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France. La serveuse quitte à quatre heures, de Michel Simonot. Spectacle

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Évènement

Titre

France. La serveuse quitte à quatre heures, de Michel Simonot. Spectacle

Sous-titre

Mise en scène de Michel Dubois

Date

1994-10-04

Date de fin

1994-10-30

Artistes principaux

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Théâtre

Description de la pratique

4-30 octobre 1994
Création
LA SEVEUSE QUITTE À QUATRE HEURES
De Michel SIMONOT
Édition ACTES SUD-PAPIERS, septembre 1994

Mise en scène de Michel DUBOIS
Avec
Clothilde RAMONDOU, la serveuse
Jean-Marie FRIN, l'homme du désert
Jacques MATHOU, le détective
Roméo ESCALA, le soldat

Scénographie: Jean-Pierre Larroche, assisté de Cécilia Hanrot
Peinture: Gatimalau
Costumes: Claire Berges
Lumières: Christophe Dubois

Création du Théâtre de l'Archipel avec le soutien de la Scène Nationale d'Evreux, du Théâtre Toursky de Marseille, de la Scène Nationale de Calais, du CDN de Caen, de la Maison de la Culture de Bourges, du Rond-Point - Théâtre Renaud-Barrault, avec l'aide du Ministère de la Culture et de la Francophonie (DRAC de Haute-Normandie) et de l'ADAMI.

La Valise, le bock, la couverture, la chaîne et un trou creux à l'intérieur. Par Michel Dubois.
Par les mots d'abord. Par le labyrinthe qu'ils suggèrent ensuite. Puis les personnages hantent le labyrinthe, se rencontrent aux carrefours, s'isolent, se cachent parfois dans les impasses. Lorsqu'un texte de théâtre m'accroche, c'est ainsi que je le reçois, que je peux décrire le début de la rencontre. Ici, celle de la pièce de Simonot. Il m'explique lapidairement son "processus" d'écriture théâtrale : des monologues qui s'enchevêtrent ensuite jusqu'à former des dialogues. Je relis la pièce à travers ce prisme-mode-d'emploi, et plusieurs murs du labyrinthe deviennent translucides, la lumière y trouve son passage. "La serveuse quitte à quatre heures" propose un désert pour espace scénique : le désert n'est-il pas le plus sublime des labyrinthes ?
La bonne, la vraie écriture théâtrale (les autres je ne sais) ne se reconnaît pas à son originalité, mais à la façon secrète dont elle se rattache à des courants de pensée, d'inquiétude, d'espoir ou de désespérance, propres à la période où elle s'élabore. En cela elle est, demeure "militante" (je ne sais si Simonot peut recevoir cela sans frémir...). Les personnages de "La serveuse quitte à quatre heures" sont ainsi proches de ceux que j'aime voir et écouter aujourd'hui sur une scène, ceux de Bond et Botho Strauss, ceux que j'ai recherchés avec René Fix à travers Paul Auster : des êtres qui se frôlent sans cesse sans se reconnaître, la vision voilée, l'odorat atrophié, perdus dans les images de synthèses et les séductions perverses qu'ils passent leur temps et leur vie à ingurgiter, écran entre eux et les autres, entre le moi et le toi, un jour entre le moi et le moi, nouveau radeau de la méduse intime sur une mer miniaturisée... Mer = désert. G.L.B.X. 33, code d'accès à une banque de données pour passer au non-sens de la vie ?
Les personnages de Simonot dialoguent ; leurs monologues se sont nécrosés dans la langue de sable qui est la leur. Leurs mouvements contredisent leurs actions, sabotent leurs rencontres. Une femme va droit devant elle après avoir refermé méticuleusement la porte derrière elle. Des hommes tournent en rond, ou sur eux-mêmes, ou appliquent la stratégie du saut de puce. perte de sens de l'espace, de la nature, de l'émotion suscitée par la lumière, repérage des formes de plus en plus chaotique ; la violence comme aveu d'impuissance, la parole comme écran à la solitude, à la peur de na pas rentabiliser correctement une inspiration...
J'aime les objets que Simonot propose pour jouer la pièce. Une valise (j'ai toujours adoré les valises sur la scène, j'en ai abusé ; ici une seule ; il faudra être sobre, mais je me vengerai ; elle sera très lourde, épouvantablement lourde...). Un bock de bière sans fond, dégoulinant de mousse fraîche inlassablement, évoquant l'immense rot jeté à la gueule de celui qui ne boit jamais. Une couverture pour cacher un corps nu, un appareil de transmission sans abonné au code que vous avez composé. Une chaîne pour enchaîner, un pivot pour pivoter, de l'air pour aérer... Un trou encore où se cache un soldat; Un trou creux. Creux à l'intérieur. Dedans. Précision toute nordique ; c'est que le désert n'est pas africain, il ne suggère pas les images convenues du désert. Il est d'ici. Le nôtre.
"La serveuse quitte à quatre heures" est aussi un quatuor. Musicalement parlant. Comme Honegger et sa locomotive Pacific 231. Il est un désert mis en musique par quatre interprètes perdus. Rhapsodie et litanie, ensemble, confusément.

