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Liban. Zaradacht devenu Chien. Spectacle

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Évènement

Titre

Liban. Zaradacht devenu Chien. Spectacle

Date

1996-04-11

Date de fin

1996-04-16

Artistes principaux

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Théâtre

Description de la pratique

11 au 16 avril 1996
ZARADACHT DEVENU CHIEN
Pièce en quatre tableaux de Raymond Gebara
Mise en scène de Raymond Gebara
avec
Antoine Al-Achkar
Jihad Al-Andari
Antoine Abi Akl
Gisèle Boueiz
Alecco Daoud
Gaby Yamine
Assistants à la mise en scène, Jihad Al-Andari et Gaby Yamine
Scénographie, Nelly Chemali
Lumières et son, Michel Naïmeh et Maroun Khoury

Coproduction Maison des Cultures du Monde ' Théâtre de Beyrouth

Spectacle en langue arabe (dialecte libanais)


Ecrite entre 1972 et 1978 et présentée pour la première fois en 1979, cette pièce en quatre tableaux restitue avec cynisme l'absurdité de la guerre civile libanaise. Les personnages y expriment leurs angoisses, leurs peurs et leurs désillusions. C'est la solitude de l'individu désemparé dans un monde endurci qui lui est de plus en plus étranger, un monde où s'effritent les valeurs et meurent les idéaux.
C'est le danger qui cerne et guette les rapports de l'individu avec le groupe et la communauté. Raymond Gebara, qui présente à Paris une nouvelle mise en scène souligne avec violence l'état d'avilissement et de déchéance morale auquel sont acculées les victimes de cette guerre et les marginalisés.

SYNOPSIS
La Maison des Cultures du Monde s'excuse de ne pouvoir assurer, comme prévu, le surtitrage du spectacle. Des remaniements opérés dans le texte original et qui ne nous ont pas été communiqués ont rendu le "surtitrage" impossible à réaliser: En revanche l'auteur a rédigé le synopsis ci-après qui devrait permettre au public de suivre le spectacle.

