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Maroc. Le Livre des Délectations et du Plaisir Partagé. Vie et mort de Abou Hayyan Attawhidi. Spectacle

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Évènement

Titre

Maroc. Le Livre des Délectations et du Plaisir Partagé. Vie et mort de Abou Hayyan Attawhidi. Spectacle

Date

1984-01-26

Date de fin

1984-02-19

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Théâtre

Description de la pratique

26 janvier-19 février 1984
Vie et mort de Abou Hayyan Attawhidi, intellectuel du Xe siècle, de Tayeb Saddiki décors de Seddik; costumes de Maria; coordination technique Hamid Zoughi; poèmes de Mohammed Said, scénographie de Tayeb Saddiki.
Création mondiale, par Masrah Ennass, Le Théâtre des Gens (Maroc).
Avec le concours de l'Association Française d'Action Artistique
PROLOGUE Abou Hayyan, intellectuel arabe du Xe siecle, comparait devant le grand Juge Iradatoullah... Il subit un premier interrogatoire par le terrible Ghadanfar et la très méchante Lalla FKIHTI.
Ses écrits tombés dans l'oubli sont aujourd'hui exhumés. Ils sentent le soufre.
Le misérable Abou Hayyan se sent étranger dans sa propre société. Il doit répondre de ses actes commis sous le règne de Samsame Dawla Bouëhi.
Première composition
Le juge. Iradatoullah examine de près l'oeuvre maîtresse de Abou Hayyan "Le Livre des délectations et du plaisir partagé". Les personnages du livre viennent témoigner. Le Principal témoin, Abou Souleïman le Borgne s'en prend à Abou Hayyan. Il l'accuse de l'avoir mêlé à d'autres personnages peu fréquentables, des libres penseurs, des subversifs. Il accable Abou Hayyan et affirme que celui-ci n'est qu'un hypocrite, un courtisan de vile espèce. Témoin son comportement devant le Vizir Ibnou Saädane.
La 34e nuit du Livre des Délectations est jugée particulièrement dangereuse et même subversive: une réunion illégale s'est tenue chez un marchand de foin.
Quelques démunis se plaignent de leur misère, de la cherté de la vie et surtout d'un manque manifeste de justice sociale. Le Vizir - mal conseillé par Ibnou Obeïd - décide d'agir avec magnanimité. Le Vizir a pardonné. Le Vizir est bon.
Le Juge Iradatoullah somme Abou Hayyan de dire clairement la morale de cette histoire' Il lui reproche d'introduire dans ses écrits des personnages de rues, des personnages sans importance. La véritable littérature est - dit-il - celle qui ne donne la parole qu'aux grands de ce monde, aux puissants et aux riches.
Abou Hayyan est-il vraiment comme on l'a souvent dit le plus lettré des philosophes ou le plus philosophe des lettrés? Et d'abord pourquoi tient-il tellement à mêler la Philosophie à la foi? Sacrilège! sacrilège!! Ceci ne peut être pardonné sous le règne de Samsame Dawla Bouëhi.
Deuxième composition
Des manifestants déploient, dans les rues, les photos des impies qui doivent être châtiés. A leur tête Abou Hayyan qui est accusé maintenant d' Athéisme.
Accablé de tous les côtés, notre homme retrouve Ibnou Mouqaffa le célèbre auteur des fables "Kalila et Dimna".
Instant émouvant où Abou Hayyan se reconnaît en son ami assassiné quelques années auparavant pour ses écrits.
Abou Hayyan se défend violemment. Il refuse d'être accusé d'apostasie, lui l'auteur des célèbres "Signes Divins"' Il cite de mémoire quelques beaux passages empreints de piété qui prouvent d'une manière irréfutable sa foi en l'Islam.
Le Juge et ses acolytes n'en croient pas un mot. Où est la vérité? Qu'est la vérité? Abou Hayyan évoque la fable des aveugles et de l'Eléphant. Le premier aveugle affirme que l'éléphant est gros comme un arbre uniquement parce qu'il a touché la jambe de l'animal.
Le Second aveugle qui tirait la queue du pachyderme prétend qu'il est aussi fin qu'une couleuvre et le troisième qui tâtait l'oreille de l'éléphant le décrit comme un plat.
Chaque aveugle reconnut une part de l'Eléphant mais aucun ne l'a vu entièrement.
Chacun parmi nous connaît une part de la vérité - mais personne ne peut prétendre connaître toute la vérité. Surtout sous le règne de Samsame Dawla Bouëhi.
