Ressource précédente
Ressource suivante

Japon. Guerriers et chamans, Haniwa de Shibayama du Japon Antique. Exposition

Collection

Type de document

Évènement

Titre

Japon. Guerriers et chamans, Haniwa de Shibayama du Japon Antique. Exposition

Date

1987-06-03

Date de fin

1987-07-13

Artistes principaux

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Exposition

Description de la pratique

3 juin - 13 juillet 1987
Galerie des Ponchettes et Galerie d'Art Contemporain des Musées de Nice, 31 juillet ' 18 octobre 1987

L'exposition est réalisée
En France par la Maison des Cultures du Monde et le Service des Affaires Internationales du Ministère de la Culture et de la Communication et
Au Japon par la Préfecture de Chiba et la ville de Shibayama.

Photographes : Terumi Muramatsu, Kimio Tanaka

Maison des Cultures du Monde 1987, ISBN 2 86841 005 7
Réalisation : Groupe média international, 9 rue du Château-d'Eau - 75010 Paris
Imprimé en France - Dépôt légal 2ème trimestre 87

L'exposition GUERRIERS ET CHAMANS DU JAPON ANTIQUE a bénéficié au Japon du patronage de :
L'Ambassade du Japon en France
Le Secrétariat d'Etat aux Affaires Culturelles
La Préfecture de Chiba
Le Bureau d'Education de la Préfecture de Chiba
La Direction du Nouvel Aéroport International de Tokyo (Narita)
L'Office National du Tourisme Japonais
La Fondation Japonaise pour l'Avancement des Constructions Maritimes (Président Ryoichi Sasagawa)
L'Association Japonaise des Musées
La Société des Musées de la Préfecture de Chiba
L'Association des Personnels de la Préfecture de Chiba
Le Comité pour le Développement Economique de la Préfecture de Chiba

Avec le concours de :
La Fondation du Japon
La Japan Air Lines
La Compagnie de Transport Hitachi
La Compagnie Tanseisha pour leur contribution aux installations
Le Club Franco-Japonais
La SERIC

En France :
Le Service des Affaires Internationales du Ministère de la Culture et de la Communication.
La Maison des Cultures du Monde.
Avec le concours : AIR FRANCE

COMITÉ D'HONNEUR
JAPON
Takeshi NUMATA, Préfet de Chiba
Ichiro SHINGYOJI, Maire de Shibayama
Christian POLAK, Représentant français au Japon du Club Franco-Japonais
Tokuei HAMANA, Président de l'Association des Musées de Chiba
Isamu HARA, Adjoint au Maire de Shibayama
Matkoto IIDAKA, Directeur Pédagogique de Shibayama
Isukara ITOH, Conseiller Municipal
Takao ITOH, Administrateur de Société
Goro KASE, Directeur du Service de Planning d e la Préfecture de Chiba
Takao KATSUMATA, Conseiller Municipal
Masaru GOKITA, Conseiller Municipal
Shuji DOI, Président d'Assemblée
Motofusa MURAYAMA, Professeur de l'université de Chiba
Toyoji MORIYA, Conseiller Municipal
Makoto YOSHIOKA, Président de l'Assemblée Municipale de Shibayama

FRANCE
François LEOTARD, Ministre de la Culture et de la Communication
Jacques BOUTET, Conseiller Technique au Cabinet du Ministre de la Culture et de la Communication
Francine MARIANI-DUCRAY, Conseillère Technique au Cabinet du Ministre de la Culture et de la Communication
Jean-Pierre BADY, Directeur du Patrimoine Ministère de la Culture et d e la Communication
Olivier CHEVRILLON, Directeur des Musées de France
Dominique BOZO, Délégué aux Arts Plastiques, Président du Centre National des Arts Plastiques
Jacques MÉDECIN, Député-Maire de la Ville de Nice, Président du Conseil Général des Alpes-Maritimes
André BARTHE, Adjoint au Maire de la Ville de Nice, Chargé des Affaires Culturelles, Conseiller Régional
Claude FOURNET, Directeur des Musées de Nice, Conservateur des Musées Classés

