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Tunisie. La danse des sept voiles, Leïla Haddad. Spectacle

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Évènement

Titre

Tunisie. La danse des sept voiles, Leïla Haddad. Spectacle

Date

1992-04-11

Artistes principaux

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Danse

Description de la pratique

samedi 11 avril 1992
Avec l'Ensemble Al-Kindi
Julien Weiss, cithare qanun
Mohamed Saada, flûte nay
Adel Shams Eldin, percussions riqq

La danse des sept voiles, Salomé ou la Danse de Pouvoir par Leila Haddad

Qui n'a rêvé de percer le mystère de cette très fameuse Danse des sept voiles que Salomé exécuta devant le roi Hérode pour demander la tête de Jean-Baptiste? Peintres, écrivains, chorégraphes, tentèrent, à leur manière, de recréer cette danse, donnant libre cours à leur imagination fertile d'hommes, vu le peu d'écrits sur ce sujet' Et moi de m'intéresser à cette danse et au personnage lié à cette danse: Salomé.
Un peu d'histoire : Salomé, une princesse juive vivant à l'époque où la Palestine était occupée par les Romains et où l'on annonçait l'arrivée d'un nouveau messie, d'un juste, Jésus, parmi ses frères esséniens et enfin d'une nouvelle religion.
Lorsque Salomé dansa pour le roi Hérode, son oncle, ce n'était ni pour le séduire, l'exciter ou le distraire - la reine-mère Hérodiade ne manquant pas de belles jeunes filles autour d'elles pour espionner le roi. Ce qui était en jeu, c'étaient des changements politiques, sociaux, religieux, économiques très importants dans cette région bouillonnante (déjà!!!) et tant convoitée. L'objectif de Salomé et d'Hérodiade était d'arrêter l'émergence de cette nouvelle religion, l'influence des Esséniens et donc de son porte-parole Jean-Baptiste.
Salomé dansa, et en échange de sa danse qui fascina Hérode, elle demanda la tête de Jean-Baptiste.
On dépeint Hérode comme un homme très superstitieux. Et que sait-on de l'éducation de Salomé? Elle étudia à Rome où, comme chacun le sait, il y avait beaucoup de temples où l'on honorait entre autres des divinités féminines (il était connu que la philosophie des Romains consistait à rajouter à leur panthéon les divinités des peuples conquis). Salomé n'aurait-elle pas été initiée à la danse sacrée, n'aurait-elle pas dansé la danse d'Ishtar (Astarté) qui parvint grâce à une gestuelle aux codes sacrés précis, à accéder à l'autre monde, venant à bout des sept portes qui mènent au royaume des morts? Les sept voiles symbolisent les sept étapes à franchir pour accéder à la Connaissance (le nombre 7 symbolisant déjà l'univers).
Dans ma recherche, je suis partie du mot fasciner, du latin fascinare, verbe formé sur le mot fascinum : charme, maléfice, et qui peut donc signifier littéralement jeter un sort, ensorceler quelqu'un par un charme.
Fas, c'est l'expression de la volonté des divinités, la loi des dieux.
Fas est, c'est autorisé par les dieux, c'est ce que l'on peut faire sans commettre de sacrilège.
Donc, le très superstitieux Hérode, envoûté, fasciné par la danse de Salomé, cède à la demande de la princesse. Elle dansa devant lui la danse de Pouvoir.
La danse tend vers l'unité tridimensionnelle corps-âme-esprit pour atteindre le cosmos, l'universel. Pour cela, je joue sur la symbolique antique des couleurs et des nombres.
La danseuse effectue une cérémonie pour prendre possession des lieux, pour les sanctifier, elle dessine dans l'espace le cercle magique des initiés.
Elle est couverte d'un grand voile blanc, le blanc est la couleur du candidat, de celui qui va changer de condition. C'est la couleur de passage, dans le sens où l'on parle de rites de passage et il est justement la couleur privilégiée de ces rites par lesquels s'opèrent la mutation de l'être selon les schémas de toute initiation : mort et renaissance.
Elle est coiffée de la couronne de la déesse des mystères, ornementée de multiples pierres de forme globale.
Après avoir pris possession de son lieu de culte, la danseuse, à genoux, danse et communique avec le "ciel et l'enfer" par le langage digital sacré.
Ce même langage digital sacré utilisé à des fins ésotériques par les initiés hindous pendant les cérémonies mythico-rituelles.
Autre étape sur le chemin de l'initiation, la couleur or. Symbole de perfectionnement, voie vers l'immortalité, le secret le plus intime de la terre se révèle à elle : grand serpent de la terre, symbolisme lié à la vie (en arabe : al-Hayyah, serpent - al-Hayyat, la vie).
Avant-dernière étape: couleur rouge sombre, symbole du mystère de la vie, le rouge sacré et secret est le mystère vital. C'est la couleur de l'âme, celle de la libido, celle du coeur. C'est la couleur de la science, de la connaissance ésotérique.
Dernière étape franchie, le voile noir : couleur de la féminité, de la fertilité.
Le yin est sombre. C'est dans le noir que l'embryon se parachève, cet embryon qui par une poussée très forte émerge vers la lumière, donc vers le yang.
Le noir est le chakra de la racine, d'où part le kundalini (feu primordial, énergie cosmique) pour monter très lentement de chakra en chakra vers la colonne vertébrale animant au passage chaque chakra pour aller jusqu'au chakra du crâne.
C'est à ce moment que l'être prend conscience de sa divinité. La boucle est bouclée, le carré aussi, par les quatre points cardinaux (le blanc évoquant l'est/ouest et le noir le nord/sud).
La flûte nay évoque des mouvements très fluides du torse, des bras, de la partie supérieure du corps, vers le ciel.
Les percussions (riqq, bendir, darbûka), le bassin, les hanches, les pieds martelant la terre.
Enfin la cithare orientale qanun, le ventre, le centre de gravité et l'harmonie entre le ciel et la terre.

