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Maroc. Confrérie des Gharbawas. Spectacle

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Évènement

Titre

Maroc. Confrérie des Gharbawas. Spectacle

Date

2000-06-23

Date de fin

2000-06-25

Direction artistique

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Cérémonie, rituel

Description de la pratique

23-25 juin 2000
Extases, lamentations chantées, transes, jeux animaliers...

La Fraja des Gharbawa.
Fraja est le terme utilisé pour toute veillée et a pour sens courant "spectacle".
Mais sa véritable signification marque le passage de l'obscurité à la lumière, une espèce d'état de grâce, de réjouissance du coeur et de paix de l'âme. Pour certains adeptes, il s'agit de "rafraîchir les os'"
Une veillée rituelle met en lumière le lien sacré entre l'homme, la musique et le divin. Elle propose une vision où mystique, danse et prière sont indissolublement liées et font de l'humain un ensemble cohérent : moments hors du commun où spiritualité, musique, thérapie et lien social forment un ensemble résonant qui fait monter les larmes, danser les feux du ventre, réveille "les génies endormis". Les gharbawa livrent ainsi un message d'espoir, d'ouverture, de réconciliation et de fraternité.
Originaires des plaines du Gharb (au nord-est de la ville de Meknès) qui leur ont donné leur nom, les gharbawa se sont regroupés très tôt autour de leur maître Sidi Mohamed Ben Aïssa dit Cheikh el-Kamel, le Maître parfait, un mystique de renom qui dispensait son enseignement et devint le saint patron de la ville de Meknès après sa mort vers 1526. La confrérie s'inscrit dans la lignée d'Al-Jazouli, fondateur du mouvement soufi au Maroc. Elle a développé au cours du temps un syncrétisme marqué par différentes traditions : soufie, berbère, négro-africaine.
Les gharbawa, appelés aussi aissawa ruraux, sont considérés comme les pères spirituels des aissawa citadins, plus connus en France. Ils se singularisent par une pratique ouverte et conviviale, une cohabitation intergénérationnelle et la participation des femmes au rituel.

La fraja est une mise en scène ritualisée qui comporte plusieurs parties au cours desquelles les adeptes de tous âges témoignent d'une extrême sensibilité à la dévotion, la musique et la danse, considérées comme autant de voies spirituelles. Chacun participe selon son potentiel affectif, ses émotions, sa foi, et insuffle ainsi son énergie propre et sa grâce (baraka).
L'ordre du rituel n'a qu'une valeur indicative ; il peut être modifié selon l'état dans lequel se trouvent les membres de la confrérie à un instant donné. Par exemple, le tahlil revient à plusieurs reprises dans le rituel. Il peut à un moment ou un autre provoquer un hal, état de transe au cours duquel le lion ou le chameau qui habite un membre du groupe va se révéler, ce qui imposera alors d'enchaîner avec la danse des lions ou celle des chameaux.

Ordre du rituel
(à titre indicatif)
Tahlil
Tejrid
Jeu animalier
Tahlil
Jeu animalier
Tahlil
Hizb
Tesdir
Heyt

Pendant les pauses qui jalonnent la veillée, une personne désirant formuler un v'u fait une offrande qui varie en général d'une dizaine à une centaine de francs. Elle peut alors annoncer son v'u à haute voix ou le formuler in petto.
Le collecteur d'offrandes propose alors un chant en retour. Ces chants sont très variables selon les circonstances, l'assistance et le v'u (pour une femme enceinte, la réussite d'un projet, surmonter un moment difficile, etc.). Il est fréquent qu'en de telles occasions, un personnage taquin amuse l'assistance en proférant des plaisanteries, des calembours voire des moqueries comme :
«Mais qu'est-ce que je fais donc parmi vous ? Ô mon Dieu, donnez-moi une jolie femme et du vin, que je quitte ces vieux tacots !"

