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Japon. Shirano Benjuro, une adaptation de Cyrano de Bergerac. Spectacle

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Titre

Japon. Shirano Benjuro, une adaptation de Cyrano de Bergerac. Spectacle

Sous-titre

d'après l'oeuvre d'Edmond Rostand

Date

1992-03-17

Date de fin

1992-03-18

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Théâtre

Description de la pratique

MCM, 17-18 mars 1992
traduction de KASUYAMA Masao
adaptation de NUKADA Roppuku
dramaturgie et mise en scène de SHIMADA Shôgo
Lumière de OGAWA Noboru
Décors de ISODA Isamu
Effets sonores de TAMURA Tadahiko

Territoire de découvertes et d'étonnements, le Japon a toujours été présent dans les programmes de la Maison des Cultures du Monde et sous les formes les plus variées de sa culture ; Kagura de Hayachine, Nô, Marionnettes du Bunraku, musiques et danses classiques Gagaku au cours du cycle 'Japon 83', Buto avec Tanaka Mio, Carlotta Hikeda, spectacle d'Ikebana avec le grand maître Teshigahara Hiroshi de 1'Ecole Sogetsu, théâtre contemporain avec la troupe Tenkei Gekijo, invité à plusieurs reprises, musique avec Tsuruta Kinshi, puis sa disciple, Junko Ueda, musique de Shomyo, exposition au Grand Palais des Haniwa de Shibayama du Japon antique.
Aujourd'hui nous sommes heureux d'accueillir Monsieur Shimada Shôgo un des très grands acteurs du Japon qui interprètera
"Shirano Benjuro" et Monsieur Noboru Ogawa qui a créé les lumières pour les plus grands acteurs de Kabuki, tous deux très aimés du grand public de Tokyo, Kyoto, Fukuoka, Yokohama'
Source d'inspiration pour les créateurs ainsi que de réflexion et de plaisir pour les spectateurs, les cultures du Japon continueront de figurer dans les présentations de la Maison des Cultures du Monde qui va pour cela au-devant de toutes les initiatives, de toutes les collaborations.
Cherif Khaznadar, Directeur.

Shirano Benjûrô, dans sa version pour un seul acteur, a été créé en 1989, le soir du 11 novembre. Cela se passait quelque part à Tokyo, dans le salon d'un particulier, devant une cinquantaine de personnes. Il ne s'agissait pas d'une improvisation fantaisiste, même si nous n'étions équipés que de quelques projecteurs et d'un magnétophone. Pour tout décor, nous nous étions contentés de jeter de la toile sur les escabeaux, une ou deux brassées de lierre sur le sol, et de faire tomber quelques feuilles mortes le moment voulu. C'était très expérimental. Par la suite, la pièce a été reprise un peu partout au Japon, plus de trente fois, dans des salles très diverses, de capacité allant de 150 à 1500 spectateurs.
Le spectacle y a certes gagné en perfection, mais il a également perdu le charme du bricolage de sa naissance. C'est à cet esprit que j'aimerais revenir pour les représentations de Paris, à ce charme de la simplicité, de l'expérimentation théâtrale.

