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Japon. Conférence-démonstration de Nô et de Kyôgen

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Évènement

Titre

Japon. Conférence-démonstration de Nô et de Kyôgen

Sous-titre

par l'École Hosho

Date

1997-06-13

Artistes principaux

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Conférence

Description de la pratique

13 juin 1997.
La première partie de cette conférence-démonstration sera consacrée à l'acteur: son rôle, celui des masques, des mouvements (kata), du chant (utai) et de la relation entre les mouvements le chant et le costume.
Ensuite les musiciens présenteront leurs instruments en expliquant leurs fonctions respectives, puis feront une démonstration du discours musical du Nô.
Dans la deuxième partie seront présentés des extraits de deux pièces ainsi que des extraits de parties musicales.

L'UNIVERS DU NÔ ET DU KYÔGEN
Nô et kyôgen : théâtre contemporain du Moyen-Age
Nés au xive siècle, le nô et le kyôgen, premières formes pro-prement théâtrales au Japon, se sont affinés à partir de la fin du xvie siècle et dans tout le courant de l'époque d'Edo. Parvenant à surmonter les turbulences de la rénovation de l'ère de Meiji et de la Seconde Guerre Mondiale, ils perdurent encore, conservant après quelque sept siècles d'histoire, le pouvoir de charmer nos contemporains.
Si l'on considère le théâtre comme le miroir d'une époque, le nô et le kyôgen sont les reflets admirables de ce Moyen-Âge qui les a vu naître et grandir. Pendant la période de Muromachi qui est celle des créateurs du nô : Kan'ami (1333-1384) et son fils Zeami (1363-1443?), on assiste à l'émergence d'un courant artistique fondé sur la fascination pour la culture élégante et l'esthétique de la Cour impériale de Heian (fin du viiie s. - fin du xiie s.), et sur la quête incessante du yûgen, concept visant à donner aux choses et aux êtres une apparence de mystère au charme subtil. Un autre courant, également très vivant, puise ses sources dans la veine populaire et les bouffonneries inspirées de la vie quotidienne. Ces deux courants coexistent donc dans la littérature et dans les arts du spectacle, l'un dominé par l'élégance, l'autre par le vulgaire.
Le kyôgen s'inspire de la vie quotidienne des couches populaires et présente, à travers une gestuelle légère et des dialogues en langue commune, des situations construites sur des bévues, des étourderies ou des satires. En revanche les thèmes du nô sont puisés dans la littérature des siècles passés (Contes d'Ise, Dit du Genji ou Dit des Heike), dans les anthologies de poésie et les traités d'art poétique, ou encore dans les légendes fondatrices des temples et des sanctuaires. En outre, le nô cultive la forme d'un théâtre dansé et chanté qui renforce son climat poétique. Il reflète aussi les m'urs de cette époque, et les événements ou les rumeurs qui passionnaient les gens d'alors. En ce sens, nô et kyôgen constituent donc bien le théâtre contemporain du Moyen-Age japonais.

Les particularités de l'expression
De façon générale, le nô met l'accent sur un certain nombre de thèmes : la question du divin et de la faute, l'amour et la mort, les errements du coeur humain. Quant au kyôgen, théâtre de dialogue, il propose des satires mordantes, et dépeint les joies et les tristesses de la vie. Ces deux formes théâtrales sont jouées sur la scène de nô, un espace dépouillé, largement ouvert sur l'un des côtés, d'où une sensation de profondeur. Le plancher est parfaitement poli, pour accentuer les effets du suri-ashiu (pas glissé). La conception du plateau, qui forme une avancée vers le public, rend encore plus frappante l'impression de perspective, transmettant aux spectateurs, de façon très palpable, les sentiments ou les intentions des personnages.
Dans l'univers du nô, poésie, théâtre et musique se rencontrent et se fondent les uns dans les autres. Les divers éléments musicaux sont étroitement entrelacés symbiose avec le chant et la danse. Cette symbiole n'est pas sans analogie avec l'opéra ou la comédie musicale, mais dans le nô, la description de chaque scène repose uniquement sur les paroles des récitants, et sur les gestes et les déplacements de l'acteur. Ce sont les mouvements à peine perceptibles de l'acteur ' évoquant de façon stylisée un visage levé vers la lune ou un geste de main pour chasser la neige ' qui font apparaître aux yeux et dans l'esprit du spectateur un univers poétique, un monde aux aspects les plus divers, et les phénomènes de la nature et de la vie.


Le nô, sculpture vivante
Noël Péri (1865-1922), pionnier de la recherche sur le nô, écrit à propos de l'essence de l'interprétation : « Le nô, c'est de la sculpture vivante ». La beauté du nô relève en fait plus de l'expression sculpturale que picturale. C'est le jeu de l'acteur, associé aux paroles et à la musique, qui permet de dépeindre des paysages, des états d'âme, des événements. Touché par la part de suggestion discrète contenue dans ce jeu concis et dense, le spectateur peut alors imaginer tous les prolongements d'une scène avec les « yeux de l'âme ».

Le rôle du choeur ou jiutai
Que ce soit dans le nô ou le kyôgen, le nombre de personnages est en principe limité. Ainsi, la pièce Yoroboshi n'en compte que deux : Shintokumaru, le shite (protagoniste), et Takaya-su Michitoshi, le waki (deutéragoniste). À ces deux personnages vient s'ajouter le jiutai et trois intrumentistes jouant de la flûte, du tambour d'épaule et du tambour de hanche. Selon les pièces du répertoire, par exemple dans Shakkyo, on peut leur adjoindre un quatrième instrument, le tambour à battes.
Le rôle du choeur est très important. Paul Claudel (1868-1955) a défini les particularités de sa fonction : « Le choeur ne participe pas directement au déroulement du drame. Il est simplement là pour ponctuer ce déroulement de remarques impersonnelles. Le choeur raconte le passé, décrit des paysages, développe des pensées, fait la lumière sur les personnages qui apparaissent sur scène. Accroupi auprès de statues qui parlent, il leur répond par des poèmes et des chants, il murmure comme en rêve ». La réussite ou l'échec d'une représentation de nô dépend évidemment du jeu du shite, mais elle est aussi largement subordonnée aux qualités du choeur.
Un livret de nô peut être également apprécié à la lecture, comme un long poème. Péri lui-même a traduit le terme nô par « théâtre poétique et lyrique », montrant par là qu'il avait bien saisi le caractère spécifique de cette forme de théâtre. Chacun des mots possède une résonance musicale, et leur assemblage est la concrétisation de la poétique traditionnelle des waka et des renga. La beauté de leurs mètres forme un courant mélodieux marqué par les variations de scansion, dont ressort le rythme du poème.
Haruo Nishino, professeur à l'Université Hosei, spécialiste du nô.

Origine géographique

Japon

Mots-clés

Cote MCM

MCM_1997_JP_C1

Date du copyright

1997

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Titre Localisation Date Type
Événements scientifiques
Saison 1997 1997