"La serveuse quitte à quatre heures" par Claude Archambault.
Il pourrait faire jour, il pourrait faire nuit. C'est selon.
Les variations de lumière et de température suffiraient à un état des lieux : un monde sans bout, un paysage sans dessin, habité pourtant, peut-être par les vents, les serpents ou les rapaces. C'est selon.
Quelqu'un est là, déjà, roulé dans une couverture. Une femme surgit, un rêve à la bouche comme une proie pour la soif. Elle ne fait que passer.
Mais ici, ce n'est pas si simple.
L'homme l'avertit. Mieux vaut lui obéir ; au moins, l'écouter. Il sait, lui.
Qui, lui ? Ce n'est qu'un prisonnier, relié par une chaîne, comme un chien, à un légionnaire qui se vante de l'avoir gagné. Un violent celui-là, qui traîne, secoue celui qu'il appelle "Le vieux". pas de crainte à avoir, portant, son fusil n'a plus de munitions. Mais la crosse peut encore frapper juste. Le "vieux" en est tout abîmé. Il parle trop, lui aussi, il empêche le soldat d'écouter le grésillement du téléphone, de capter la base, sa base.
Et elle , Elle a quitté son bistrot, son plateau, sa misère. A présent, elle veut partir. Elle ne s'en laissera pas compter : ni par ce guérillon compulsif, ni par ce "vieux" qui mâche ses énigmes et voit le futur, l'oreille collée au sol. Il l'avait annoncée, l'arrivée soudaine de cet inconnu, cet incongru encombrant et qu'on voudrait rosser...
Un détective qui cherche une femme. C'est elle, qu'il cherche pour la ramener là-bas, au bistrot, au patron. On l'a payé, c'est une mission. C'est compter sans sa peur. Il veut partir. C'est compter sans la peur des autres, de crever, de na plus être, de na pas devenir, compter sans le désir de l'amour.
Une affaire de chemins, d'enfouissements, de rêves, de coups de gueule. Qui se joue à quatre. Ou tout seul. Ou pas. C'est selon.

La position de l'homme qui colle son oreille au sol par Serge Saada.
Les quatre personnages avaient tout l'horizon pour s'éviter mais comme dans les rêves, il arrive que subitement un point lointain prend figure humaine et, tombé du ciel, il se rapproche.
Le désert est un lieu rêvé pour faire tourner en rond chaque visiteur. Homme du désert, soldat, serveuse et détective sont portés par l'illimité d'un territoire que chacun accepte plus ou moins bien. Là où l'homme plante des sapins pour empêcher sa progression, les personnages de Michel Simonot se laissent entraîner à tracer des cercles futiles sur le sable. Ils se construisent une maison de mots satellites qui tentent peut-être de réduire le désert pour pouvoir le noyer en versant dessus le contenu d'un simple verre de bière. Chacun vit son désert à sa façon, chacun le nomme différemment et en fait son domaine. Le dialogue dilue le temps dans un lieu où tout piquet planté pour mesurer les révolutions du soleil, serait absorbé par un sable de rêve, les sables mouvants de notre mémoire d'enfant, ceux du cinéma.
La ligne tracée des pas du nouvel arrivant est effacée par le vent de la nuit ; écriture éphémère sur le sable, petit poucet qui n'a plus de caillou pour retrouver le chemin du retour. Itinéraire de l'homme qui laisse derrière lui un passé qui s'évapore, l'histoire de ses pas, la phrase dont le point final est son propre corps jusqu'au moment où il regarde derrière cette phrase affacée qui fait de son corps un point de départ. Naître sans cesse : "je me retourne pour chercher le point où commence ma trace. Je ne vois qu'une ligne qui me fuit vers l'un des horizons. Trouée par les marques des genoux et des coudes. Un texte sans lettre. Jamais un retour à la ligne. Jamais."
Si la serveuse et le détective sont attirés par le désert, c'est que leur métier est fait d'allers et venues ; alors, ils choisissent la ligne rectiligne des nomades où toute hésitation sera effacée par le vent de la nuit.
Il n'y a pas d'absurde ici, l'espace est concert, les personnages questionnent ses lois et se trahissent, l'incohérence se raisonne avec insolence et prend l'allure d'une plaisenterie à laquelle on croit jusqu'au moment où l'on réalise qu'on s'est fait avoir :
La serveuse: C'était une blague.
L'homme du désert : Pas tant que vous l'avez cru.
Les envolées lyriques de l'Homme du désert, censurées et punies par le soldat, font place aux divagations de ce dernier. Ici la poésie de l'un et de l'autre connaît une courbe ascendante pour retoucher la terre, le trivial comique : La serveuse : "Ni vous ni lui ne risquez de vous élever au-dessus du sable"
De la prière du désert, il ne reste que la position d'un homme qui colle son oreille au sol et prédit d'hypothétiques visites. Prophète d'occasion ; mais quand le rite est oublié, le geste est suffisant.

