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Japon. Chant épique Monogatari par Junko Ueda , chant et satsuma biwa. Spectacle

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Évènement

Titre

Japon. Chant épique Monogatari par Junko Ueda , chant et satsuma biwa. Spectacle

Date

1992-02-08

Date de fin

1992-02-09

Artistes principaux

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Musique

Description de la pratique

8-9 février 1992.
"L'ÉPOPÉE DES HEÏKE"
Atsumori
Dan-no-Ura
Clhara-gokô
Au Japon, on appelle ki la force spirituelle qui est supposée animer l'univers. Le chant met à contribution le souffle ; c'est pourquoi il est considéré comme une manifestation du ki. Les Japonais accordent à la voix des pouvoirs animistes, un mot pouvant par lui-même avoir une signification spirituelle. De nos jours, il existe encore une croyance semblable appelée koto-dama (esprit de la parole) dont provient la tradition du chant japonais uta. Les modèles du uta étaient calqués sur les qualités spécifiques de la langue japonaise qu'il façonnait non seulement au niveau de la hauteur et de la durée mais aussi en fonction du timbre, de la puissance et de la qualité du son en une sculpture sonore organique.
Le biwa est un luth apparenté au p'ip'a chinois et au-delà au 'ûd arabe. Il fut introduit au Japon au VIIe siècle en provenance de l'Asie continentale.
On l'a comparé au Shumisen, la montagne qui dans la pensée bouddhique et hindouiste s'élève au centre de l'univers. Les deux ouïes dont est percée la table d'harmonie représentent le soleil et la lune, tous deux destinés à contrôler l'univers. Le biwa ancien, remplissait une fonction essentiellement rythmique, destinée à diviser la durée, la mélodie revenant aux autres instruments. Au cours de son évolution vers l'interprétation en solo, le jeu du biwa commença à inclure les chants du uta. L'exemple le plus ancien de cette musique remonte au XIVe siècle : c'est le heikyoku, l'interprétation originelle accompagnée au biwa du Heike-Monogatari par
des moines aveugles. Cette tradition, connue également sous le nom de Heike-biwa perdure jusqu'à nos jours.

Le satsuma-biwa
Le style du satsuma-biwa provient du Japon méridional. Au XVIe siècle, le seigneur Shimazu incita les guerriers du clan Satsuma à apprendre des chants à contenu didactique et à jouer d'un type de biwa apparenté à l'ancien môsô-biwa joué par les moines aveugles (appelés môsô). Le corps de l'instrument fut agrandi et construit dans un bois plus dur. Oublié dans le courant du XXe sihle, cet instrument fut réhabilité par la grande artiste Kinshi Tsuruta, maître de Junko Ueda.
L'instrument est un luth piriforme donc le corps est fait de deux planches de bois de mûrier collées ensemble, laissant une chambre à air étroite à l'intérieur de l'instrument. Les cinq cordes sont faites de fibres de soie torsadées. Les formules mélodiques sont jouées sur le choeur constitué des quatrième et cinquième cordes, les plus fines, accordées à l'unisson, la première corde qui est la plus épaisse, servant de bourdon. Le manche porte cinq frettes dont la taille - qui les apparentent plutôt à des sillets - permet aux doigts de contrôler la tension des cordes et donc la hauteur de sons. Les cordes sont pincées au moyen d'un large plectre triangulaire (bachi) en buis d'Ibusuki dont les qualités combinées de dureté et de flexibilité permettent de produire une grande variété de timbres et de mouvements, ainsi que des effets d'arpège, de raclement ou de percussion sur le corps de l'instrument.

