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Pologne. Le théâtre de la mort et de l'amour, de Cricot 2. Spectacle

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Évènement

Titre

Pologne. Le théâtre de la mort et de l'amour, de Cricot 2. Spectacle

Sous-titre

Une série de quatre spectacles de Tadeusz Kantor

Date

1989-05-23

Date de fin

1989-06-17

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Théâtre

Description de la pratique

23 mai-17 juin 1989
"Le théâtre de la mort et de l'amour" de Cricot 2. Une série de quatre spectacles de Tadeusz Kantor
Au théâtre Gémier
1 place du Trocadéro
75116 Paris

-LA CLASSE MORTE
Création de 1975 à la Galerie Krzysztofory de Cracovie.
23-27 mai 1989.
-WIELOPOLE, WIELOPOLE
Création de 1980. Florence.
31 mai-3 juin 1989.
-QU'ILS CREVENT, LES ARTISTES !
Création de 1985. Nuremberg.
7-10 juin 1989.
-JE NE REVIENDRAI JAMAIS !
Création de 1988. Milan.
14-17 juin 1989.
Le Théâtre National de Chaillot et La Maison des Cultures du Monde, L'association Nationale pour la Formation et L'information Artistique et Culturelle, Le Centre National D'art et de Culture Georges Pompidou présentent à l'initiative de Michelle Kokosowski , Tadeusz Kantor, le retour. Paris, mai juin 1989
Sous le haut patronage de Jack Lang, ministre de la culture, de la communication, des grands travaux et du bicentenaire et de Thierry de Beauce, secrétaire d'état chargé des relations culturelles internationales, Ministère des Affaires Etrangères. Avec Le Soutien du Département des Affaires Internationales du Ministère de la Culture, de l'Association Française d'Action Artistique, du Ministère des Affaires Etrangères, de l'Association Dialogue Entre Les Cultures, de la SERIC Société d'Etude et de Réalisations Industrielles et Commerciales - Japon.
Edité avec le concours du ministère de la Culture et de la Communication avec la participation de l'agence Qualigraphie - Photographies : G. Dufrène.
LE RETOUR
Sur d'infinies distances les oiseaux volent
pour revenir vers leurs nids.
Les gens reviennent aussi.
De lointains voyages,
de la guerre, ceux qui ont survécu
reviennent vers les leurs.
Déjà on les voit...
Et le cri de ceux qui attendent :
ils reviennent !

Chaque fois que l'on prononce ce mot, RETOUR
une intense émotion l'accompagne.

Immédiatement alors, la pensée du théâtre.
Mais il ne s'agit pas ici d'un tableau scénique
il s'agit de quelque chose de plus !
CEUX QUI ATTENDENT : LE PUBLIC
CEUX QUI REVIENNENT... LES ACTEURS !
Créer un spectacle qui engloberait les deux faces.
Dans cette attente et dans ce retour.

Il y a, dans ce mot magique : RETOUR
un grand mystère de la vie.
La nostalgie humaine du RETOUR.

La vie - c'est, dans le temps présent,
fuite dans la PRATIQUE,
une LUCIDITE "A EN MOURIR"
qui essaie de nous DOMINER entièrement.

L'autre moitié de la vie se déroule dans la
PAUVRE PETITE CHAMBRE DE NOTRE IMAGINATION.
Personne n'y a accès
Ni l'autorité suprême, ni la police, ni les juges ...
LÀ, dans la solitude
la MEMOIRE commence à agir intensément
il n'y a plus alors de différence
entre le temps présent et le temps passé
ils se mêlent, s'interpénètrent
et le mot RETOUR s'imprègne d'un profond sens de la vie.

Et alors, seulement, nous commençons à vivre pleinement.

C'est aussi le TEMPS DE L'ART.

VIENT LE PRINTEMPS.
REVIENNENT LES OISEAUX !

GONG !
LEVEZ LE RIDEAU !
LE VIEIL ULYSSE REVIENT
VERS SON ITHAQUE !

La suite de ces réflexions est déjà sur scène
Le Théâtre CRICOT !

Tadeusz Kantor.

Le théâtre de la mort et de l'amour.


Modèle de l'acteur - Mort,
semblable de façon trompeuse aux vivants - aux spectateurs -
séparé d'eux par une barrière, ô combien plus puissante,
que la "rampe" scénique.

Mémoire qui accomplit "l'exhumation" du passé
non par le verbe, ni par la narration, mais à la lettre :
sur la scène apparaît le passé sorti de la tombe,
dans la majesté effrayante de la mort.

