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Tunisie. Malouf. Musique andalouse tunisienne. Hommage aux maîtres de la Rachidia. Spectacle

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Évènement

Titre

Tunisie. Malouf. Musique andalouse tunisienne. Hommage aux maîtres de la Rachidia. Spectacle

Sous-titre

Ensemble musical de tunis, direction, Fethi Zghonda

Date

1995-03-10

Date de fin

1995-03-12

Artistes principaux

Direction musicale

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Musique

Description de la pratique

10-12 mars 1995
Le malouf tunisien est une des formes savantes de la musique arabo-andalouse qui se développa au Maghreb et en Espagne à partir du VIIIe siècle. On peut le considérer comme le fruit d'une synthèse entre le fonds culturel propre à l'ancienne Ifrîqiya et les apports andalous et orientaux.
Kairouan, capitale des Aghlabides et première ville religieuse du pays, cultive vers la fin du VIIIe siècle un art musical comparable à celui qui fleurit à Bagdad et son influence s'étend jusqu'à Fès, au Maroc. C'est pourquoi l'illustre musicien Ziryâb, fraîchement expatrié de Bagdad, en fait une longue étape de son voyage en Occident (env. 830) avant d'aller s'établir à Cordoue où il fondera la première école de musique andalouse.
A l'époque où Ziryâb arrive à Cordoue, la péninsule ibérique est sous domination arabe depuis près d'un siècle et demi. Pacifiée, l'Andalousie entame son âge d'or. Plusieurs poètes et musiciens s'y rencontrent, venus de Bagdad, de Médine et du Maghreb. Précédé d'une excellente réputation, Ziryâb sera accueilli en hôte de marque, choyé, adulé, pensionné. Poète, musicien, astronome, gastronome et arbitre des élégances, il créera son école et fondera un style musical spécifique quoiqu'encore très marqué par ses origines orientales. La floraison intellectuelle et artistique dans les différentes capitales andalouses en feront pour quelques siècles les véritables centres de rayonnement culturel vers l'Occident chrétien et le Maghreb.
Au XIIIe siècle, sous les Hafsides, Tunis accueille quelque 8.000 réfugiés andalous chassés par les chrétiens lancés à la reconquête de l'Espagne. Ils apportent avec eux un répertoire musical puisé aux sources du fonds maghrébin et enrichi au cours des siècles passés en Andalousie. Les styles et les répertoires apportés par ces immigrants ne tardent pas à subir à leur tour l'influence locale et à se modifier au contact des autochtones. Ces échanges réciproques se transforment en véritable osmose après la massive émigration consécutive à la chute de Grenade en 1498.
Ceci explique en partie les différences que l'on peut relever entre les genres dits andalous dans les divers pays du Maghreb, que ce soit au niveau des modes et des mélodies, des rythmes, de la forme et de l'interprétation. L'autre explication est l'influence qu'exerce la culture turque sur la Tunisie, devenue province ottomane après la prise de Tunis en 1574. Le malouf intègre ainsi des formes musicales propres aux écoles orientales alors en plein essor : Istanbul, Alep, Damas, Le Caire. Et en même temps, les musiciens tunisiens adoptent le luth oriental (cûd sharqî) et la cithare (qânûn).
Le malouf occupe dans la tradition musicale tunisienne une place privilégiée ; il en est l'expression la plus authentique. Il comprend l'ensemble du patrimoine traditionnel d'inspiration andalouse et englobe aussi bien le répertoire profane (hazl) que les répertoires religieux (jadd) rattachés aux liturgies des différentes confréries.
Le concept de malouf recouvre toutes les formes du chant traditionnel classique : le muwashshah, genre post-classique dont la forme se détache du cadre rigide de la qasîda classique ; le zajal qui s'apparente au muwashshah mais fait surtout usage de la langue dialectale, le shghul, chant "élaboré", orné. Mais la forme principale du malouf est la nûba qui regroupe ces différents types de chants à l'intérieur d'une suite vocale et instrumentale dont la structure obéit à des règles très précises.

La nûba tunisienne
La nûba se présente comme une composition construite sur un mode principal dont elle prend le nom (par ex. nûba al-sîka) et comprenant une suite de pièces vocales et instrumentales exécutées selon un ordre convenu.
C'est au bey de Tunisie Muhammad Al-Rashîd (mort en 1759), grand mélomane, luthiste et violoniste réputé, que l'on doit d'avoir remanié et fixé le répertoire des nûbat tunisiennes. Il en arrangea les différentes parties et y ajouta des pièces instrumentales d'inspiration turque. On lui attribue également la composition de la majeure partie des pièces instrumentales des nûbat, c'est-à-dire les ouvertures : istiftâh et msaddar et les intermèdes : tûshiya et fârigha.
Les pièces qui constituent la nûba se succèdent donc ainsi :
Première partie
' L'istiftâh ("ouverture"), composé dans le mode principal de la nûba, consiste en un thème musical joué sur un rythme libre et destiné à mettre en valeur les caractéristiques principales du mode, son architecture.
' Le msaddar est une introduction instrumentale composée de deux ou trois strophes alternant avec un refrain. De rythme lent (6/4), il se termine par deux strophes plus rapides en 6/8 : le tawq (collier) et la silsila (la chaîne).
' Les abyat, ("vers "), précédés d'un court prélude instrumental, constituent la première partie chantée. Ils sont exécutés sur un rythme lent à 4/4 (btâyhî).
' Les btâyhî sont des poèmes chantés sur le rythme du même nom et également précédés d'un court prélude instrumental.
' La tûshiya ("ornementation") est un intermède instrumental qui se joue habituellement sur un mode différent du mode principal, et qui est agrémenté de variations et d'improvisations instrumentales, les istikhbâr.
' Les barawîl sont des chants d'allure rapide exécutés sur un rythme de barwal à 2/4. Ils concluent la première partie de la nûba.
Deuxième partie
' Le draj est un chant composé dans un rythme lent à 6/4 et précédé d'une courte introduction instrumentale, la fârigha.
' Le khafîf ("léger") est un chant de rythme lent à 6/4 également précédé d'une fârigha.
' Les khatm concluent la nûba sur un rythme vif (3/4 ou 6/8).
La structure de la nûba tunisienne met en évidence divers effets de contraste et de symétrie qui se manifestent aussi bien entre ses différentes parties qu'au sein de chacune d'entre elles. Ainsi, la première partie privilégie les rythmes binaires et la seconde les rythmes ternaires ; chaque partie commence sur des rythmes lents pour se terminer sur des rythmes rapides. De même, cette alternance de rythmes lents et vifs se reproduit parfois à l'intérieur des pièces.