Le Heike-Monogatari
Les trois pièces présentées dans ce concert proviennent du célèbre Heike-Monogatari qui fut composé vers l'an 1200 par Shinano Yukinaga Nyûdô après qu'il eut abandonné son métier de musicien de gagaku et eut rejoint le monastère montagnard de Hieizan. Il fut interprété pour la première fois à Kyoto par le moine aveugle Shôbutsu. joueur de môsô-biwa.
Cette "Histoire des Heike" est une épopée japonaise qui fut interprétée au cours des âges dans de nombreux styles et versions. Mais le mode de récitation qui le caractérise est resté inchangé. Les histoires sont basées sur les conceptions bouddhiques relatives au rapport de cause à effet et à l'impermanence de la vie humaine.
Le Heike-Monogatari décrit la brève période de prospérité vécue par le clan Heike entre le début du XIIe siècle et 1185, lorsqu'il fut vaincu par le clan Genji de Kamakura. Les Heike vivaient dans la région de Kyoto, mais au cours de la guerre ils s'échappèrent vers le sud, si bien que la plupart des célèbres récits de batailles se déroulent autour de la mer intérieure de Seto.

1. Atsumori
Au temple de Gion-Shôja,
Le son de la cloche,
Reflétant la résonance de l'impermanence de toute vie.
La couleur de la fleur sara-sôju,
Evoque le déclin inéluctable de la vie humaine.

La fierté appelle 1'échec.
Durant une nuit de printemps,
Semblable à un rêve.

Voici la première année de Genryaku,
Le septième jour de kisaragi (2ème mois du calendrier lunaire),
Très tôt le matin.
Dans la bataille à Suma-no-Ura entre les clans Genji et Heike,
La chance des Heike tombe comme le crépuscule,
Décroissant. Pendant que spécialement,
La personne qui incarne le sens du pathétique,
C'est Mukan-no-Taifu Atsumori,
Comme il est dit.

Entre-temps, Kumagai Jirô-Naozane (des Genji) se dit :
"Je voudrais me battre avec un général célèbre".
Alors qu'il guette l'occasion, il aperçoit,
Un général (des Heike) à cheval, longeant la côte en direction de ses navires.

"Voilà l'ennemi qu'il me faut,
Je ne vous laisserai pas vous échapper!
Eh vous, qui vous sauvez, vous êtes un général du clan Heike,
Je vous ai bien reconnu.
Revenez s'il-vous-plaît,
Venez ici,
Eh vous,
Eh vous!"
Il agite un éventail dans sa direction,
Décoré de l'image du soleil levant.

Atsumori entend l'appel et prend son courage à deux mains.
"Je ne tourne jamais le dos à l'ennemi!"
Sillonnant les vagues,
Il rebrousse chemin vers la plage.

(Atsumori) s'approche déjà de la plage.
Kumagai, attendant le bon moment,
Saisit Atsumori qui est encore à cheval.
Tous deux tombent de leur monture sur la plage.

Comme les vagues qui vont et qui viennent,
Ils luttent.
L'un ou l'autre tantôt se redresse, tantôt tombe.
(Ici le jeu du biwa évoque le fracas du combat)

Le courageux Kumagai,
Retire le heaume d'Atsumori et regarde :
"Ce n'est qu'un garçon de quinze ou seize ans!
Tout juste 1'âe de mon fils".
Kumagai éprouve une compassion profonde :
"Je veux 1'épargner".
Il aide Atsumori à remonter à cheval.

Derrière la montagne un grand cri s'élève :
"Kumagai, de la province de Musashi,
A battu son ennemi, mais,
Maintenant il l'aide à s'échapper.
C'est une trahison !
S'il laisse cet homme s'échapper,
Nous les abattrons tous les deux".
Kumagai s'en rend compte,
Sans espoir.

"Pardonnez-moi, je vous en supplie, je dois vous tuer,
Je suis originaire de la province de Musashi,
Mon nom est Kumagai Jirô-Naozane".
Ensuite il demande à Atsumori qui il est.
"Je suis le troisième fils de Sangi-Tsunemori,
Mukan-no-Taifu Atsumori.
Je périrai de votre main,
Comme une fleur en pleine floraison.
Pareil destin
M'honore"
La voix est résolue.