Troisième composition
Abou Hayyan aidé par Ibnou Mouqaffaâ décide de se débarrasser de ses écrits. Il imite en cela plusieurs de ses prédécesseurs : ceux-là ont brûlé leurs manuscrits, d'autres les ont jetés dans la mer, d'autres encore les ont déchirés...
Le Juge Iradatoullah et ses sbires récupèrent tous les documents qui prouvent encore une fois que Abou Hayyan a falsifié les textes des exégètes et les dires des philosophes. Abou Hayyan dénonce ceux qui sèment le désordre par leur fanatisme, leur intolérance'
La 6e nuit du Livre des délectations est passée au crible : Abou Hayyan parle des particularités des Nations : n'est-il pas exagéré de prétendre que les Arabes possèdent des qualités supérieures aux autres peuples. Plus grave encore, ce jugement un peu simpliste est proféré par Ibnou Mouqaffaâ - un persan - or tout le monde sait que ces deux nations ont rarement connu la paix.
Le Vizir est de nouveau furieux; chaque jour apporte son lot d'incidents, de grèves et de protestations.. .
Les gens ont faim! le Vizir pose lui-même la question : qu'est la satiété? mais hélas personne n'a connu la satiété sous le règne de Samsame Dawla Bouëhi.
ENTR'ACTE
Quatrième composition
Abou Hayyan est de plus en plus misérable, de plus en plus méprisé. Il supplie son ami Abou Al Wafa d'intercéder auprès du Vizir - car le Vizir est bon - pour lui procurer une petite rente.
Abou AI Wafa regrette de ne pouvoir le satisfaire.
Abou Hayyan s'est décidément mis trop de gens sur le dos par ses écrits fielleux.
Le Juge Iradatoullhah reproche maintenant à Abou Hayyan le non respect des traditions et des gens. Il lui reproche surtout son sens de la dérision' Ne s'est-il pas moqué des Arabes eux-mêmes et des étrangers, de la nation, de la foi, des femmes, des vieillards et même d'innocents enfants. Abou Hayyan n'a épargné ni juges, ni mendiants encore moins les riches et les autres personnalités! Le Juge Iradatoullah condamne sans appel tous les écrits d'Abou Hayyan. Ceux-ci ne sont pas dignes de figurer parmi les ouvrages les plus importants de la littérature arabe.
Pour Iradatoullah, une littérature digne de ce nom traite sérieusement de problèmes eschatologiques clairs. Telle l'histoire de la Jimjima - qui met aux prises Sidna Ai'ssa - Jésus - avec le fameux crâne humain'
C'était le crâne d'un homme puissant qui, après sa mort, a connu les affres de l'Enfer... le crâne - Jimjima supplie Sidna Aïssa de revivre de nouveau en tant que musulman pour ne plus répandre que le bien sur la terre. Sidna Aïssa intercède auprès de Dieu, qui - oh miracle! - ressuscite la Jimjima.
Le Juge Iradatoullah conclut que c'est cela la littérature engagée. La littérature positive' En tout cas il condamne la dérision, le rire, et le bon mot : la Noukta. Seul le sérieux est de rigueur sous le règne de Samsame Dawla Bouëhi.
Cinquième composition Abou Hayyan retrouve son vieil ami Abou Soleïman le Borgne. Il lui remonte le moral et l'aide à supporter le malheur. Partout où il traîne ses pas il ne trouve qu'un monde usé, fade et stérile...
Abou Hayyan a touché le fin fond de la déchéance humaine: il se décide alors à ne plus subir les attaques des autres...
Abou Hayyan est condamné à 10 siècles d'exil. Ses écrits sont condamnés à 10 siècles d'oubli... Il revivra peut-être un jour, sous d'autres cieux, dans un bien étrange pays... le Maroc...
En attendant la violence est de plus en plus fréquente. La misère est de plus en plus répandue... et les jeunes se suicident.
Abou Hayyan est plus que jamais étranger dans son étrangeté. Etranger parmi les siens.

Textes

Mise en scène

Origine géographique

Maroc

Mots-clés

Date du copyright

1984

Cote MCM

MCM_1984_MA_S1

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Titre Localisation Date Type
Maroc. Le Livre des Délectations et du Plaisir Partagé. Vie et mort de Abou Hayyan Attawhidi. Affiche Maroc 1984-01-26 Affiche
Titre Localisation Date Type
Saison 1984 1984