La poétique
Les nûbat puisent dans les formes poétiques du genre classique (qasîda) ou post-classique (muwashshah, zajal). Les abyat sont en arabe classique, les autres poèmes sont en arabe dialectal. Les thèmes de prédilection sont l'amour, la nature, le vin ainsi que d'autres thèmes ayant trait à la vie mondaine. Certains khatm abordent aussi des sujets religieux, prônant la piété et implorant la clémence divine. Ces textes, dans leur majorité anonymes, ont été réunis en recueils.

L'orchestre
Les nûbat étaient traditionnellement exécutées par de petites formations musicales ou takht comprenant un cûd tunsî (luth tunisien) plus petit que le luth oriental, le qânûn (cithare trapézoïdale à 26 triple cordes), le rebâb (vièle à deux cordes en boyau), le violon introduit dès le XVIIIe siècle, le nây (flûte oblique en roseau) et des instruments à percussion : tambour sur cadre à sequins târ, tambour-calice en poterie darbûka et timbales doubles nagharat.
Depuis les années cinquante, les petites formations tendent à disparaître et cèdent la place à des orchestres comprenant une quinzaine d'instrumentistes et une dizaine de choristes. De même, l'usage du rebâb a été peu à peu abandonné alors que l'on introduisait le violoncelle, voire la contrebasse.
L'Ensemble musical de Tunis, s'il ne renoue pas avec la tradition des petits groupes des années trente, tel celui qui fut délégué au Congrès de musique arabe du Caire en 1932, tente cependant de réduire l'inflation symphonique de ces dernières décennies. Dirigé par Fethi Zghonda, il réunit une sélection d'instrumentistes et de chanteurs ayant acquis une longue expérience au sein de la Rachidia et de l'Orchestre de la Radio Télévision Tunisienne. Les deux instrumentistes solistes sont Naceur Zghonda au violon et Mohamed Lejmi au nây. L'ensemble vocal comprend quatre chanteurs et quatre chanteuses.
Naceur Zghonda est né en 1928 à Tunis dans une famille qui cultivait depuis longtemps l'art de la musique andalouse. Il apprit le violon auprès de son oncle Cheikh Hédi Chennoufi, puis de Cheikh Abdelaziz Jemaiel. Il devint ensuite soliste à l'Orchestre de la Rachidia et à celui de la Radio Tunisienne. Sa sensibilité et sa connaissance parfaite des modes tunisiens en font l'un des musiciens les plus talentueux du pays.
Mohamed Lejmi est né à Sfax en 1932. Autodidacte, il intègre en 1957 l'Orchestre de la Radio Tunisienne puis celui de la Rachidia. Il est considéré comme l'un des plus grands joueurs de nây tunisiens et ses improvisations font référence auprès des mélomanes.
Fethi Zghonda, neveu de Naceur, est né en 1949. Il s'initie très tôt à la musique puis se spécialise dans la direction d'orchestre et le violon. Il dirige un temps l'Orchestre de la Rachidia et la Troupe nationale de musique. Il assure actuellement pour le Ministère de la Culture la réalisation sur disques compacts de l'Anthologie du Malouf tunisien en collaboration avec la Maison des Cultures du Monde.
Nûba al-Sika
Istiftâh et msaddar
Abyât
Btâyhî n°1 et 2
Tûshiya avec istikhbâr (improvisations) de Naceur Zghonda (violon) et Mohamed Lejmi (nây)
BarawÎl
Draj
Khafîf
Khatm n°l et 2
Le disque compact de cette nûba est disponible dans le hall à la fin du concert.

Wasla (suite) dans le mode asba'ayn
Zajal : Harramtu bi nu'asi
Pour toi, je me suis privé de sommeil
3 barawîl de la Nûba al-Asba'ayn
Istikhbâr (improvisation) au qânûn par Taoufik Zghonda

Chansons des maîtres de la Rachidia
Rabbi at'ani kulshî bikmalu - Dieu m'a comblé, de Khemais Tarnane, par Olfa Hamzaoui
Yetfi nâri - Ma patience a éteint l'ardeur de ma passion, de Hadi Jouini, par Taïeb Krifa
Yalli dhalemni ' Ô toi qui m'as opprimé, de Ali Riahi, par Mehrezia Touil
Ya laymi 'ala zin ' Ô toi qui m 'a reproché mon goût pour la beauté, de Mohamed Triki, par Hend Bejaoui

Contributeurs

Origine géographique

Tunisie

Mots-clés

Date du copyright

1995

Cote MCM

MCM_1995_TN_S1

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Titre Localisation Date Type
Tunisie. Malouf. Musique andalouse tunisienne. Hommage aux maîtres de la Rachidia. Affiche Tunisie 1995-03-10 Affiche
Titre Localisation Date Type
Saison 1995 1995