Commissaire Général de l'Exposition Vadime ELISSEEFF
Commissaire Danielle ELISSEEFF
Commissaire technique Rodrigo URIBE MALLARINO
Coordination Martine WESTPHAL

COMITÉ D'ORGANISATION
Jean DUVIGNAUD, Président de la Maison des Cultures du Monde
Patrick OLIVIER, Chef du Service des Affaires Internationales du Ministère de la Culture et de la Communication
Chérif KHAZNADAR, Directeur de la Maison des Cultures du Monde
Marie-Ange LAUMONIER, Administratrice des Galeries Nationales du Grand Palais
Michèle KOKOSOWSKI, Conseillère Artistique
Bernard PINIAU, Chargé de mission au Centre National des Arts Plastiques
Attachée de Presse : Dominique JOGUET assistée de Christian GUEX et Anne-Marie BENEZECH
Les organisateurs de l'exposition tiennent à remercier du côté japonais :
Ryoichi OHAGA, Masaaki SUZUKI, Tokujun HAMANA, Torao MAEDA, Susumu WAKAUME.
du côté francais :
Agnès BUCKENMEYER, Eve-Marie CHANUT, Jacqueline COLLADANT, Danielle COEFFE, Francis COMINI, Claire DURIEUX, Françoise GRUND, Patricia KLEIBER, Martine LAMANDE, Denise LUC, Pierre SIMONIN.

MESSAGE du Maire de Shibayama
C'est pour nous un grand honneur et un grand plaisir d'organiser une telle exposition à Paris, capitale non seulement de la France, mais aussi du monde en matière de culture. Nous remercions du fond du coeur tous ceux qui nous ont aidés à mener à bien ce projet:
Monsieur le Ministre de la Culture et de la Communication et ses collaborateurs, les membres du Comité Français de l'Exposition, Monsieur Chérif Khaznadar, à qui nous devons la réalisation de ce projet, Monsieur Vadime Elisseeff qui a accepté d'être Commissaire Artistique, et enfin Monsieur Christian Polak, à qui va toute notre reconnaissance pour le rôle de médiateur qu'il a assuré avec beaucoup d'efficacité.
La ville de Shibayama se trouve à côté de l'aéroport de Narita; en un sens, elle s'ouvre par ce biais sur le monde entier. Elle possède un riche héritage venu d'un lointain passé : ces Haniwa, figurines de terre cuite, qui représentent nos ancêtres. A travers elles, grâce aux efforts de nombreuses personnalités, nous pouvons enfin présenter ici notre amitié que nous vous offrons. Qu'en soient remerciées ici toutes les hautes autorités japonaises qui nous ont offert généreusement leur soutien, dont Monsieur Takeshi Numata, préfet de Chiba.
Puissent les visiteurs français prêter quelque attention à ces portraits de nos ancêtres, renforçant ainsi les relations culturelles entre la France et le Japon.
ICHIRO SHINGYOJI, Président du Comité Japonais, Maire de Shibayama

