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Maroc. La confrérie des Gnawas. Spectacle

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Évènement

Titre

Maroc. La confrérie des Gnawas. Spectacle

Date

1990-06-09

Date de fin

1990-06-10

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Cérémonie, rituel

Description de la pratique

9-10 juin 1990
Dix musiciens exorcistes de la confrérie d'Asilah font danser les jinn au rythme de leurs grands tambours tbel et de leurs crotales en fer.
Les Gnawas d'Asilah représentent une des confréries les plus pure du Maroc. Pour tous ceux qui se sont rendus à Marrakech, place Djemaa el Fna c'est aussi l'occasion de découvrir l'authentique rituel des Gnawas. La confrérie d'Asilah perpétue la véritable tradition d'exorcisme comme en témoigne la présence au sein de la confrérie d'une femme médium Khedma (littéralement la servante) habilitée à jouer le rôle de médium pendant la séance d'exorcisme.
Le culte des jinn : êtres surnaturels.
Les Gnawa constituent une confrérie extrêmement célèbre et vivante au Maroc bien que marginale par rapport aux confréries soufies et à l'Islam. Musulmans, les Gnawas fondent leur spécificité sur le culte d'êtres surnaturels : les jinn, dont la pratique remontant à l'époque préislamique, les apparente plus aux cultures africaines qu'arabes. Ce culte correspond à une croyance populaire qui existe au Maroc, comme dans tous les pays musulmans.
Les Gnawas sont une communauté d'anciens esclaves noirs et de leurs descendants.
La particularité du rituel est que, tout en étant lié à l'Islam, il laisse place à ses origines africaines. La relation avec les jinn est identique aux cultes des ancêtres d'Afrique noire : faire monter l'âme des ancêtres dans un individu et lui demander une explication, un remède à un fléau ou à une maladie. Les Gnawas ont une fonction sociologique, ils interviennent en cas de désordre social.
Les jinn peuvent être divisés en diverses classes et associés à des saints.
Il y a les jinn totalement maléfiques, des jinn associés aux maladies et, une classe supérieure, les 'afaret, jinn à sept têtes aux pouvoirs extraordinaires (les jinn des récits des Mille et une nuits sont généralement des 'afaret).
Le jinn est généralement décrit comme un éclat de lumière, ou encore une tête dépourvue de corps et de membres, mais il a ceci de commun avec les hommes qu'il est sexué et se nourrit d'aliments, à l'exception du sel et de l'eau. On lui attribue en outre la capacité de se transformer et d'apparaître sous des formes diverses tant humaines qu'animales, et l'on cite nombre de cas d'unions d'hommes avec des jinn femelles.
Outre leur fonction, les jinn sont associés aux principales religions de la région: il existe donc des jinn musulmans, juifs, chrétiens ou "païens".
On leur associe également des couleurs: aux plus redoutables, les Ulad bella Hmar, friands de sang, la couleur rouge, aux jinn juifs et chrétiens, le noir, aux jinn musulmans, le blanc, le jaune et le vert.
Du fait de l'intimité privilégiée qu'ils entretiennent avec les jinn, et de la crainte que l'utilisation du mot lui-même inspire, les Gnawas leur ont donné des noms divers dahsh pour les enfants, siadna (nos seigneurs), rijal al-khafiya (les hommes du caché), al-mluk (les propriétaires), mawalin al-'ard (les maîtres de la terre), les Gnawas se nommant eux-mêmes memluk al-'ard (les esclaves de la terre).
Le jinn ou jnun attaque un individu ou un animal en le possédant, soit pour une courte durée, soit pour une période plus longue qui fait alors du possédé un danger pour lui-même et ses proches. Le possédé est appelé mejnun, ou memluk (esclave) ou encore meskun (habité). Les cibles favorites sont les Noirs, les femmes et les assassins ou encore les bouchers qui ont été ou sont régulièrement en contact avec le sang, substance de prédilection de la voracité des jinn. Associés au monde souterrain dont ils sont originaires, ils le sont également à certaines heures de la journée. Selon la tradition, ils sortent hanter l'espace intermédiaire qui sépare la terre du ciel l'après-midi, après la prière de 'asar.
Le déroulement du rituel.
Lorsqu'une personne est possédée, plusieurs remèdes sont d'abord tentés : applications de bitume et de sel dans les narines et sur la tête du malade, poignards ou pièces d'argent placés sous son oreiller et devant servir de transfert à la maladie, qui sont ensuite remises aux Gnawas, etc. Si ces remèdes demeurent sans effet, on fait appel à un shuwaf, guérisseur et devin qui définit l'étiologie de la maladie, établit son diagnostic et entame une thérapie qui se déroule soit chez lui soit chez le patient.
