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Liban. "Les Jours de Khiyam" par le Théâtre du Conteur. Spectacle

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Évènement

Titre

Liban. "Les Jours de Khiyam" par le Théâtre du Conteur. Spectacle

Sous-titre

mise en scène Roger Assaf

Date

1983-04-05

Date de fin

1983-04-21

Artistes principaux

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Théâtre

Description de la pratique

5-21 avril 1983
Les Jours de Khiyâm relate la vie et la mort du village de Khiyâm (village du Sud-Liban), quelques épisodes de son passé, l'exode massif des dernières années et le massacre de ses habitants en mars 1978.
La pièce nous introduit dans la banlieue de Beyrouth où s'entassent les réfugiés chassés par la guerre qui sévit depuis des années dans le Sud Liban. Ces paysans dés'uvrés loin de leurs terres parlent du village et racontent les épisodes qu'ils ont vécus ou dont ils ont été témoins : l'un raconte comment il a construit sa maison, un autre son mariage, un troisième une bataille en 48 et tous comment ils ont vécu l'exode et le massacre de 78.
Tous les événements et personnages qui constituent cette fresque sont authentiques, leur assemblage est le fruit de huit mois de contacts et de rencontres avec les réfugiés.
La représentation se déroule comme une soirée populaire où le chant, les joutes poétiques et les formes d'expression collective traditionnelles sont la toile de fond de la "sirâ" (ou cycle épique) des habitants de Khiyâm, contée et jouée par la troupe. Cette pièce a été créée en Mai 1982 à Beyrouth.
Le théâtre du conteur (Marsrah al Hakawati)
Populaire et multiconfessionnelle, la troupe, fondée en 1977, est née de l'initiative d'un groupe de professeurs et d'étudiants de l'Institut National des Beaux-Arts de l'université Libanaise.
A partir d'une connaissance poussée de la culture orale et des formes traditionnelles encore vivantes dans les communautés du Sud Liban (un des lieux les plus chargés d'histoire et les plus méconnus), le Théâtre du Conteur cherche à raconter, dans ses productions, cette région, son passé et sa réalité présente en utilisant les récits recueillis directement auprès de ceux qui en conservent le souvenir et les formes poétiques traditionnelles qui vivent encore dans la mémoire collective et les rassemblements occasionnels où s'expriment les joies et les peines de la vie communautaire.
Tous les comédiens sont tels les conteurs traditionnels (les Hakavâti), les animateurs d'une sorte de chanson de geste (sirâ) dont ils content et jouent les épisodes dans une atmosphère de fête populaire.
Roger Assaf - Metteur en scène -
Roger Assaf, homme de théâtre libanais, est aujourd'hui par son activité et son enseignement le chef de file d'un courant artistique et culturel visant à développer des formes d'expression proprement arabes à partir d'une connaissance approfondie des formes traditionnelles encore vivantes dans les espaces communautaires de l'Orient Arabe. D'abord comédien et metteur en scène bilingue (français et arabe), formé à l'Ecole d'Art Dramatique de Strasbourg,
en 1965, metteur en scène au Théâtre de Beyrouth, période d'éclectisme ;
en 1968, fonde l'Atelier d'Art Dramatique de Beyrouth qui se propose d'écrire ses propres pièces et de conquérir le grand public : Majdaloun, La Grève des Voleurs, Carte Blanche (primé au Festival du Théâtre Arabe à Damas en 1970) ;
en 1972, mise en scène avec la troupe du Théâtre Populaire animé par la plus grande vedette comique libanaise, Hassan Ala Eddine, alias Chouchou.
en 1977, à la réouverture de l'université Libanaise, Roger Assaf devient professeur de Dramaturgie et de mise en scène à l'Institut National des Beaux-Arts et fonde le Théâtre du Conteur.
L'équipe des "Jours de Khiyâm"
Comédiens : Hanane Hajj Ali - Fadwa Hachem - Abido Bacha - Salim Bdeir - Boutros Rouhana - Hussein Sbeyti - Mohammad Daou - Rafik Ali Ahmad - Ali Kalache - Camille Farhat. Collaborateurs :Jean Ratl - Oussama Chaabane- Roger Assaf - Henri Assaf - Marc Mourani.
Le texte a été établi grâce à la collaboration de réfugiés des villages suivants :
Khiyâm - Abbassiyeh ' Bar'achit - Yohmor - Nabatiyeh - Nmeyriyeh - Arnoun - Adloun - Aynata - Tebnine - Kfar Tebnit - Aytaroun - Hanine.

MAISON DES CULTURES DU MONDE, LES JOURS DE KHIYAM par le Théâtre Libanais du Conteur
Première partie
Prologue
1. En accueillant le public, les comédiens évoquent les soirées de naguère, les veillées traditionnelles, les séances du "hakawâti".
Présentation de la troupe.
2. Un des comédiens se rappelle une berceuse triste que chantait sa mère quand il était enfant:
"Quatre familles arabes
le Rusé les a chassées
loin de leurs maisons
sans abri les a laissées..."
Cette complainte a pris son sens beaucoup plus tard, quand il est venu, avec ceux qui avaient fui le village, à Hay es Sellom.