Ordre du rituel (à titre indicatif) :

Le tahlil
Chants de la mémoire et voie des pleurs
Le tahlil est à l'origine une prière du soir. Il revient à plusieurs reprises dans le rituel sous la forme d'une joute chantée entre plusieurs chanteurs et chanteuses qui se répondent assis ou debout, une main placée en coquille contre l'oreille afin de mieux s'entendre. Les thèmes portent sur l'absent ou la transformation
"Hier tu étais mon enfant, aujourd'hui tu es mon voisin". Moments intenses, magie de la parole qui devient histoire et émotion. Une émotion qui délie les coeurs pour laisser place à "la voie des pleurs".

Le tejrid
Danse initiatique et extatique
Danse de prédilection des gharbawa, il s'agit d'une danse solennelle et majestueuse où danseurs et musiciens se relayent tout au long de séries de figures et d'arrêts. Les mouvements du corps sont linéaires ou tournoyants. La musique des hautbois ghayta et des tambours tbal et bendir peut-être puissante et percutante ou au contraire discrète et sourde, auquel cas les hautbois sont remplacés par des flûtes en roseau qasba.

Les jeux animaliers
Probablement très anciens, les jeux animaliers pourraient être la trace d'influences chamaniques.

Jeu des lions
Cette partie du rituel est fondée sur la relation lions/chacal/lionnes, le chacal étant considéré comme la progéniture des lionnes.
Les lions ouvrent le jeu animalier en rugissant et en dansant un étrange ballet.
Puis les lionnes arrivent à quatre pattes et se rangent, serrées les unes contre les autres, face aux lions. À plusieurs reprises, les mâles s'avancent vers les lionnes et échangent avec elles jeux de mains et cris.
Le chacal prend discrètement place, accompagné de son frère. Ils attendent accroupis. Les lions leur donnent symboliquement la mort en les couchant par terre, puis tournent autour d'eux en dansant et en se lançant vers eux pour vérifier s'ils sont bien morts. Enfin, les lions font rouler les chacals vers les lionnes en les poussant du pied. Celles-ci protègent les chacals, qu'elles traitent comme leur progéniture, en les tenant sous leurs cuisses hors d'atteinte des attaques des lions. Les chacals peuvent alors s'échapper. Le jeu entre les lions et les lionnes se prolonge encore un peu avant de s'achever par une réconciliation générale.

Jeu des chameaux
Une femelle, les bras croisés dans le dos figurant la bosse de l'animal, ouvre le jeu en blatérant d'une façon déchirante. D'autres femelles viennent se joindre à elle en s'alignant à quatre pattes. Les mâles se rassemblent peu à peu pour former un cercle. Tantôt ils tournent autour des femelles en exécutant diverses figures, tantôt ils paradent entre eux, criant et frappant du pied. La danse se termine elle aussi par une accolade générale.

Le hizb
Chant mystique collectif à la gloire de Dieu et de ses saints : «Je place ma confiance en l'Éternel qui ne périt jamais. Il est présent parmi nous par la science qui embrasse toutes choses, l'ouïe éternelle, la vue éternelle, la puissance éternelle' Que soit présente parmi nous la grâce d'Iliyas, de Jonas, des gens de l'est, de l'ouest, du nord et du sud."

Le tesdir
À la fin du hizb, les adeptes s'agenouillent en cercle et entonnent le zikr ul-Lah (litanie répétitive sur le nom d'Allah) tout en se frappant la poitrine. Le rythme s'accélère jusqu'à l'extase collective. Peu à peu, ils se dénudent le torse, les mains claquant alors à même la peau.

Le heyt
Le rituel s'achève par de courtes danses de divertissement dans lequelles chacun improvise figures et postures.

ISMAIL SMOUNI

La confrérie des gharbawa est dirigée par le chef spirituel (moqaddem) Faraji Diyae

Contributeurs

Origine géographique

Maroc

Mots-clés

Date du copyright

2000

Cote MCM

MCM_2000_MA_S1

Ressources liées

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Titre Localisation Date Type
Maroc. Confrérie des Gharbawas. Photos Maroc 2000-06-23 Photo numérique
Titre Localisation Date Type
4e Festival de l'Imaginaire 2000