les gâteaux, du riz.
-Marchand: Et à part ça, qu'est-ce que vous aimez d'autre?
-Kinosuke: J'aime la soupe de poisson.
-Marchand: Et qu'est-ce que vous aimez encore?
-Kinosuke: J'aime les filles de 17-18 ans.
-Marchand: Comme c'est bizarre. Un Jizô qui aime la soupe de poisson et les jeunes filles. 9a ne peut pas être vrai. Posons-le un peu pour voir.
-Kinosuke: Attention, attention, si tu poses le Jizô, tu sera punis!
-Marchand: C'est de plus en plus douteux. Déshabillons-le pour voir.
-Kinosuke: Non, arrête!


KANZAKI La maison de plaisir.
Personnages
Kajiwana Genta
Chizu, mère de Genta
Chidori, amante de Genta, courtisane sous le nom de Umegaé.
Ofudé, soeur de Chidori.
A Kanzaki, quartier de plaisir de la fameuse ville de Naniwazu, la maison Chitosé est plus animée que les autres. Beaucoup de clients la fréquentent. Ce soir, en particulier, la maison est pleine d'agitation dans l'attente d'un Daimyô (Seigneur) qui va venir comme client.
Le patron est en tenue de cérémonie, les employés courent ça et là. Ils envoient chercher Umegaé.
Chant: La pauvre Chidori, suivant son amoureux Genta, a finit par devenir courtisane à Kanzaki.
Voilà qu'arrive le patron.
Patron: Ce soir nous avons un Daimyô pour client. Il parle déjà de vous racheter. Allez venez vite.
Chidori: C'est un homme d'environ 20 ans et barbu?
P: Non, pas du tout.
C: Ah bon, je préfère cela. J'attends quelqu'un ici.
P: En attendant, nous ferons patienter le client avec les autres filles. (il sort)
C: Ma soeur, pourquoi ne vient-elle pas encore? J'ai envoyé une lettre pour la chercher. Je brûle d'impatience de la voir.
...
Oh ma soeur, comme je vous attendais! Tout à l'heure dans la rue, il m'était impossible de vous parler.
Ofude: C'est pareil pour moi. Après une longue séparation, nous avons tant à raconter.
C: Quelle joie de vous revoir ici en bonne santé. Et le père, se porte-t-il bien?
O: Vous n'êtes donc pas au courant?
C: Que voulez-vous dire?
O: Le père est mort.
C: Oh! Quelle fille ingrate je suis! Par amour, j'ai manqué à mes devoirs filiaux. Mon amoureux Genta est déshérité et j'ignorais la mort de mon père. C'est une punition du ciel. Je vous demande de me pardonner, ma soeur, et de prier chez nous à ma place, devant la tablette funéraire.
O: Je comprends votre remord. Ce qu'il y a de plus affligeant, c'est que le père a été tué. Alors qu'il avait quitté la capitale avec la femme et l'enfant de son maître pour les protéger dans leur fuite, ils ont été attaqués brusquement une nuit dans une auberge d'Otsu par leur poursuivants. Par bonheur l'enfant a été sauvé mais la femme et notre père ont été assassinés.
Je me suis mise à votre recherche pour que nous vengions notre père. Quoique nous soyons femmes, nous essaierons d'agir ensemble.
C: Venger le père sera mon devoir. Qui est l'ennemi?
O: Ne parlez pas si fort. Les murs ont des oreilles (Le patron arrive)
P: Allez Umegaé, dépêchez-vous! Nous sommes en pourparlers avec le Daimyô à votre sujet. L'argent coule à flots. Venez vite!
C: Ne vous impatientez pas. Je vais venir. Ma soeur, venez plus tard.
O: Oui, nous en reparlerons tout à l'heure. (Elle sort).
P: Le Daimyô vous attend. Venez vite.
C: Que c'est écoeurant. Il ne pense qu'à l'argent et ignore ma peine. A Propos, mon cher Genta n'arrive pas encore. Je l'ai prié pourtant par lettre de me rendre visite. Comme j'ai hâte de le voir!.
(Genta arrive pendant qu'elle chante)
Genta: Ce n'est pas le moment de chanter. Tu crois que je ne vois pas que tu me boudes, et que tu te donnes des grands airs. Toi, qui te mets dans les bonnes grâces du client.
C: Comme tu interprètes mal les choses! C'est justement en me dévouant corps et âme à toi que je suis tombée dans cette situation pitoyable. J'ai aussi tant à te reprocher. Quel homme détestable (Elle pleure)
G: Arrête de pleurer maintenant, je comprends. Ce soir, je suis venu chercher mon armure. Je vais partir pour participer secrètement à la bataille de Ichinotani où se bat mon père. Mais ne soit pas inquiète. Je ne resterai pas longtemps absent.
Il faut que je parte. Si j'accomplis de grands exploits, mon père me pardonnera.
C: Cela me répugne de parler de cette armure.
G: Que dis-tu?
C: Je ne l'ai plus.
G: Quoi! Explique-toi!
C: Pour ne pas t'embarrasser, dès mon arrivée à Kanzaki, je t'ai désigné comme mon unique client, et ne pouvant payer les dettes accumulées, j'ai mis l'armure en gage en échange de 300 ryô.
G: Je ne pourrai donc pas la récupérer sans cette somme. Une armure qui m'est plus chère que la prunelle de mes yeux. Mais rien ne sert de se plaindre!
C: Ne perds pas la tête!
G: Je me tuerai plutôt que de survivre à la honte.
C: Ecoute-moi. Si je me livre au client qui m'attend là-bas, je gagnerai facilement 300 ryô et tu récupérera l'armure.
G: Tu te déshonores pour moi.
C: Sauver mon époux passe avant tout.
G: Quelle situation lamentable! Je n'oublierai jamais ce que tu fais.
C: Pourquoi me remercier? Mais j'aurai honte de séduire un autre homme devant toi.
G: Oui, je comprends. Je m'en vais.
....
C: Ah c'est seulement pour l'empêcher de se tuer que je l'ai rassuré. Il m'est impossible de réunir une telle somme. Qui donnerait 300 ryô sans rien exiger en échange. Mais sans cet argent, pas moyen de la sauver.
Oh, Laisser mourir l'homme que j'aime pour si peu de chose!
.....
Chant
2 fois 8, à 16 ans j'ai appris à lire.
2 fois 9, à 18 ans j'ai connu l'amour.
4 fois 5, à 20 ans j'ai choisi mon époux
Et jamais à aucun autre je me donnerai.