Premier Tableau
A L'Ermitage d'un jour, la taverne de Raizô à Kyoto.
Un jour du printemps 1866, à l'aube.
Un biwa entonne au loin la marche triomphale de la Compagnie du Moineau Vermillon venue d'Aizu: on l'entend s'approcher peu à peu, puis se perdre à nouveau dans le lointain.
Soudain, d'entre les pans de l'enseigne suspendue à l'entrée de la taverne surgit l'énorme nez de Shirano Benjûrô: 'Hôlà! Bonjour!'. Il appelle Raizô, le patron, lui demande l'heure, arpente allègrement sa boutique, lui conte en pavoisant comment, la veille, au théâtre de kabuki, il a engueulé une vedette bien en vue, Monjûrô, dont il a littéralement cassé la pièce:
'D'abord apprenez qu'en son naturel affable, bon, courtois, libéral et courageux, cet énorme, et célèbre nez n'est rien que l'âme même, élevée à l'état de forme, du tout qu'il orne. Oui, et si d'aventure il s'en trouvait pour avoir quelque objection concernant cette garniture que porte le milieu de mon visage, quelqu'en soient les lettres de noblesse, je serai sans la moindre pitié!
Allons! Et permettez au passage à votre serviteur de se présenter: Shirano Benjûrô, de la Compagnie du Moineau Vermillon!
Puis, l'humeur toujours gaie, il s'empare .du pinceau et du papier que Raizô lui apporte, et se met à écrire une lettre d'amour.
Surgit Murase qui est à sa recherche. A cet ami qui lui reproche ses extravagances de la veille, Shirano rétorque:
Cet espèce de cabotin de foire profite de ce qu'il est sur scène pour faire des yeux de carpe en direction de la galerie, et qui plus est, l'énergumène se permet de déposer son regard sur celle qui, plus précieuse que ma propre vie'
Il a beau étouffer ses mots dans sa main, il s'est trahi. Il avoue donc le secret de son coeur: celle qui lui est ainsi si chère est du même sang que lui, celui des Kanroji, c'est sa cousine Chigusa.
L'heure sonne. Shirano s'affaire:
Figure-toi que j'ai promis de la rencontrer ce matin ici-même. Elle aurait quelque faveur à me demander.
Et Shirano de renvoyer Murase, et de se planter devant la porte à l'attendre. Chigusa, l'air d'éviter les regards indiscrets, arrive enfin. Ils s'asseyent côte à côte sur le banc, évoquent avec nostalgie les années de leur enfance où ils jouaient ensemble à la guerre. Puis elle en vient à sa demande: elle aime un certain Kurusu Ikuma, une nouvelle recrue de la Compagnie du Moineau
Vermillon; elle voudrait que Shirano devienne son ami, qu'il fasse en sorte qu'il lui écrive. La détresse s'empare de Shirano, qui lui jure cependant de protéger celui qu'elle aime.
A peine l'a-t-elle quitté que, telle une avalanche, la Compagnie du Moineau Vermillon au complet s'abat sur la place. Ils acclament leur héros, le portent en triomphe à travers la boutique, le pressent de conter ses exploits de la veille.
Ah, les adorables petits merdeux! Qu'à cela ne tienne, si cela peut servir à votre instruction'
Et il se met leur narrer d'un ton martial les péripéties du combat qui, la nuit précédente, sur le pont de Sanjô, l'a opposé à une bande de fripouilles soudoyées, par le théâtre pour laver
1'affront.
'A cette heure, quelques nuages éclipsant la lune plongeaient les quais dans une obscurité aussi profonde que s'ils baignaient dans l'encre noire.
Dame! on y voyait si peu dans ces inextricables ténèbres que'
- Qu'à votre insu, on aurait pu vous pincer le nez!, enchaîne soudainement la nouvelle recrue Kurusu Ikuma qui ne craint ni de se moquer ni de proférer le mot tabou. Shirano est déjà sur le point de dégainer son épée, mais... il contient sa colère, poursuit son récit. Kurusu s'entête cependant, le nargue une deuxième, une troisième fois; à la quatrième reprise, Shirano éclate et, d'un geste furieux, fait évacuer la salle. Ils se retrouvent seul à seul.
Dans mes bras! Hé hé! On ne manque pas de cran, camarade !
Et il tend deux bras grand ouverts à Kurusu qui tombe des nues. Shirano l'instruit alors du destin malheureux de sa cousine, et des sentiments amoureux que celle-ci nourrit à son égard:
Elle attend une lettre aimable de ta part.
- Moi aussi je l'aime, mais, hélas!, je ne suis qu'un provincial et n'entend rien au langage raffiné de l'amour, lui répond-il tristement.
Eh bien soit! Je m'en vais l'écrire à ta place. Si tu veux bien me prêter tes charmes physiques, ne pourrions-nous pas à nous deux faire un héros de roman?
Shirano lui offre donc son entremise. Et pour rassurer les vaillants guerriers de la Compagnie, tous sidérés de les avoir vu s'embrasser, il fait cette déclaration:
Cette petite bleusaille a si superbement remis à sa place l'ornement, plus précieux que mes jours, qui décore le milieu de mon visage, que sans m'en apercevoir je l'ai pris dans mes bras. Une si rare bravoure m'a touché en plein coeur. Holà tambour!
Saluons d'une tambourinade l'arrivée de ce jeune, de ce fort, de ce joli garçon!
Sur le rythme endiablé du tambour, Shirano se met à danser au milieu de la boutique.
Et en prime, une autre encore, une bien de chez nous, qui nous rappelle le pays et nous remonte un bon coup!
Et le voilà parti à chanter, battant la mesure d'un air badin du bout de sa canne.