AVANT-PROPOS
"Les masques de terre aux yeux évidés nous restituent aujourd'hui les traits oubliés du Japon à l'aube de l'histoire."
Cette phrase de Danielle et de Vadime Elisseeff dans La Civilisation Japonaise m'est revenue à l'esprit lorsque Christian Polak m'a proposé et apporté le projet d'une exposition des Haniwa à Paris.
Avec elle, la question revient comme elle a surgi chaque fois que je me suis trouvé en face d'une de ces terres cuites dans un musée ou en face d'une de leurs images... assez rares en réalité: que seraient ces cavaliers, ces soldats, ces orants, ces adorateurs aux bras brandis, surmontant des cylindres creux et quelle culture mystérieuse aurait enfanté ces énigmatiques figures?
Cette interrogation, les visiteurs ne manqueront pas de se la poser en parcourant cette première grande exposition que la Maison des Cultures du Monde organise hors du Japon, avec le soutien du Service des Affaires Internationales du Ministère de la Culture et de la Communication et en collaboration avec nos partenaires japonais.
Une réponse sera-t-elle apportée?
Le vague sourire errant entre les paupières creuses des gardiens de tombeaux millénaires ne précisera pas si l'influence vient de la Chine, de la Corée ou s'ils restent d'origine japonaise. Et les trois hypothèses garderont leurs zélateurs. Les tombes ouvertes conserveront le secret du rôle des cylindres anthropomorphes et zoomorphes qui ne semblaient être destinés qu'à retenir le sable des monticules funéraires.
Vestiges d'une civilisation raffinée sans doute, les Haniwa resteront-ils muets? Faute de preuve, l'imaginaire gardera tous ses droits !
Il appartient à la Maison des Cultures du Monde de solliciter le pouvoir de rêver à propos de mondes anciens (mondes perdus peut-être?), et, par cette exposition à Paris, de donner le point de départ d'une nouvelle construction de l'esprit : la connaissance d'un aspect ignoré et troublant des sources de l'art du Japon.
CHÉRIF KHAZNADAR