Hay es Sellom
Hay es Sellom est une zone de squatters où les réfugiés construisent leurs maisons et branchent eux- mêmes leurs fils sur les réseaux pour se fournir en électricité.
1. Ra'oufa et Oum Saïd nous racontent les tracas quotidiens des femmes dus aux problèmes d'eau.
2. Les vieux paysans supportent mal le changement de vie que l'exode leur a imposé. Ils se réunissent chaque jour, parlent avec nostalgie de leurs villages, et ne ratent pas une occasion de plaisanter sur la vie et les m'urs des citadins.
3. Hussein est harcelé par son père qui veut à tout prix remonter au village. Il est obligé de l'enfermer pour l'empêcher de s'échapper
4. Autour du robinet fixé sur une conduite d'eau, c'est la cohue quotidienne. Deux femmes racontent comment certains ont réussi à se débrouiller dans la capitale et à s'en sortir.
5. Les vieux se demandent s'ils reverront un jour leur village.
6. "LE" taxi qui fait la navette entre Beyrouth et le village amène des passagers, des livraisons, des commissions, des nouvelles. Il en profite pour faire son beurre. Il annonce aux villageois qu'une commission émanant du Conseil du Liban-Sud va estimer les dégâts que la guerre leur a fait subir et les dédommager.
7. Les villageois ne se font aucune illusion,sur ce genre de promesses :
- Abou Ali, dont la maison a été complètement détruite, raconte comment il a dû signer un reçu de 10.000 livres pour en encaisser 5.000 (à peu près 8.000 francs).
- Abou Sobhi, très proche du maire, par contre, a déjà encaissé quatre fois le prix d'une maison qui a été à peine touchée.
- Quant à la veuve Oum Assad, qui a refusé les avances du maire, elle n'a rien pu obtenir.
- Abou Ali clôt les débats par un discours parodique grandiloquent exhortant les "masses" à continuer leur résistance héroïque face à l'ennemi.

La maison de Abou Khalil
Tout cela a remué les souvenirs de Abou Khalil qui se rappelle le triste jour où sa maison a été dynamitée (au cours d'une expédition punitive). Cette maison, il l'a construite dans les années 50. Après 48, privé de ressources par la coupure brutale des débouchés en Palestine, il a travaillé quelques années comme un forçat au Koweit.
1. Quand Abou Khalil est revenu du Koweit, ce fut la fête au village.
2. Comme de coutume, le crieur annonce que Abou Khalil veut construire sa maison et tout le monde est convié à l'aider.
3. Sur le chantier, tout le monde participe à l'entreprise, sauf une famille, dont l'inimitié remonte aux élections précédentes.
4. Un vieux hajj a pour fonction d'exciter l'ardeur des travailleurs. Il s'était illustré, dans sa jeunesse, pour avoir désarçonné un officier français à cheval qui cravachait la foule.
5. Une autre célébrité, c'est la vieille Hajjé Dalla qui a, en son temps, flanqué une raclée à un gendarme qui l'arrêtait parce qu'elle ramassait du bois.
6. L'usurier est contraint de porter des charges plus lourdes que les autres, garçons et filles s'aguichent et se taquinent, les animosités entre les clans font surface.
7. L'inimitié de deux clans remonte à une célèbre dispute provoquée par la femme d'un candidat malheureux aux élections passées. L'altercation, déclenchée à la fontaine, avait embrasé tout le village.
8. Mais la pose du toit de la maison de Abou Khalil fait pour le moment - oublier les discordes et se termine par un grand festin.
Aujourd'hui, la maison de Abou Khalil n'est plus que décombres.

Le mariage de Ali Ayoub
Le vieux Ali Ayoub, chaque soir, parle tristement à la photo de sa femme accrochée dans sa chambre.
La voisine Saada raconte comment la vieille Manahel est morte dans un bombardement. Elle se rappelle comment ils se sont mariés.
1. Ali Ayoub et Manahel s'aimaient en dépit de la famille de la jeune file et c'est la jeune Saada qui portait les messages de l'un à l'autre.
2. Pendant la récolte des figues, tous les jeunes gens vont camper parmi les figuiers. Là, chaque jeune fille a l'occasion de jeter son dévolu sur un jeune homme et de le séduire.
3. Abou Hussein et Abou Najib discutent d'une altercation qui a eu lieu entre Ali Ayoub et Haydar, le neveu d'un des notables les plus importants de la région.
4. Du côté de la famille de Manahel, on souhaite la marier à Haydar, qui est un beau parti et un cavalier émérite.
5. Le garde-champêtre et Abou Hussein se demandent pourquoi Ali Ayoub leur a donné rendez-vous dans cet endroit isolé.
6. Ali Ayoub et Manahel se rencontrent en cachette et se promettent solennellement l'un à l'autre, avec le garde-champêtre et Abou Hussein comme témoins involontaires.
7. Le frère de Manahel tient absolument à fiancer sa s'ur à Haydar et il a convoqué le cheikh pour faire le contrat.
8. Les deux familles s'affrontent dans la traditionnelle joute poétique menée par les femmes. Puis au moment du contrat, Manahel se tait par trois fois quand le cheikh lui pose la question rituelle.
Son frère est furieux, et finalement le garde-champêtre et Abou Hussein révèlent que Manahel est engagée à Ali Ayoub. Ce dernier refusant de la délier, on est contraint de célébrer leurs noces.
Aujourd'hui, Ali Ayoub est seul avec sa peine et ses souvenirs.