En pleurs,
Kumagai soulève son épée.
Le cri de quelques pluviers
Résonne tristement,
Sur la côte de Suma-no-Ura.

2. Dan-no-Ura
Cette pièce est l'un des multiples récits qui, selon diverses perspectives, relatent la bataille finale de la guerre qui opposa les clans Heike et Genji.
Dans le lieu dit Dan-no-ura, on assiste à la fin du combat, les Heike sont défaits. Le moment culminant du poème décrit comment Kenreimonin, fille de Kiyomori (chef des Heike) se jette à la mer avec son jeune fils alors empereur.

3. Ohara-Gokô
Ce poème fait partie de l'épilogue du Heike-Monogatari. Il décrit le paysage paisible du jardin du temple Jakkô-in à Kyoto. A Dan-no-Ura, la bataille qui parachève la défaite des Heike arrive à son terme. A ce moment, la plupart des femmes Heike, vêtues de lourds costumes, se suicident en sautant de leurs navires avec leurs enfants. Kenreimonin qui, on l'a vu, s'est elle aussi jetée à la mer avec son plus jeune enfant, est sauvée par les Genji en raison de son statut très élevé, et menée à Kyoto.
Plus tard, elle devient religieuse au temple de Jakkô-in. Dès lors, sa vie se poursuit comme une triste élégie à la mémoire de son fils. Un jour, l'empereur Goshirakawa-Hôô, déguisé en moine, se rend secrètement au temple de Jakkô-in. Les deux nobles échangent des réflexions sur les changements dans le monde d'ici-bas et la vie humaine en général.

Sur les montagnes lointaines
Des nuages blancs reposent,
En souvenir
D'une fleur morte.

Les feuilles vertes à la cime des arbres
Montrent les adieux du printemps.

C'est vers le douze du mois uzuki (4ème mois du calendrier lunaire).
L'herbe de 1'été
Partout
Pousse à profusion.
Au pied de la montagne Nishi-yama
Un temple bouddhiste
Nommé Jakkô-in

Entre les nuages amoncelés
La voix du coucou, attendant
La visite de Goshirakawa-Hôô.

d'après Toshiro Kido, Directeur de la Division musicale du Théâtre National de Tokyo, Junko Ueda et Wil Offermans.

Junko Ueda est née à Tokyo. A 1'âge de six ans elle commence à prendre des leçons de piano. A partir de 1981 elle entreprend des études au Conservatoire de Tokyo en choisissant d'abord le piano, puis la composition. Elle obtient son diplôme en 1986. Entre-temps, la célèbre joueuse de satsuma-biwa Kinshi Tsuruta l'initie au chant et au jeu de cet instrument. Parallèlement, Junko Ueda étudie de chant bouddhique japonais shômyô et s'initie à l'art du gamelan javanais au Conservatoire.
Un voyage en Inde et au Népal en 1984 stimule fortement son intérêt pour les musiques orientales.
Depuis 1986 Junko Ueda mène à la fois une carrière en musique contemporaine (oeuvres de Cage et divers compositeurs japonais), en musique ancienne (jeu du kugo et du shichigen-kin, instruments restaurés provenant des trésors du Shôsô-in de Nara), et donne des récitals de biwa dans lesquels elle introduit parfois des oeuvres de sa composition.
Son disque, L'épopée des Heike, publié par Archives Internationales de Musique Populaire de Genève (dist. Harmonie) a reçu en 1991 le Prix André Schaeffner de l'Académie Internationale du Disque Charles Cros.
Ce disque compact est disponible chez tous les grands disquaires.

Contributeurs

Origine géographique

Japon

Mots-clés

Date du copyright

1992

Cote MCM

MCM_1992_JP_S1

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Japon. Chant épique Monogatari par Junko Ueda , chant et satsuma biwa. Photos Japon 1992-02-08 Photo numérique
Japon. Traditions chantées. Chant épique par Junko Ueda. Affiche Japon 1992-02-08 Affiche
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Saison 1992 1992