INTRODUCTION HISTORIQUE
L'ÉPOQUE DES SÉPULTURES ANTIQUES (Kofun jidai) IIIe-VIIe siècles
L'époque nommée en japonais Kofun jidai (litt. "époque des Sépultures antiques") commence au IIIe siècle de notre ère, dans le cadre de bouleversements qui affectent l'ensemble de l'Asie nord-orientale.
Ainsi la puissante Chine qui, jusqu'en 220 était toujours soumise, au moins pour la forme, au pouvoir de la dynastie des Han Orientaux, se trouve secouée par une grande crise, économique autant que spirituelle. "Trois Royaumes" se partagent le pays, avant que cinq dynasties nationales, au sud du Yangzi, et "Seize royaumes barbares" au nord ne morcellent pour longtemps le continent chinois. Il faudra attendre plus de trois siècles et demi pour qu'une nouvelle dynastie, les Sui, réunifient l'Empire en 589. Changements dynastiques, guerres, menaces ou invasions des peuples de la steppe se traduisent, au IIIe siècle, par des exodes qui se font sentir jusqu'en Corée: d'autant plus que le royaume de Wei s'efforce d'affermir son influence sur les anciennes commanderies que la Chine avait anciennement implantées dans la péninsule. Les Coréens, bousculés mais non soumis, émigrent au Japon d'une manière suffisamment massive pour que leur arrivée provoque des changements dans le mode de vie de l'archipel : c'est le début de l'âge du Fer.
Cela ne signifie pas que les Japonais ignoraient totalement le fer ; les fouilles archéologiques ont livré, au contraire, quelques couteaux de fer qui arrivèrent au Japon, vers le IIIe siècle avant notre ère, portés en même temps que le bronze dans une société encore ignorante du métal. Mais il faudra attendre le IIIe siècle après JC pour que le développement général d'une métallurgie du fer supplante peu à peu les produits - essentiellement rituels - de la métallurgie du bronze.
La maîtrise de ce métal, d'un traitement complexe mais fort répandu dans la nature, devait transformer la répartition traditionnelle de la richesse et de la puissance, d'autant plus que l'événement coïncidait aussi avec la domestication du cheval - ou le transfert au Japon de races chevalines inconnues précédemment. Les paisibles bourgades rizicoles de l'âge du Bronze (le Yayoi en japonais, IIIe siècle avant - IIIe siècle après JC) s'agglomérèrent peu à peu sous l'autorité de chefs locaux auxquels un armement de fer et des équipages équestres donnaient un pouvoir nouveau.
Un texte chinois, le "Rapport sur le pays des Wo" (Wajinten en japonais ; "Wo" en chinois ou "Wa" en japonais est le nom que les Chinois donnaient alors aux habitants de l'archipel), tiré de 1'"Histoire des Wei" (Weishu en chinois) raconte, sur la foi de voyageurs chinois qui firent la traversée, qu'il existait au Japon (dans l'actuelle région du Yamato? ou bien au nord de l'île de Kyûshij? la question n'est pas tranchée) une reine fort puissante, Himiko ou Pimiko. Elle régnait sur un royaume nommé le Yamatai qui regroupa d'abord trente puis une centaine de petites communautés. En 239, Himiko envoya même une ambassade auprès du souverain des Wei et, à la fin du siècle, bien après la mort probable de Himiko, une forme japonaise d'Etat s'était formée: 1'Etat de Yamato. C'est à ce moment que sont édifiées les premières "tombes antiques" (kofun) dans la région du Kinai.
En 369, le "roi des Wa" est suffisamment puissant et honoré pour que le roi du Paektche - un royaume d e Corée - lui envoie une belle épée à sept branches portant des inscriptions. Les premiers témoins connus de l'écriture, au Japon, figurent en effet sur de telles lames inscrites de caractères d'or. Ces épées étaient placées dans le cercueil, aux côtés du paladin auquel elles avaient appartenu. Les progrès de l'archéologie ont contribué à enrichir, depuis trente ans, une moisson que l'on croyait maigre : ces inscriptions permettent aujourd'hui de comprendre comment on adapta l'écriture chinoise ou une écriture dérivée de la chinoise, à la transcription de la langue japonaise parlée, dont la nature diffère radicalement de celle du chinois. Ces découvertes d'un monde oublié éclairent d'un jour nouveau la mutation radicale que le Japon devait connaître plus tard, du VIe siècle au milieu du VIIe siècle, lorsque le bouddhisme, l'écriture et l'organisation étatique à la chinoise s'implantèrent au Yamato. L'assimilation de ces éléments nouveaux a pu se faire d'autant plus vite qu'ils intervenaient sur un terrain déjà bien préparé.
Ce sont les grands personnages de ce Japon antique qui firent élever les sépultures de pierres appareillées et surmontées de tumuli aux formes tantôt simples, tantôt complexes qui font toujours partie du paysage japonais actuel. Ces tombes étaient conçues en fonction d'un rituel respecté en Corée - d'où il se répandit au Japon - et plus encore en Chine où l'usage et les structures en étaient soigneusement codifiés selon le rang du défunt. Ces tombes traduisent donc avec précision la puissance des différentes principautés formées à partir du regroupement des communautés paysannes anciennes.