Deuxième Tableau
Devant la maison de Chiguma
Au crépuscule. Shirano arrive sous la fenêtre de Chigusa et l'appelle. La capitale aux alentours repose paisiblement dans les dernières lueurs du couchant. Et Shirano de murmurer en lui-même:
Quelle sérénité, quelle pureté! Comment croire qu'une guerre est sur le point d'éclater?
Chigusa apparaît enfin, le coeur en fête à la perspective d'un rendez-vous prochain avec Kurusu, sur les talents prodigieux duquel elle ne tarit pas d'éloge:
Ce doux, ce génial poète n'a pas son pareil'
Avisant justement ce dernier qui approche d'un pas allègre, Shirano demande à Chigusa de se
cacher. Shirano arrête son ami: Voici 1'heure où tes désirs seront exaucés! Allez, viens par ici.
Que je t'apprenne ta sérénade.
Kurusu cependant le repousse: qu'aurait-il encore à craindre, puisqu'elle est complètement folle de lui? Il veut l'attendre seul.
A votre aise, Monsieur. Eh bien parlez maintenant!
Et Shirano se retire.
Chigusa et Kurusu commencent donc à s'échanger des propos galants: le son mélodieux d'un biwa, tendre au début, progressivement plus violent, finit par s'interrompre brutalement.
Shirano, revenu à la rescousse, s'esclaffe:
Joli succès! Et on faisait le fort en gueule tout à l'heure! Tu n'as pas su piper un seul mot et la voilà fâchée! Grand sot! Imbécile! Tête creuse!
Kurusu est aux abois: il meurt s'il ne regagne pas son coeur à l'instant.
Tais-toi !, La nuit est noire. On peut réparer ça!
Tiens-toi là debout sous le balcon. Moi je resterai dans l'ombre et te soufflerai tes mots.
Et contrefaisant la voix de Kurusu, Shirano déclame à Chigusa un chant d'amour. Mais il se laisse prendre au jeu, et donne bientôt libre cours aux sentiments qu'il dissimule depuis longtemps dans son coeur:
Chigusa, je vous aime! Chigusa, je suis fou de toi!
De l'aube à midi , de midi au crépuscule et du crépuscule à la nuit, pas un seul instant je ne peux t'oublier! Ton nom sans cesse sonne dans ma poitrine comme dans un grelot.
Cette déclaration passionnée arrache des larmes à Chigusa, et Kurusu, pressé par Shirano qui le pousse vers la balustrade, va la rejoindre. Il disparaît bientôt dans la chambre de sa belle, tandis que, enfoui sous le balcon, et d'une voix sanglotante, Shirano entonne un vieux chant de noces:
Dans la baie de Takasago, hissant la voile au mât du bateau.
Soudain le tambour bat le rappel des troupes.
Cette fois, c'est la guerre, 1l faut partir!
Shirano vient arracher Kurusu aux bras de Chigusa qui fond en larmes à la pensée d'une séparation. Il veut la consoler:
Je répond entièrement de ce garçon. Alors ne fais pas cette triste mine et quitte nous en souriant,
Séparons-nous comme au temps de nos batailles d'enfant, en nous disant trois fois 'A demain! Au revoir!'
Enfin il entraîne Kurusu, agitant longtemps la main en direction de Chigusa qui disparaît peu à peu dans le lointain.
Au revoir! Au revoir!
Et l'obscurité envahit la scène.