Michel Simonot - Bref itinéraire en mots, par Irène Lambelet, dramaturge, auteur et metteur en scène.
Dans l'itinéraire de Michel Simonot, il y a des mots qui se suivent et s'additionnent et qui posent des jalons révélateurs et poétiques : ainsi part-on de la "Terre des autres" pour aborder aujourd'hui un territoire mystérieux nommé "La serveuse quitte à quatre heures". Toutes les premières terres-écritures qu'il explore sont, en effet, celles d'"autres" : avec les écrivains du "Jura" s'y ajoute l'"identité", avec "Max Frisch" les "miroirs" et avec "Katherine Mansfield" "Juste une petite feuille de verre"... Et le double thème de ces expériences scéniques et théâtrales, c'est à chaque fois l'écriture et son exploration passionnée, écriture qui représente un mode de relation avec le réel : à la fois médiation et obstacle, ou encore appropriation et écran de protection.
Ensuite, comme c'est souvent le cas, le territoire personnel de Michel Simonot se révèle avec beaucoup de précisions dans ses premières pièces : Cargaison et le Faiseur d'éloges : les passages, enfermement et ouverture, et puis les limites ; les hors-lieux, hors du temps et de l'espace, à cause du trop-plein ou du vide. La fin des choses qui est aussi un début d'autre chose. L'homme et la femme qui sont-et-ne-sont-pas un couple, antinomie et complémentarité, mais aussi reflet. Le récit, mémoire et rêve, comme moyen de communication supérieur. Et puis les traces... Des signes balisent ces territoires : mer, bistrot, gare, bateau, mort, bière, téléphone et ... partir ! - à tel point qu'il y a du rituel là-dedans ! Et nous les retrouvons dans "La serveuse quitte à quatre heures", même si, cette fois, nous sommes jetés dans l'immensité du désert, un désert qui appelle la parole et tous les mirages de l'origine et du destin !
A chaque oeuvre nouvelle, l'écriture évolue : une forme de dialogue se construit peu à peu et la distanciation devient plus subtile; le langage même, un mélange de raffinement métaphorique et de crudité, voire de vulgarité - la vraie, celle qui met mal à l'aise -, en appelle à une sorte de maniérisme intellectuel alternant avec une brutalité primaire, sexuée presque toujours. Quant aux personnages, ils appartiennent à une même famille, tant les traits communs sont nombreux : épaisseur, vitalité, solide implantation dans la réalité, ou même la banalité des choses. Faussaires innocents, ils évoluent avec aisance à travers la complication des différents niveaux - symbolique, onirique, paradoxal - que Michel Simonot construit pour eux. Au parfait centre du jeu théâtral, ce sont ainsi les personnages qui font, ou plutôt qui sont l'histoire! Tout repose sur eux et tout respire par eux.

Voir biographies succinctes dans le programme papier.

Présentation des artistes

Textes

Mise en scène

Décors et costumes

Lumière

Origine géographique

France

Mots-clés

Cote MCM

MCM_1994_FR_S13

Date du copyright

1994

scenographer

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Titre Localisation Date Type
Saison 1994 1994