Le souverain du Yamato dont la prééminence, déjà assurée à partir de la seconde moitié du IVe siècle, s'affirma sans cesse au long des Ve et VIe siècles, devait ainsi prendre peu à peu le pas sur les autres. L'usage des tombes à tumuli se diffusa dans tout le Japon avec, comme on peut s'y attendre, d'importantes variantes typologiques et chronologiques, d'une région à l'autre. L'élévation de tels monuments dura jusqu'au VIIe siècle; à ce moment, la généralisation des rituels funéraires bouddhiques et de la crémation, tendirent à faire disparaître ces glorieuses tombes d'antan dont la richesse semblait aussi incompatible avec les conceptions bouddhiques du renoncement, à telle enseigne que la célèbre tombe de Takamatsuzuka (préfecture de Nara, découverte en 1973), incontestablement du VIIIe siècle, apparaît aujourd'hui comme une survivance surprenante et ne s'explique que par la personnalité hautement aristocratique de son occupant, désireux sans doute de s'en tenir à une forme d'enterrement plus traditionnelle, tant en Chine qu'au Japon.
Les tombes antiques les plus simples sont tronconiques, pyramidales ou parallélépipédiques ; elles peuvent abriter un ou plusieurs cercueils, ou encore une chambre funéraire appareillée et fermée de gros blocs de pierre. Le tertre funéraire peut atteindre des proportions imposantes : 45 m de diamètre ou de côté, 80 m de long.
Dans leur développement le plus élaboré, ces tumuli affectent la forme d'un "trou de serrure" (en japonais 'devant carré, arrière rond' zenpôkôen) : un plan que l'on retrouve partout dans le Japon de l'ouest, pratiquement dès le début de la période. Mais les différences de proportion donnent une bonne idée de ce que dû être l'expansion économique respective des différentes régions : la tombe zenpôkôen d'Ishizuka (préfecture de Fukuoka) par exemple, atteint 120 m de long, ce qui est déjà considérable ; mais celle d'Hashihaka (préfecture de Nara) s'étend sur 276 m.
Enfin les tumuli en forme de trou de serrure se répandirent dans le Japon de l'est (Kantô) dès la seconde moitié du IVe siècle ; ils y atteignirent aussitôt des dimensions imposantes : celui de Tenjinyama (préfecture de Gunma), aménagé durant la première moitié du Ve siècle, mesure 210 m de long. Il semble donc que, dès cette époque, la puissance de cette région orientale ait équilibré, à l'est du Japon, celle du grand roi du Kinki, à l'ouest.
D'un terroir à l'autre, il existe une grande diversité de mesures et même de conception de ces grandes tombes. Certains zenpôkôen ne comportent qu'un simple tronc de cône pourvu d'un appendice. Les plus grands, en revanche, reproduisent une disposition bénéfique aux yeux des géomanciens : le col d'éperon, entre deux montagnes d'inégale hauteur ; et les flancs de la colline artificielle ainsi obtenue comportent deux ou plusieurs pentes, revêtues de grosses pierres ou de galets et coupées de pans horizontaux.
L'organisation de la chambre funéraire appareillée est relativement plus récente. C'est en effet au tournant des Ve et VIe siècle que se généralisa le plan dit "à chambre de pierre en trou horizontal" (yoko ana shiki sekishitsu), ce qui correspond sans doute à une fixation du rituel des funérailles et une certaine codification du mobilier dont il convenait de pourvoir le défunt, à l'intérieur même du sarcophage ou à côté. Cette "ritualisation", survenue au Ve siècle, est à mettre encore une fois en relation avec les importants déplacements de populations coréennes qui vinrent alors s'implanter dans l'archipel.
De cette influence coréenne et chinoise, l'attirail des morts témoigne largement : les armures, caparaçons, casques faits de lamelles de fer soigneusement assemblées comme les écailles sur un poisson reproduisent avec exactitude les modèles connus depuis les début de l'Empire en Chine (221 avant J.C.) puis perfectionnés, justement au Ve siècle, sous l'influence Sassanide telle qu'elle transparaît dans les peintures du sanctuaire rupestre de Dunhuang en Asie centrale. Les harnachements, avec leurs plaques travaillées en ajour dans du bronze doré ont une saveur proche des pièces coréennes, tout comme les riches couronnes aux pendeloques délicatement découpées dans une feuille d'or. Tout évoque le monde de la guerre - épées, couteaux - et de la guerre à cheval, avec ce perfectionnement que les Chinois devaient apprendre de leurs voisins : l'usage de l'étrier.
Les éléments périssables du costume ont, bien sûr, généralement disparu ; mais il reste les bijoux: des perles rondes, tubulaires, en agate, en jade, en cornaline et, emprunté au rituel des chasseurs de la forêt, l'ornement en forme de griffe de tigre (en japonais "la perle courbe", magatama). Le guerrier est ainsi porté à sa dernière demeure, armé de pied en cap. Mais, à part quelques offrandes de riz, on ne trouve pas ces vestiges de banquets rituels plantureux qui entraînèrent jadis en Chine, vers 1600 ans avant notre ère, le développement d'une imposante vaisselle rituelle de bronze. C'est que le kofun ne fut jamais considéré sans doute comme le séjour, la demeure d'outre-tombe du mort.
Tout en elle évoque plutôt le passage: telles les peintures des célèbres tombes du nord-Kyûshû, avec leurs bateaux, leurs chevaux, leurs oiseaux qui semblent indiquer le chemin ; ou bien des symboles solaires gravés ou sculptés en léger relief. Il se pourrait bien qu'un kofun soit d'abord conçu comme un lieu de transition entre le monde des vivants et celui des morts.