"The dancer of the future will dance the Freedom of the woman...
the highest intelligence in the freest body"
"The dance of the future will come from Africa..."
Isadora Duncan


L'ENSEMBLE AL-KINDI I
Julien Weiss, qanûn, lauréat de la Villa Médicis hors les murs, directeur de l'Ensemble Al-Kindi.
Mohammed Saada, nay, professeur à l'Institut Supérieur de Tunis, ancien chef de l'orchestre National de la Rashidia.
Adel Shams Eldin, tambour sur cadre riqq.
"Il n'est pas indifférent que le trio de Julien Weiss, Mohamed Saada et Adel Shams Eldin porte le nom d'Al-Kindi. Ce philosophe arabe, imprégné d'hellénisme, illustre une époque où se sont pénétrées les cultures véhiculées par les textes persans, indiens, syriaques et grecs. Animée par le même esprit, voici une formation qui puise aux sources arabo-andalouse, orientale, turque et iranienne de la musique.
Trio soucieux d'épanouissement donc, mais aussi d'intelligente rigueur. La chaleur de l'inspiration échappe à la facilité et se ravive au dépouillement. La réduction de trop longues compositions traditionnelles n'est pas une perte de substance, car la concision y magnifie le corps vivant de l'essentiel. L'imitation qui s'épuise le cède à la méditation qui recrée. Ainsi se déploie une musique de retenue mais d'élégance, de pureté intransigeante mais aussi, tout au coeur de l'écoute, de tendresse.
Miracle de la beauté dégagée de toute convention. Ecouter un Stabat Mater, l'Art de la Fugue ou une sourate psalmodiée relève de la même prodigieuse alchimie. On entre ici en absolu. Composé de trois artistes tunisien, égyptien et français, le Trio Al-Kindi est plus qu'une conjonction de talents stricts et généreux, il est le fruit d'une communion d 'espérances."
Jamel Eddine Bencheikh

LEILA HADDAD
Tout d'abord initié aux traditions musicales de Tunisie par les femmes de sa famille, Leïla Haddad perfectionne sa formation musicale au Conservatoire de Tunis avant de décider de se consacrer à la danse.
A la fin des années 70 elle entre dans la troupe du Théâtre Zulu qui réunit des artistes de onze nationalités différentes et se voue à la défense des cultures africaines dans une rencontre entre la poésie, la musique et la danse. De 1979 à 1983 Leïla Haddad participe ainsi à plusieurs spectacles : Shaka le Zulu, Les Enfants de Soweto, Le Jungle en béton.
Elle rejoint ensuite le Théâtre Barkane qui travaille également sur les traditions africaines, et participe à l'une des productions de la Compagnie : L'Arme à l'oeil. Parallèlement elle ouvre un cours de danse traditionnelle d'Afrique du Nord et de danse orientale au Centre de Danse du Marais, première initiative de ce genre à Paris. Les élèves affluent, sa renommée franchit les frontières de l'Hexagone. Dès 1984 elle est invitée aux Etats-Unis pour une série de stages qu'elle dirige à New-York, Los Angeles et San Francisco.
Pour une Tunisienne, enseigner la danse orientale tient du paradoxe. Elle-même n'a pas eu besoin de professeur. Mais en initiant des Occidentales à cette pratique, elle découvre une nouvelle forme de pédagogie, sensibilisant ses élèves à la musique, à une certaine théâtralité, mais aussi à une manière d'être entre femmes. Car si la danse orientale reste aux yeux de Leila Haddad une danse sensuelle, elle est d'abord une pratique quotidienne et un élément indispensable des fêtes.
Mais ses activités pédagogiques n'éloignent pas Leila Haddad de la scène.
En 1984 elle danse dans l'Othello mis en scène par Hans Peter Klaus à Bobigny, puis elle donne des spectacles en solo à Londres, Francfort, Zürich. En 1986, elle crée un spectacle en quatre tableaux, Ballade en rhythm and blues, qu'elle présente en Tunisie, au Maroc, en Algérie et en
Allemagne.
Elle est la premibre danseuse orientale invitée à se produire au Salon de la Danse à paris.
La Danse des Sept Voiles lui est commandée en 1988 par le Festival de Lille.
Elle le donne en première à Paris à l'auditorium de l'Institut du Monde Arabe en 1989, et au Volkhaustheater de Zürich ainsi qu'au Théâtre antique d'Hammamet en 1990.
En septembre 1990 Leila Haddad fait une apparition dans La Goutte d'Or de Marcel Bluwal, adapté d'après le roman de Michel Tournier ; elle y joue le rôle symbolique de la danseuse Zeit Zobeïda.


+revue de presse

Chorégraphie

Origine géographique

Tunisie

Mots-clés

Date du copyright

1992

Cote MCM

MCM_1992_TN_S1

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Titre Localisation Date Type
Tunisie. La danse des sept voiles, Leïla Haddad. Photos Tunisie 1992-04-11 Photo numérique
Titre Localisation Date Type
Saison 1992 1992