Zaradacht devenu Chien raconte l'histoire de l'homme condamné à l'humiliation par les lois de la nature, les lois du ciel et de la terre, les lois de la société et de la vie. C'est une pièce en quatre tableaux liés entre eux par un homme qui parle à sa grand-mère qui se trouve au ciel. Il lui raconte ses souffrances et celles des autres sur cette terre, surtout pendant la guerre civile libanaise, quand ni homme ni vie n'avaient d'importance.
La pièce commence avec les comédiens qui, sur un ton comique, promettent au public une merveilleuse soirée qui les amusera de leurs malheurs. Puis l'homme au téléphone explique à sa grand-mère qui se trouve au ciel que tout dans le pays recule; même celui qui veut faire pipi doit tourner le dos à la cuvette des WC. Il reproche à sa grand-mère de ne pas oser dire la vérité librement parce qu'elle habite la région de Dieu, puis il se reprend disant: puisque chaque chef a sa zone (dans le Liban en guerre) alors Dieu a le droit d'avoir sa zone. Et avant qu'il ne quitte la scène il se retourne vers le public s'excusant d'avance et prévenant que toute ressemblance avec les gens, les dieux et les choses n'est que l'effet du hasard.
Premier tableau, "L'homme qui apprend de son chien" (1972)
Un impuissant demande l'aide de son ami et lui raconte l'état dans lequel sa femme et lui-même sont arrivés. Sa femme le menace de séparation et fait ses valises dans la chambre à côté. L'ami fait des remontrances à l'impuissant et lui dit que l'homme à l'âge de pierre était plus libre que lui parce que son sexe ne lui causait pas de problèmes, au XXe siècle c'est son chien qui est plus libre. Puis quand l'impuissant découvre que son nom n'est pas imprimé sur son sexe et que tout le monde est comme lui, l'ami se porte volontaire pour coucher avec sa femme. Très hypocritement il fait croire à l'impuissant que ce qu'il fait là n'est que pour lui rendre service et par charité chrétienne. L'impuissant accepte cette solution et il est très heureux quand son ami entre chez sa femme et il l'est encore plus quand, faisant ses mots croisés, il trouve le mot "délivrance".
Retour à l'homme au téléphone. Cette fois-ci il reproche à sa grand-mère la bonne éducation qu'elle lui a donnée, lui interdisant d'accepter les bonbons et les chocolats que les gens lui offraient pour qu'on ne l'accuse pas de gourmandise et, quand il grandit, il découvrit que tous les enfants de sa génération avaient tout bouffé et ne lui avaient rien laissé. Il pique une colère contre sa grand-mère lorsqu'elle prononce le nom de Dieu et l'enjoint de "ne pas faire de déclarations sous pression". Il semblerait que sa grand-mère, blessée, se soit mise à pleurer ; il pleure avec elle, lui disant qu'il n'avait pas autant pleuré à sa mort; pour la calmer il lui chante Petit Papa Noël puis il quitte la scène.
Deuxième tableau, "Le Voyageur" (1972)
Un homme prend le train, fuyant des gens qui le poursuivent pour le tuer. Il ne les connaît pas et ne sait pas pourquoi ils le poursuivent. Dans le compartiment, il se trouve en face d'un religieux, un vrai ou un imposteur? Il ne le sait point et les spectateurs non plus. Il rencontre aussi un policier, un vrai ou un imposteur? Il ne le sait point et les spectateurs non plus. Et le voyage se poursuit, effrayant, pendant lequel le religieux et le policier lisent des passages de la Bible entrecoupés d'allusions à leur toute-puissance sur terre. Enfin, ils prennent poliment congé de lui, s'excusant de l'avoir dérangé, car s'ils avaient su qu'il voulait dormir, ils ne l'auraient pas dérangé.
Le voyageur est mort de la peur qu'ils lui ont faite.
Retour à l'homme au téléphone qui reproche toujours à sa grand-mère son éducation exemplaire car elle ne lui a pas révélé les vérités de la vie. Pour pouvoir vivre correctement, l'homme doit se faufiler en rampant comme un rat à travers les soupiraux.
Mais son nez l'empêche de ramper, aussi se prend-il à espérer que celui-ci va fondre pour qu'il puisse un jour ramper comme tout le monde.
Troisième tableau, "Que Dieu lui prête longue vie" (1974)
Librement adapté d'Antichambre d'André Praga pour servir d'exercice aux élèves d'art dramatique de la Faculté des Beaux-Arts de l'Université Libanaise.
Pendant la guerre civile libanaise, les mères naïves faisaient offrande de leurs jeunes fils - qui avaient entre 17 et 25 ans - aux séniles vieillards qu'étaient les seigneurs de la guerre. Si une mère perdait son fils, elle disait avec fierté au chef qu'il lui en restait deux autres et qu'elle les lui offrait, à lui et à la patrie.
Ce tableau montre trois malades qui se rencontrent dans le cabinet d'un médecin qui s'est donné pour mission de faire l'ablation des membres ou organes de ses patients, comme cela, par simple précaution. Chacun des trois raconte avec fierté les opérations que le médecin lui a déjà fait subir et ils forment des v'ux pour que Dieu lui prête longue vie et bonne santé afin qu'il puisse continuer à les détailler, morceau par morceau ... jusqu'à ce qu'ils découvrent qu'une des patientes, à force de se faire retrancher des morceaux, est devenue aussi transparente qu'un fantôme.
Retour à l'homme au téléphone. Cette fois-ci il demande à sa grand-mère pourquoi sa maison a été détruite et brûlée par les obus, alors que ni lui ni sa femme n'ont d'activités politiques, non plus que ceux de ses enfants qui sont en âge de parler mais ne sont ni pour Mao, ni pour Gengis Khan, ni pour de Gaulle, ni pour Kennedy. En revanche, il confie à sa grand-mère qu'il doute de son plus jeune fils, âgé de cinq mois et qui a refusé de se déclarer. C'est cet enfant qu'il accuse d'être cause de la destruction de la maison. Puis il demande à sa grand-mère pourquoi c'est toujours l'homme qui est opprimé alors qu'il connaît dans son quartier un chien qui se promène toujours librement, sans crainte ni papiers. Pourquoi les conditions de vie du chien sont-elles toujours meilleures que celles de l'homme ?
Quatrième tableau, "Zaradacht devenu chien", adapté d'Oswaldo Dragun (1978)
Il s'agit d'un homme sur-diplômé qui ne trouve d'autre emploi pendant la guerre que celui de chien de garde dans une usine dont le propriétaire est un ancien ouvrier devenu milicien.
L'homme-chien conclue tout en saluant les spectateurs : "C'est peut-être la dernière fois que je parle, et c'est à vous que je veux m'adresser en cet instant. J'ai oublié si je possède vraiment des diplômes ou si j'ai écrit des livres. Qui a dit que le dieu de lumière était plus important qu'une veilleuse qui réconforte un homme dans la crainte? Qui a dit que le dieu de la guerre était plus grand qu'un martyr couché contre un talus? Qui a dit que le dieu de l'amour était plus merveilleux que la plus petite histoire d'amour dans un hameau oublie? Vous riez. Mais si j'étais encore comme vous j'aurais remis en cause toutes mes convictions. Je suis devenu chien à la place de tout le monde. Je vous en prie, dites à tous de rester des hommes, pour moi. En cet instant j'ai tout oublié, j'ai oublié si vraiment j'avais des diplômes ou si j'ai écrit des livres, j'ai oublié les instants de foi et de mécréance, si j'avais une femme et des enfants. Je ne suis plus sûr de rien. Peut-être que cela était, peut-être que cela n'était pas. Cela n'a plus aucune importance. L'important, c'est que quand je suis venu au monde, j'étais un projet d'homme à part entière, un projet qui fut avorté. Peut-être que ce n'était ni le lieu ni le temps qui convenait, peut-être qu'il ne devait même pas y avoir un projet et que tout commence à cet instant, au point où j'en suis. Vous riez. Ils ont voulu vous raconter l'histoire d'un docteur, d'un homme cultivé, dune femme et de ses enfants. Peut-être est-ce pour rendre les choses plus dramatiques ou bien parce qu'ils ont voulu vous amuser. Pardonnez-leur s'ils n'ont pas réussi. Pardonnez-moi aussi. Je vous en supplie, à partir d'aujourd'hui quand vous ferez souffrir des chiens, faites attention. Peut-être que le chien que vous ferez souffrir était comme moi. Et n'opprimez plus vos semblables car peut-être que l'homme que vous ferez souffrir deviendra comme moi. Et si un jour, vous êtes obligés de passer devant l'usine, faites semblant de ne pas me voir et n'oubliez pas que mon nom véritable n'est pas Médor. J'ai oublié mon vrai nom. Mais n'oubliez pas que ma femme s'appelle Maria."

Origine géographique

Liban

Mots-clés

Date du copyright

1996

Cote MCM

MCM_1996_LB_S7

Ressources liées

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Titre Localisation Date Type
Saison 1996 1996