ENTR'ACTE

Deuxième partie
C'est avec d'anciens refrains que s'ouvre la deuxième partie.
"Au pays des illusions brisées
Il y a autant d'opinions que de drapeaux
Et nous, nous n'avons pas de réponse..."
C'est en 1920 que ces vers furent chantés et depuis, chaque étape apporte son nouveau lot de bombardements, d'exodes, de morts et de patiences.

Le village de Khiyâm
1. Des paysans se demandent si ça vaut la peine de continuer à travailler la terre, puisqu'ils vont devoir fuir un de ces jours.
2. D'autres commentent la mort du Docteur Chukrallah Karam, le seul médecin de la région, que les miliciens ont assassiné, bien qu'il soit chrétien.
3. Abou Ali a envoyé son fils travailler dans le hangar où sèchent les feuilles de tabac. Nous sommes en mars 1978. Un premier bombardement israélien ouvre la vaste opération déclenchée dans tout le Liban-Sud. Le jeune Ali en est la première victime.
4. Les 16 et 17 mars, l'invasion se poursuit, précédée par les pilonnages. Six témoins racontent l'exode et les raids aériens pourchassant les populations sur les routes de Bint Jbeil, Bar'achit, Adloun, ... Abou Ali chante une lamentation ancienne sur le corps de son fils.

Les réfugiés
1. Près de 200.000 réfugiés s'entassent dans des campements précaires à Saïda et Beyrouth. L'un d'entre eux énumère les morts de sa famille, tués à Abbassiyeh.
2. Hajj Mohammed, à Beyrouth, est comme un animal en cage dans sa chambre exigüe. A bout de patience, il sort dans la rue.
3. Le taxi qui fait encore la liaison avec le village, emmène quelques passagers. Hajj Mohammed veut le prendre, son fils l'empêche.
4. Hajj Mohammad a disparu. Parti à sa recherche, son fils le retrouve, la nuit, au bord de la mer.
Il le rattrape s'enfonçant dans les flots et le ramène de force dans sa chambre où il l'enferme à clef.

La nuit du 18 mars
1. Dans le village de Khiyâm, les vieux qui sont restés passent la nuit dans un sous-sol.
2. Abou Hassan, qui était dans le maquis avec les partisans de Adham Khanjar et Sadek Hamzé dans les années 30, se dispute comme d'habitude, avec Hajj Amine qui, lui, était dans l'armée du général Kaoukgi en 1948. Hajj Amine raconte comment, avec quelques hommes, il a repris Malkiyeh qui était tombée aux mains des sionistes.
3. A l'aube, les miliciens les font sortir de leurs abris. Hajj Jaber, un des rares rescapés, raconte ce qu'il a vu : le massacre systématique de tous ses camarades.
4. Fatmé Kanso, qui a également échappé au massacre, raconte ce qu'elle a découvert quand elle est sortie de sa cachette.
5. Hajj Mohammad, à Beyrouth, apprend la mort de tous ses vieux amis à Khiyâm, il s'échappe par la fenêtre.
6. Un officier israélien conseille à Hajj Jaber de prendre la fuite.
7. Hajj Jaber s'enfuit en traversant la rivière.
Hajj Mohammad avance dans la mer jusqu'à s'y noyer. Il chante :
"Quatre familles arabes
le Rusé les a chassées
Loin de leurs maisons
sans abri les a laissées..."

Epilogue
1. Hajj Jaber, que tout le monde croyait mort, arrive à Beyrouth. Le corps de Hajj Mohammad est retrouvé sur une plage.
2. Un comédien nous chante un poème que son père lui a appris, et qui a été composé par Cheikh Mroueh de Tyr, en 1920. Ce poème évoque l'exode des villages du Sud, bombardés à l'époque par l'aviation française.
"Dis-nous, toi le Chef des Arabes
pourquoi le pays est en flammes..."

Mise en scène

Origine géographique

Liban

Mots-clés

Cote MCM

MCM_1983_LB_S1

Date du copyright

1983

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Titre Localisation Date Type
Liban. "Les Jours de Khiyam" par le Théâtre du Conteur, mise en scène Roger Assaf. Photos Liban 1983-04-05 Photo numérique
Liban. "Les Jours de Khiyam" par le Théâtre du Conteur. Affiche Liban 1983-04-05 Affiche
Titre Localisation Date Type
Saison 1983 1983