Lieu : le cimetière
A la lettre ou par métaphore les lamentables restes
d'une classe d'école
les restes de la chambre de mon enfance - cimetière...

Pourquoi LE THEATRE DE LA MORT ...
A cette question, je ne trouve pas de réponse univoque.
Obsession ? Je me défends contre cette notion,
mais la réponse ne m'appartient pas.
Des traces gravées dans l'enfance, qui durent jusqu'au bout ?
Le Symbolisme, présent au seuil de mon art ?
Cracovie, cette Nécropole polonaise ?
La Guerre, cette grande fête de la Mort ?

Vers la fin de mon 'uvre, j'ai ajouté ce second mot : L'AMOUR.
LA MORT ET L'AMOUR,
il faut les accepter tous les deux.
LA MORT est l'irrévocable fermeture de la PORTE ;
L'AMOUR célèbre sa fête son rituel séculaire
LA MORT y est présente

CRACOVIE, MARS 89

Une version de Phèdre, de Racine,
Images coloriées, érotiques, violentes, jeunes et puissantes.
La Presse et le public polonais ont été extrêmement surpris et enthousiasmés par cette version d'une tragédie classique qui a fort mauvaise réputation auprès des élèves et des étudiants français : PHEDRE ennuie !
Et pourtant ! rien ne manque à cette tragédie : la violence, la passion physique la plus immédiate, l'incompréhension paternelle, la guerre civile, et pour finir, un accident spectaculaire au cours duquel l'un des héros les plus sympathiques trouve la mort.
Le metteur en scène, qui est français, a joué sur le fait qu'il ne possédait que fort mal la langue polonaise, pour donner à voir. Chaque situation, chaque personnage, chaque réplique est transformée en image. Le résultat est étonnant : là où nos souvenirs scolaires n'avaient laissé dans nos mémoires que de longues tirades, surgissent des scènes fantastiques qui prouvent que l'imagination des auteurs classiques français n'a rien à envier aux élisabethains, même si leur génie , a été de dissimuler le désordre sous l'ordre rigoureux d'une langue portée à sa perfection.
En Pologne, les professeurs envoient leurs élèves voir ce spectacle pour qu'ils se réconcilient avec les grands de la littérature, et qu'ils apprennent à faire une analyse de texte en ayant l'impression d'être emportés par un spectacle proche du mouvement cinématographique.
La tragédie commence dans le fantastique mythologique - fort souriant - et s'achève dans le drame. Dès leur entrée dans le théâtre, les spectateurs sont saisis par l'ambiance glauque d'une grotte marine : des monstres - qui seront détruits par Thésée - tournent autour de la maquette splendidement illuminée de blanc d'une île grecque. Soudain apparaissent deux princesses polonaises qui vont assister à une pantomime brillante, joyeuse et comique, qui a l'avantage d'exposer en quelques minutes, " les histoires de famille " des principaux personnages. C'est ainsi qu'on en apprend de belles sur PASIPHAE - la mère de Phèdre - et sur les origines et la vie de Thésée.
Le spectacle se poursuit sur un rythme endiablé : l'apparition sur la scène des chevaux d'Hippolyte, permet de mieux saisir la personnalité sauvage et aventureuse du jeune héros ' interprété avec fougue - par un acteur qui a connu de fort près la réalité de la violence policière.
Phèdre est jeune, vigoureuse, ardente : n'apparaît- elle pas "mourante" au premier acte; et plus qu'entreprenante dès le second acte !
L'utilisation astucieuse des "gardes" traditionnels, rendus à leurs fonctions de gardes du corps et d'hommes de main, redonne à la tragédie sa dimension historique, même si l'Histoire, est plus mythique que réaliste !
Les costumes et les maquillages, les effets spéciaux, les éléments de la décoration parviennent à envoûter le spectateur, loin des sentiers battus.
Après avoir vu cette PHEDRE, on est pris de l'envie de relire Racine attentivement, peut- être à la manière d'un scénario de film, interprété par des acteurs jeunes et beaux, rompus aux techniques modernes du spectacle.
Il est rare qu'un spectacle réconcilie à ce point avec un auteur dont nous avons perdu le goût, en raison même des habitudes, d'une certaine tradition, d'un manque d'imagination, et ' avouons- le de la splendeur glacée d'une langue qui n'est pas celle des nouvelles générations.

Textes

Origine géographique

Pologne

Mots-clés

Cote MCM

MCM_1989_PL_S1

Date du copyright

1989

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Titre Localisation Date Type
Saison 1989 1989