C'est également lui qui fait appel aux Gnawas pour qu'ils organisent une derdba, séance d'exorcisme composée de chants, de danses, d'invocations et de sacrifices.
Les Gnawas, hommes et femmes, arrivent à la maison où est soigné le malade, juste après le coucher du soleil, frappant sur de grands tambours (tbel) et faisant claquer leurs crotales en fer (shaqshaqa). Ils forment un cercle au centre de la cour et commencent à bouger lentement, de gauche à droite, jouant des crotales et chantant Sala ya nabina a mulay Muhammad (Prions, O notre Prophète, O notre seigneur Muhammad), tandis qu'au centre un homme tourne sur lui-même, et qu'à l'extérieur du cercle deux tambourinaires frappent leurs tbel.
Lorsque la derdba est finie, la famille du patient offre du lait et des dattes (nourritures célestes et premiers aliments offerts à Adam) en signe de bienvenue et de bénédiction au nom de Sidi Bilal, saint patron des Gnawas. Puis le chef de la confrérie, le moqaddem, demeuré jusque-là à l'écart entonne, en s'accompagnant au luth, des chants de louanges dédiés aux différents saints associés aux jinn; les Gnawas répètent ses paroles en s'accompagnant aux crotales.
La femme joue le rôle de medium.
A ce moment commencent les possessions des femmes. Dès qu'une femme est possédée, elle s'écroule, prise de convulsions. Deux hommes l'assistent qui lui font des fumigations de benjoin ; ils la relèvent, et le moqaddem sacrifie un bouc noir ou un poulet, dont la femme boit le sang à même la blessure. Ensuite, toujours en transes, elle commence à danser, puis peu à peu se met à parler, s'adressant au moqaddem, expliquant les causes de la maladie, appelant la bénédiction de Dieu, pendant que les hommes récitent plusieurs fois la fatiha, première sourate du Coran. Puis la femme prend le malade sur son dos et le transporte jusqu'à son lit, tandis que les autres femmes le touchent légèrement en souhaitant "bonne santé à notre ânon". Le mot ânon recouvre ici un sens analogue à celui de cheval dans les cultes de possession africains, celui de porteur du dieu ou de l'esprit.
Après la cérémonie, en tant qu'ancien possédé, le malade fait désormais partie ipso facto de la confrérie.
Chaque année, les Gnawa célèbrent une cérémonie analogue à la derdba en l'honneur des jinn, qui se déroule au milieu du mois de shaaban, et au cours de laquelle sont sacrifiés un veau, un bouc et des poulets.
LE MONDE EN RYTHME MAROC
ASSOCIATION AL-MOUHIT GNAWA
9 - 10 juin 1990
Les Gnawa occupent parmi les confréries religieuses du Maroc une place à part. Il n'en est pratiquement fait aucune mention dans les ouvrages consacrés aux confréries et aux cultes des saints, leur origine et leurs pratiques les plaçant dans une position relativement marginale par rapport à l'islam et aux confréries soufies.
Les Gnawa constituent une communauté d'anciens esclaves noirs et de leurs descendants, qui se reconnaissent pour maître Sidna Bilal, un Ethiopien chrétien qui, devenu l'esclave du Prophète, se convertit à l'islam, devint le premier muezzin et mourut en martyr. Historiquement, les Gnawa formèrent au XVIIIe siècle les principales forces armées du sultan Moulay Ismaïl.
Sur l'étymologie même du mot gnawa subsiste encore un doute.
On le fait dériver de Guinée, de Ghana, ou encore du mot berbère ignawen, 'ciel d'orage'. Les Gnawa eux-mêmes s'appellent 'les gens du tourbillon'.
Bien que musulmans, les Gnawa fondent leur spécificité sur le culte d'êtres surnaturels, les jinn, dont la pratique remontant à l'époque préislamique, les apparente plus aux cultures africaines qu'arabes.
Au Maroc, comme dans tous les pays musulmans, il existe une croyance populaire en une race d'être spirituels bien antérieure à l'homme: les jinn (au Maroc : jnun). Les jinn peuvent être divisés en diverses classes et associés à des saints. II y a les jinn totalement maléfiques ou shayatin (pl. de shaytan, Satan), encore appelés abalis (pl. de iblis), les jinn associés aux maladies ou laryah (de ryah, vent), et une classe supérieure, les 'afaret, jinn à sept têtes aux pouvoirs extraordinaires (les jinn des récits des Mille et une nuits sont généralement des 'afaret).
Le jinn est généralement décrit comme un éclat de lumière, ou encore une tête dépourvue de corps et de membres, mais il a ceci de commun avec les hommes qu'il est sexué et se nourrit d'aliments, à l'exception du sel et de l'eau. On lui attribue en outre la capacité de se transformer et d'apparaître sous des formes diverses tant humaines qu'animales, et l'on cite nombre de cas d'unions d'hommes avec des jinn femelles.