CONSTRUCTION D'UNE TOMBE ANTIQUE
Pour construire une tombe antique, il fallait d'abord déterminer l'implantation favorable dans la plaine ou, au contraire, dans un paysage vallonné au sein duquel le tertre artificiel se fondrait à l'abri des regards sacrilèges.
Dans un premier temps, les hommes excavaient la terre largement et profondément pour y élever la chambre funéraire faite de grosses pierres montées en voûte. Ces moellons de la chambre funéraire, les gros blocs des chambranles, du sarcophage et des écrans qui en délimitaient le logement venaient parfois de fort loin : arrachés à la montagne, ils étaient tractés sur des rondins ou, le cas échéant, flottés sur de grands radeaux. Une fois rendu à pied d''uvre, le sarcophage était monté le premier, sur un lit de pierres et c'est autour de lui que l'on bâtissait ensuite la chambre funéraire. On comblait le vide restant entre le mur et la paroi de la fosse avec de la pierre de blocage et l'on apportait les terres pour former le tumulus en fonction de l'orientation et des mesures indiquées, à partir de la course du soleil, par le géomancien. Le couloir d'accès à la chambre funéraire était inclus dans la partie ronde du "trou de serrure"; la partie allongée n'est pas, en elle-même, fonctionnelle. Il n'en va pas de même des douves qui isolent, souvent encore aujourd'hui, la tombe de son environnement.
Le tertre des plus belles tombes était entièrement empierré et ses différents niveaux de terrassement consolidés par des alignements de cylindres en terre cuite : les haniwa que l'on plaça d'abord, peut-être, au sommet du tumulus pour marquer l'emplacement de la chambre funéraire et maintenir les terres qui la recouvraient. On fabriquait les haniwa en série, avec la glaise des poteries de la vie quotidienne dont ils empruntaient partiellement la forme : ce furent d'abord de gros vases sans fond, placés sur un haut pied qui s'enfonçait dans le sol et empêchait ainsi les terres meubles de glisser.
Mais très vite, la forme "en vase" de la partie supérieure fut remplacée par des modelages porteurs d'un sens religieux : une maison - pour rassembler les esprits ou abriter l'âme du mort; un oiseau qui peut être aussi un avatar de l'âme du guerrier défunt ; un coq car sa vue perçante, même la nuit dit-on, lui fait attribuer des capacités plus ou moins surnaturelles et parce que, chantant l'aurore, il peut aussi annoncer l'arrivée sans encombre du défunt au pays des morts. Le cheval (ou, dans le Japon de l'ouest, le navire) jouent également un rôle dans ce voyage, transportant les trépassés vers leur nouveau séjour.
Enfin les haniwa "à décor animé" permettaient aussi de placer près de la tombe une réplique du cortège funèbre avec ses dignitaires, ses dames élégantes, ses prêtres, ses chamanes, telles qu'on les voit à Shibayama, les bras levés vers le ciel, le visage peint et le cou ceint du collier aux perles en griffes de tigre.