C: Quelle insouciance de chanter une chanson pareille. Elle me fait penser à mon sort pitoyable. Moi, réduite à devenir une courtisane pour l'homme que j'aime. Je lui reste fidèle de corps et d'esprit et lui s'en va pour sauver son honneur. C'est cela le coeur de l'homme. Et nous, pauvres femmes, toujours ballottées au gré de nos amours.
Je veux 300 ryô. Non, je ne me livrerai pas. Que faire? N'y a t-il pas un seul dieu pour m'aider?
Mais par la force de ma volonté, je pourrai tout surmonter.
Chidori se souvient de la légende de la cloche de Muken: Quand on la fait résonner de toute sa force les voeux sont exaucés, mais en échange on perd son âme qui tombera en enfer.
Chidori prend un récipient en étain dont la forme rappelle cette cloche et se prépare à la frapper d'une louche, le corps tendu et le coeur tremblant de peur, quand du premier étage tombe une pluie de pièces, les 300 ryô qu'elle espérait.
Est-ce rêve ou réalité?
Quelque soit la personne à qui elle doit ce bienfait, jamais elle ne l'oubliera.
Partagée entre la joie et la peur, elle ramasse l'argent, et se précipite en pleurant pour aller racheter l'armure.

Contributeurs

Origine géographique

Japon

Mots-clés

Date du copyright

1983

Cote MCM

MCM_1983_JP_S2

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Titre Localisation Date Type
Japon. Marionnettes Bunya Ningyo. Photos Japon 1983-05-24 Photo numérique
Titre Localisation Date Type
Saison 1983 1983