Outre leur fonction, les jinn sont associés aux principales religions de la région: il existe donc des jinn musulmans, juifs, chrétiens ou "païens".
On leur associe également des couleurs: aux plus redoutables, les Ulad bella Hmar, friands de sang, la couleur rouge, aux jinn juifs et chrétiens, le noir, aux jinn musulmans, le blanc, le jaune et le vert.
Du fait de l'intimité privilégiée qu'ils entretiennent avec les jinn, et de la crainte que l'utilisation du mot lui-même inspire, les Gnawas leur ont donné des noms divers dahsh pour les enfants, siadna (nos seigneurs), rijal al-khafiya (les hommes du caché), al-mluk (les propriétaires), mawalin al-'ard (les maîtres de la terre), les Gnawas se nommant eux-mêmes memluk al-'ard (les esclaves de la terre).
Le jinn ou jnun attaque un individu ou un animal en le possédant, soit pour une courte durée, soit pour une période plus longue qui fait alors du possédé un danger pour lui-même et ses proches. Le possédé est appelé mejnun, ou memluk (esclave) ou encore meskun (habité). Les cibles favorites sont les Noirs, les femmes et les assassins ou encore les bouchers qui ont été ou sont régulièrement en contact avec le sang, substance de prédilection de la voracité des jinn. Associés au monde souterrain dont ils sont originaires, ils le sont également à certaines heures de la journée. Selon la tradition, ils sortent hanter l'espace intermédiaire qui sépare la terre du ciel l'après-midi, après la prière de 'asar.
Si la connaissance des membres de ces confréries demeure imprécise, la structure de leurs rituels et le contenu de leurs à chants double sens révèlent une réactualisation constante de la mise en scène du drame cosmique: la récitation des prières (dhikr) apparaît comme une allusion à l'histoire sacrée du monde, tandis que la hadra, danse extatique, reconstitue dans le parcours de l'adepte toutes les phases de ce drame jusqu'à la création du monde et son acheminement vers la grande ouverture sur le monde caché khla. A cet égard, les Gnawa sont particulièrement intéressants puisqu'ils se considèrent eux-mêmes, et sont considérés par les autres comme les gens du khla, les voyageurs, les errants de la nuit.
Leur cosmogonie, assez différente de celle de l'islam coranique, repose sur l'existence à l'origine d'un 'uf de serpent, la dunya, entouré par la nuit, le vide, et qui lui préexistait, c'est le khla. Ce vide, plein de Dieu, contenait en puissance toute la création. L''uf fut cassé par un double tourbillon émanant du khla qui le féconda, et en le brisant dispersa les éléments du monde.
Le monde se composa alors de deux parties, terre et ciel, séparées par la dunya, lumière rouge, associée à Lalla Fatima Zahra, fille du Prophète, et à Lalla Myriam, mère de Jésus.
La dunya pénétra ensuite la terre, dans ses zones les plus souterraines, moment commémoré par le sacrifice d'une volaille, animal à deux pattes, puis elle remonta vers le ciel qu'elle transperça, provoquant entre autre la naissance du soleil, moment commémoré par le sacrifice d'un animal à quatre pattes. Ces deux moments préfigurent les sacrifices du mariage, de la circoncision et de la naissance.
Ceci fait, la dunya retomba sur le khla et fut partagée en quatre saisons par le soleil. Elle s'étendit donc sur le khla en suivant les quatre points cardinaux, mais n'en recouvrit que les deux tiers qui furent peuplés par les humains, le dernier tiers étant peuplé de jinn.
Le khla reste donc une partie ouverte, celle où l'on peut trouver la lumière, la connaissance, et on y accède par deux portes, celle de la nourriture et de la Vie, et celle des déchets et de la Mort.
Lorsque l'homme meurt son âme va dans le khla par le Sud où en cheminant elle subit une série de purifications avant de retourner s'incarner par l'Est dans le ventre de la mère.
A certaines époques de l'année, notamment à la mi-shaaban, période à laquelle les Gnawa organisent leur rituel annuel, et au coeur de 1'été, le monde fragmenté se réunifie et permet la circulation des âmes. En dehors de ces périodes, les Gnawa ont seul le pouvoir de réunifier l'univers lors de leur rituel, et de permettre la circulation des âmes en les faisant monter et s'incarner provisoirement dans les danseurs. La derdba commence par la joie et le mariage et s'achève par la mort. Mais lorsque le dernier des jinn gît sur le sol, le moqaddem lui chuchote à l'oreille le la ila lah qui le fait monter à l'Est, vers le pays de la Résurrection.

Contributeurs

Origine géographique

Maroc

Mots-clés

Date du copyright

1990

Cote MCM

MCM_1990_MA_S1

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Titre Localisation Date Type
Saison 1990 1990