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Mauritanie. Aïcha Mint Chighaly. Spectacle

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Évènement

Titre

Mauritanie. Aïcha Mint Chighaly. Spectacle

Sous-titre

Azawan, l'art des griots

Date

1996-12-12

Artistes principaux

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Musique

Description de la pratique

Dans la société maure, hiérarchisée en groupes sociaux de statut héréditaire, le griot occupe une place à part. Il n'est pas seulement le gardien d'un art savant, mais aussi le détenteur hautement apprécié du verbe poétique qui rehausse l'honneur et la renommée des nobles. C'est encore un bouffon, un amuseur, un personnage populaire, parfois craint pour la liberté de ses propos mais dont la présence est indispensable à la réussite de toute fête.
Autrefois chaque famille de musiciens était attachée à un noble, le plus souvent guerrier qui subvenait à ses besoins. Vivant dans une tente voisine, le griot le suivait dans ses voyages et chantait l'histoire de sa famille et ses hauts-faits. Encore aujourd'hui il n'est de meilleur moment pour les Maures qu'une soirée passée dans un campement, entre amis, avec les griots. La chaleur du jour oubliée a laissé place à une douce tiédeur ; la tente est apprêtée avec simplicité et les convives se répartissent sans formalisme sur le pourtour d'une vaste natte ou d'un tapis, avec pour seul mobilier des coussins de cuir décorés ; pas de gêne à s'allonger, l'heure est à la détente, à la plaisanterie et à l'admiration : car il conviendra d'exprimer l'émotion produite par tel trait particulièrement réussi, au moyen de mouvements de tête, de soupirs sur la tonique ou d'exclamations ! Les musiciens ont besoin de ces manifestations stimulantes pour donner le meilleur d'eux-mêmes.
Comme la plupart des musiques du monde arabo-islamique, la musique maure obéit au principe de la suite musicale, suite de chants et de préludes instrumentaux organisés selon un plan rigoureusement établi par la tradition. De même que la nûba du Maghreb, la suite musicale maure est indissociable de la notion de fête et s'achève donc par des danses.
Mais elle est aussi la recréation d'un monde d'émotions soumis à une grande cohérence formelle. En effet, les musiciens maures distinguent quatre modes musicaux différents auxquels sont associés des sentiments, ou ethos, spécifiques. Or la règle veut, qu'au cours d'une soirée de musique, les quatre modes musicaux soient tous utilisés par les musiciens, suscitant ainsi chez leurs auditeurs des sentiments d'héroïsme, d'excitation, évoquant tour à tour la jeunesse et la danse, la nostalgie de l'amour, la tristesse mais aussi la sérénité du déclin de la vie.
La voix a recours à des ornements d'une grande délicatesse, vibrato, secousses, sons filés tandis que la chanteuse/musicienne tisse sur sa harpe ardin une élégante et moelleuse toile sonore, enrichie par les phrases courtes du luth tidinit.
Instrument réservé aux femmes, l'ardin est une harpe formée d'une calebasse recouverte d'une membrane et d'un manche sur lequel sont tendues douze cordes. Sur la table d'harmonie, de part et d'autre du plan de cordes, sont fixés deux petits disques de métal ornés d'anneaux qui vibrent au contact de la peau et brouillent légèrement le timbre de l'instrument.
Le tidinit, instrument des hommes, est un luth à quatre cordes que l'on retrouve dans tout le Sahel, sous le nom de tarudant chez les Touaregs ou de molo chez les peuples de la boucle du Niger. Il est constitué d'une caisse allongée recouverte de peau. Les cordes sont fixées au manche non par des chevilles mais par des lacets de cuir. Son timbre incisif et le jeu volontairement viril du musicien complète agréablement celui de l'ardin.
Le tbal est une timbale frappée à mains nues qui accompagne les pièces plus rapides et la danse.
Aïcha Mint Chighaly chante et joue avec les membres de sa famille, comme le veut la coutume, en l'occurence deux de ses frères et sa belle-s'ur. Ils chantent en hasanya, la langue usuelle des Maures, fortement mâtinée d'arabe. Parfois, dans les parties rythmées par la timbale tbal, l'une des griottes se lève et exécute une danse retenue et hiératique dans laquelle les mouvements des mains ont une grande importance.
La musique maure est fondée sur l'usage de quatre modes : Kar, Faghu, Sennima qui comprend les 3 modes le-khâl, ez-zrâg et le-byad, enfin le-btayt.
Chacun de ces modes peut être joué selon deux voies : la voie noire dont la tonique est généralement la note la plus grave du registre instrumental et la voie blanche dont la tonique se situe au milieu du registre. De plus chacun de ces modes se subdivise en un sous-mode noir (khal) considéré comme plus austère et en un sous-mode blanc (byad) plus plaisant.

Référence bibliographique
Michel Guignard, Musique, honneur et plaisir au Sahara, Paris, Geuthner, 1975.

Programme détaillé

Chaque mode correspond à une partie du concert et commence par un prélude instrumental. Puis les chanteuses et les chanteurs improvisent tour à tour sur quelques vers qui alternent avec des interludes instrumentaux.
Mode Kar
- sous-mode noir khal kar (medh, chant de louanges)
- sous-mode blanc byad kar
Mode Faghu
- sous-mode noir khal faghu (chant de guerriers)
- sous-mode blanc byad faghu ou tehrar
Mode Sennima Le-khal [toujours noir]
(chant d�amour et de nostalgie, chroniques féminines)
Mode Sennima Le-byad [toujours blanc] (id.)
Mode Le-btayt
- sous-mode noir khal le-btayt ou
- sous-mode blanc byad le-btayt (chroniques féminines)

Présentation des artistes

Aïcha Mint Chighaly, chant, harpe ardin
Yaya Mint Sidi, chant, harpe ardin
Jeïch Ould Chighaly, luth tidinit
Mohammed Ould Chighaly chant et tbal

Auteur du programme

Origine géographique

Mauritanie

Mots-clés

Date (année)

1996

Cote MCM

MCM_1996_MR_S1

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Titre Localisation Date Type
Mauritanie. Aïcha Mint Chighaly et ses griots. Photos Mauritanie 1996-12-12 Photo numérique
Titre Localisation Date Type
Saison 1996 1996