Dans le faisceau d'un projecteur, Shirano réapparaît pour raconter la suite:
Or donc, Shirano et la Compagnie du Moineau Vermillon partirent à la guerre. Les jeunes guerriers, célébrés naguère comme le fleuron de la capitale, combattirent vaillamment, mais sur le champ de bataille, la situation ne faisait qu'empirer de jour en jour. Du campement où les lendemains étaient toujours plus incertains,
Shirano continuait d'écrire à Chigusa, signant ses lettres du nom de Kurusu. Il en écrivait jusqu'à deux, et même trois en un seul jour.
Grisée par les élans violents que Shirano mettait dans ses missives, Chigusa quitta sa lointaine capitale et courut rejoindre Kurusu sur le champ de bataille dévasté. Elle lui fit alors cette confession: 'Au début je n'aimais que ta beauté.
Mais avec le temps cet amour pour tes charmes s'est évanoui, tel l'arc-en-ciel dans un soir d'été. Tu pourrais, à l'instant même, devenir laid , rien ne ferait changer mes sentiments. Non, même la laideur'"
Kurusu révéla à son tour ces confidences à Shirano: "Elle ne dit n'aimer que mon âme et non point ma beauté. Or cette âme qui empruntait ma bouche et mes mains, est la tienne. C'est toi qu'elle aime. E t toi aussi tu l'aimes. Ne le cache pas, je le sais. Elle a dit qu'elle m'aimerait même laid. Oui, même laid! Allons, il faut que tu lui avoues tout, sans rien omettre. On lui demandera ensuite de choisir un de nous deux." Il criait cela tandis qu'il s'élançait à nouveau au combat.
Shirano croyait devenir fou. "Même laid, elle m'aimerait donc? O mon bonheur! Ton heure est venue! Chigusa! Chigusa!' Il était déjà sur le point de lui révéler le secret de son coeur, quand soudain, dans le vacarme d'une violente canonade, Kurusu revenait vers eux, transporté par ses camarades. Chigusa courut lui chercher de l'eau, et Shirano profita de ce moment pour murmurer à l'oreille de son ami: "Je lui ai tout dit, mais c'est tout de même toi qu'elle aime." Alors Kurusu, un sourire sur les lèvres, rendit son dernier souffle.
"Ah, tout est révolu! Jamais plus je ne pourrai lui parler!" Shirano, debout au milieu d e la fumée
des canons, restait immobile, frappé de stupeur, tandis que Chigusa sanglotait sur le cadavre de Kurusu, serrant dans sa main une ultime lettre d'amour, toute maculée de sang.

Il me faut ici vous demander de m'accorder une pause de dix minutes, le temps de changer de costume .