LES HANIWA DE SHIBAYAMA
Il existe, sur l'ensemble de la préfecture de Chiba, plus de 150 tombes antiques comportant des haniwa. Les tumuli de Shibayama, dont 21 grands, forment le groupe le plus proche de la côte du Pacifique qui s'étend à quelques kilomètres; trois fleuves côtiers (Kuriyama, Kido, Sakuta) y ont créé, grâce à leurs alluvions, un berceau naturel favorable : les haniwa de Shibayama suggèrent l'existence antique d'une communauté prospère, au moins à la fin du VIe siècle, quand vécurent les princes dont les sépultures (Tonozuka et Himezuka) fournissent un grand nombre des pièces que l'on peut admirer ici.

TONOZUKA (litt. "le tertre du seigneur") est l'un des plus grands tumuli de la région ; il mesure 86 m de long et s'élève à 10 m en son sommet. On y a trouvé une importante série de haniwa : environ 270 cylindriques et 70 figuratifs, en majorité anthropomorphes, d'une grande diversité et d'une grande liberté d'expression. La plupart étaient malheureusement fort abîmés et l'ordre de leur disposition initiale avait été trop bouleversé pour qu'il soit possible de le restituer.

La tombe voisine, HIMEZUKA (litt. "le tertre de la princesse"), située sur le flanc nord de Tonozuka, apparaît de dimensions moitié moindres (L. 58,5 m ; H. 5 m) et pourvu aussi de moitié moins de haniwa : 130 cylindriques et 45 figuratifs. En revanche leur état de conservation était excellent et leur ordre de disposition n'avait pas été changé ; c'est dire l'importance que revêt ce cortège de Himezuka pour comprendre la symbolique des haniwa et leur rôle dans les rituels funéraires. Ces personnages de Himezuka présentent encore deux autres particularités : ils sont les plus grands haniwa anthropomorphes actuellement connus; ils immortalisent de grands vieillards barbus et chevelus dont le type ethnique semble propre à cette région. Il est dommage que les personnages féminins de Himezuka aient été considérablement abîmés, au point de rendre impossible toute restauration.
Les deux tombes comportaient une chambre funéraire du type yoko ana seki shitsu précédée d'un couloir d'accès. De gros blocs de pierre formaient le chambranle et le linteau de la porte d'entrée et fermaient la voûte au-dessus de l'emplacement du sarcophage. Le mobilier funéraire se composait des bijoux, des armes et des éléments de harnais courants dans toutes les grandes tombes du temps : de ce point de vue, rien ne différencie la tombe dite "de la princesse" de celle dite "du seigneur".
D'autres pièces proviennent de différentes tombes, fouillées depuis une quinzaine d'années et relevant de la même tranche chronologique:

OGAWADAI (rapport publié en 1975) comportait, parmi d'autres, deux tombes en excellent état, avec leurs douves et leurs sépultures aménagées soit sous le tertre, soit en son sommet. L'une (la tombe no 5) conservait, sur la face nord du tumulus, encore son cortège de haniwa dont l'ordre n'avait pas été bouleversé : en premier venaient des animaux, puis un homme tenant un cheval par la bride, suivi de quatre chevaux tout harnachés, enfin des hommes et des femmes en tenue de cérémonie et une femme portant une jarre sur la tête. Le cortège semblait venir du sommet du tumulus où se trouvait encore un haniwa, mais en forme de maison.

Nécropole de KATANO (rapport publié en 1976): des 20 tombes repérées, 5 ont été fouillées.

TONOBETA (rapport de fouille de la tombe no 1 publié en 1980) : il s'agit d'une petite tombe zenpôkôen de 33 m de longueur. On y a découvert une quarantaine de haniwa (dont 2 cylindriques) de taille relativement réduite, mais d'une excellente qualité plastique et d'une grande variété: soldats tout armés, joueur de koto et femme au vase sur la tête rayonnent de tendresse et de douceur même si, dans le cas des guerriers, leur équipement évoque plutôt de redoutables combats.

KYOSOZUKA : ce tumulus rond (D. : 45 m) comportait de nombreux haniwa, réalisés dans le style simple et réaliste qui caractérise l'art de Shibayama. Les prêtresses chamanes de Kyosôzuka sont particulièrement admirables, alors que les hommes paraissent de moindre taille et d'une élégance inférieure à celle des vieillards de Tonozuka et de Himeyana dont ils possèdent pourtant la barbe bien fournie.