Troisième Tableau
Automne 1881
S'appuyant sur sa canne, l'air misérable, Shirano entre. Il reprend le fil de son récit.
"Plus de dix années ont passé, et l'ère Keiô a laissé place il 1'ère Meiji. Entre-temps, Chigusa a revêtu la robe noire de celles qui se consacrent au service du Bouddha. Elle ne se sépare jamais de la dernière lettre de celui qui n'est plus...
Pour la distraire de son chagrin, Shirano vient, tous les dix jours, lui rendre visite dans son couvent, et lui raconte, à la place des gazettes, les événements de la semaine.
Ah! La cloche a sonné. C'est l'heure. Dans un instant, Shirano, fera son apparition sur les marches de la porte du jardin. Or voilà que, par je ne sais quelle mauvaise farce du destin, sur le chemin pour venir ici, alors q u'il allait tourner un coin de rue, un inconnu a laissé choir sur lui une énorme pièce de bois qui l'a mortellement blessé à la tête'"
Loin de se douter de la chose, Chigusa, assise devant son métier à l'ombre d'un ginkgo du jardin, brode une représentation de la généreuse et bienfaisante Kisshô. C'est dire si les années, aussi nombreuses soient-elles, ne verront jamais s'éteindre les braises de son amour.
La cloche tinte, le soir tombe.
Shirano s'excuse de son retard. Une jolie nonne passe, il l'arrête, la taquine de quelques galanteries bouffonnes, finit par la confondre de honte et la mettre en fuite.
Les feuilles d'automne tombent sans répit. Shirano entonne, sur son ton habituel, sa gazette de la semaine.
Le 7 octobre: Pour avoir réalisé à la demande d'un ressortissant étranger une maquette complète du Japon, Kinura Shinkô, capitaine de 1'armée de terre, a été écroué et condamné à mort.
Le 8: On a brûlé sept cent soixante grandes chandelles de cire à l'occasion du récital d'automne des geisha du nouveau quartier de Gion.
Le 9: Un prêtre du sanctuaire d'Inari à Fushimi a été démis de ses fonctions; Une mendiante a donné naissance à des triplés sous le pont de Gojô. La mère et les enfants se portent bien.
Le 10: rien de particulier à signaler.
Le 11: L'empereur a regagné l a capitale après une visite officielle dans la région du Tôhoku. Sévère mise en accusation du Ministre Ookuma Shigenobu.
Le 12: Rachat de la courtisane de Shimabara, Shizutayû.
L e 13: Ookuma Shigenobu a été démissionné. II quitte le gouvernement avec les sympathisants de son groupe.
Le 14: Incendie sur les bords de la rivière Imadegawa.
Le 15: Un barque de plaisance chavire à Saga: aucun blessé à déplorer.
Le 16 octobre'
Il défaille un instant, retient de justesse son chapeau sur sa tête. Il essaie de donner le change:
C'est encore cette ancienne blessure qui me fait mal' celle que j'ai rapportée de la guerre'
Vous voyez, nous avons chacun une vieille plaie'
Ah, j'y pense, cette lettre que vous tenez (toujours secrètement sur votre poitrine, vous m'avez un jour promis de me la laisser lire.
Et Chigusa lui tend une lettre toute tachée de sang, que Shirano se met aussitôt à lire d'une voix sonore:
Chigusa, adieu, je pars, la mort m'attend. Ma bien-aimée, c'est pour ce soir. j'ai l'âme lourde d'amour inexprimée,'
Jamais mon coeur ne vous quitta une seconde, e t jusque dans l'autre monde, je suis et serai celui qui vous aima, qui ne fit que vous aimer, rien que'
L'obscurité s'épaissit, il n'en continue pas moins de lire. Chigusa lui demande comment il peut déchiffrer une écriture devenue illisible dans le noir. Shirano tressaille, tombe de stupeur. Il sent peser des doutes sur lui, tente de les rejeter:
Non, non! Cette lettre n'était pas de moi. Les mots d'amour cette nuit-là, ce n'était pas moi non plus! C'était l'autre! Kurusu', s'écrie-t-il, mais à nouveau une douleur insupportable l'assaille, et il s'effondre sur sa chaise.
Je n'avais pas terminé ma gazette tout à l'heure, reprend-il. Le 16 octobre: peu avant dîner, Monsieur Shirano Benjûrô est mort assassiné.
Il se découvre. On voit un pansement taché de sang.
La cloche sonne l'heure de l'office. Une musique bouddhique, douce et solennelle, s'élève.
Il me manquait un peu de musique, En voilà'
Et puis:
Quoi?' Vous m'aimez?' Mais rappelez-vous comme je suis laid, et que je le resterai jusqu'à la fin' Ah! Chigusa, vous ne savez pas comme vous avez égayé na vie. Sans vous, jamais je n'aurais entendu passer, dans le désordre de mon existence, le froufrou soyeux des femmes'
Il enfouit son visage dans la chevelure de Chigusa.
La lune brille, limpide.
Quelle lune superbe!' Cette nuit je vais monter d'un bond vers elle , sans qu'il me faille inventer de machine' Vagabond lunaire, séducteur raté, fou de philosophie, mathématicien, poète, bretteur, maître de musique, ci-gît celui qui, en ses innombrables duels, jamais ne laissa sa langue s'enrhumer, Shirano Benjûrô, de la Compagnie du Moineau Vermillon.
Il retombe sur sa chaise, caresse tendrement les épaules de Chigusa:
Chigusa, je vous demande de répandre toutes les larmes de votre douleur pour ce bon Kurusu Ikuma, et, à vos moments perdus, de garder une pensée pour moi.
Puis, se levant subitement, il fend l'air de son épée.
Qu'est-ce que c'est que tous ceux-là? L'on ose railler mon nez! Les impudents! Vous voulez me mettre à bas? Que m'importe, je me bats! Allons, approchez! Quoi? On veut tout m'arracher, la fleur et le fruit! Eh bien, arrachez! Il y a cependant un trésor que vous aurez beau vous débattre, vous aurez beau piaffer, jamais vous n'aurez, quelque chose que sans une tache, sans une éclaboussure, j'emporte malgré vous, pour franchir le ciel pur et entrer dans non palais lunaire, ce trésor, c'est'
Il s'élance le sabre haut.
Mon panache!
Il se retourne vers Chigusa, lui sourit, puis il retombe.

RIDEAU

Textes

Mise en scène

Traduction-surtitrages

Contributeurs

Origine géographique

Japon

Mots-clés

Date du copyright

1992

Cote MCM

MCM_1992_JP_S2

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Titre Localisation Date Type
Japon. Shirano Benjuro, une adaptation de Cyrano de Bergerac, avec Shôgo Shimada. Photos Japon 1992-03-17 Photo numérique
Japon. Shirano Benjuro. Une adaptation de Cyrano de Bergerac. Solo par Shimada Shogo. Affiche Japon 1992-03-17 Affiche
Titre Localisation Date Type
Saison 1992 1992