Yamada, HOMA (rapport publié en 1982) : deux tumuli y ont été découverts dans un tel état de décrépitude et d'éclatement qu'il n'était plus possible d'en tirer une conclusion sur leur structure originale. Les haniwa, malgré leur mauvais état de conservation, présentent en revanche un revêtement argileux de couleur bleue obtenu à partir d'un mélange de quartz, de mica, de charbon végétal et de chlorite. Ce pigment, bien que rare, est déjà connu au Japon car les bleus et les verts des peintures murales qui font l'originalité des tombes antiques du Kyûshû étaient obtenus respectivement à partir de chlorite et de glauconite.

Ce catalogue a été réalisé par :
Texte japonais : Hiroshi TAKIGUCHI
Adaptation française : Danielle ELISSEEFF

BIBLIOGRAPHIE ET RAPPORTS DE FOUILLES JAPONAIS
FUKUSHIMA Takeo, IWASAWA Shôsaku, AIKAWA Tatsuo, "Kamishima kofun. Yahatazuka kofun" (Les tombes antiques de Kamishima et de Yahatazuka). Gunmaken shiseki meisho tennen kinenbutsu chôsa hôkoku, vol. 2. 1932.
GOTO Moriichi, "Kôzuke no kuni Sawagun Akaborimura Imai Chausuyama kofun" (La tombe antique de Chausuyama en Kôzuke). Teishitsu hakubutsukan gakuhô, vol. 6. 1933.
AKIYAMA Hideo, Amihoshi zen kyôshitsu daibo Naraken hôkoku, 18, 1959.
Sakurai Chausuyama kofun, fu Kushiyama kofun (Les tombes antiques de Chausuyama et Kushiyama), éd. par le Bureau de l'éducation de la préfecture de Nara (Naraken kyôiku iinkai), 1961.
TAKIGUCHI Hiroshi, Haniwa (éd. par le Nippon keizai shinbun), 1963.
SUENAGA Masao, SONODA Kôyu, MORI Kôichi, "Iwahashi senzuka" (Les mille tertres de Iwahashi), Kansai daigaku hôkoku, 2, 1966.
OTSUKA Hatsushige, KOBAYASHI Saburô, "Ibaragiken Funazukayama kofun I" (La tombe antique de Funazukayama dans la préfecture d'Ibaragi, I), Kokogaku shukan 4, no 1, 1968.
Abiko kofungun (La nécropole d'Abiko) éd. par le Bureau de l'éducation de la ville d'Abiko (Abikomachi kyôiku iinkai), 1969.
OTSUKA Hatsushige, KOBAYASHI Saburô, "Ibaragiken Funazukayama kofun II" (La tombe antique de Funazukayama dans la préfecture d'Ibaragi, II), Kokogaku shukan 4, no 4, 1971.
Kofun jidai kenkyu 1 (Etude de l'époque des tombes antiques), ed. par la Société pour l'étude de l'époque des tombes antiques (Kofun jidai kenkyukai), 1972.
MORO Kôichi, "Ibe Hachimanyama kofun" (La tombe antique de Hachimanyama à Ibe), Doshisha daigaku kenkyu hôkoku 5, 1972.
TODOROKI Shunjirô, Haniwa kenkyu (Etude des haniwa), vol. 1, 1973.
KOBAYASHI Yukio, Tôji taikei (Encyclopédie de la céramique), vol. III : Haniwa, 1974.
MURAI Iwao, Kodaishi hakkutsu (Fouilles d'histoire ancienne), 7 : Haniwa to ishi no zôkei (travail de la pierre e

Origine géographique

Japon

Mots-clés

Cote MCM

MCM_1987_JP_E1

Date du copyright

1987

Ressources liées

Filtrer par propriété

Titre Localisation Date Type
Japon. Guerriers et chamans, Haniwa de Shibayama du Japon Antique. Exposition. Affiche Japon 1987-06-03 Affiche