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Ouganda. Musique des Acholi. Spectacle

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Évènement

Titre

Ouganda. Musique des Acholi. Spectacle

Sous-titre

Ensemble Watmon Amone

Date

2006-03-02

Date de fin

2006-03-03

Artistes principaux

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Musique

Description de la pratique

2-3 mars 2006
Avec
Mathew Watmon Amone
Alex Nyenko
Alex Ojera
Constantin Odida
Moses Ochola
Natalia Aciro
Paul Okello
Walter Ongaya

La région des Acholi est située dans le nord de l'Ouganda, aux confins des immenses plaines désertiques du Soudan méridional. Selon le découpage administratif du pays, il correspond aux districts de Gulu, de Pader et de Kitgum. Les Acholi, comme leurs voisins les Alur et les Lango, et comme les Dinka, les Nuer et les Shilluk du Soudan, appartiennent au groupe des peuples dits « nilotiques ». Cet adjectif caractérise une origine géographique commune, une intercompréhension linguistique et un certain nombre de traits culturels similaires.
Géographiquement, on pense que les Acholi sont issus des migrations d'un groupe linguistique originaire de Rumbeck, à l'est de Bahr-el-Ghazal, au Soudan : les Luo. Vers le début du deuxième millénaire les Luo entamèrent une longue série de migrations.
Certains descendirent vers le sud avec leur bétail, se battant parfois, assimilant plus souvent les populations qu'ils rencontraient. En 1500, il est à peu près certain qu'ils étaient arrivés dans le Nord de l'Ouganda actuel, près de Pakwach. Cependant, le métissage des Luo avec les populations locales rend épineuse la question de l'ascendance des Acholi. Certains ethnologues remettent en question la prééminence de la composante Luo dans le peuple Acholi, d'autres pensent que les Acholi seraient issus des mariages des Luo avec les Madi .
Les cultures dites nilotiques sont caractérisées par la prédominance des activités pastorales et par une organisation politique et sociale particulière. Le pouvoir politique en pays acholi est réparti entre plusieurs petites chefferies indépendantes, chacune placée sous l'autorité héréditaire du rwot. De structure familiale patrilinéaire, la société acholi est divisée en classes d'âge qui, en l'absence de réseaux politiques forts, assurent l'intégration sociale.
Depuis vingt ans, les Acholi connaissent une situation dramatique. Pris en tenaille entre le gouvernement et la guérilla, deux millions d'Acholi vivent dans des camps de réfugiés au Nord de l'Ouganda et sont à ce titre considérés comme Internally Displaced Persons (personnes déplacées dans leur propre pays).
L'une des richesses de la culture Acholi est dans son patrimoine de danses, de musiques et de chants. Il suffit d'écouter le mythe d'origine acholi pour mesurer l'importance de la danse : Kilak, fille de Jipiti, petite fille de Luo, le premier homme né de Jok (Dieu) et de la Terre, sortit un jour de la forêt avec un fils, probablement engendré par Lubanga, le Diable. Ce fils, nommé Labongo, naquit avec des sonnailles autour des poignets et des chevilles et avec des plumes d'autruche sur la tête. Celui qui allait devenir le premier Rwot (chef) était un danseur né.

Le groupe de Watmon Amone, formé en 1992, est aujourd'hui le groupe acholi le plus apprécié en Ouganda. Son objectif est de maintenir vivante la richesse culturelle traditionnelle des Acholi qui se perd dans l'oubli des villes comme Kampala et dans la misère des camps de réfugiés. Au cours d'une interview récente, Watmon Amone expliquait : "Nous avons gardé la musique et la culture qui étaient celles de nos grands-parents il y a des centaines d'années. Toutes les musiques du Bunyoro, du Buganda, de Busoga et d'Ankole viennent des Luo. Je me sens mal lorsque j'imagine les Acholi qui vivent et dorment dans la tombe. Mais je suis heureux de garder leur culture vivante".

Né à Pawidi, dans le district de Kitgum, Watmon Amone se mit à jouer du nanga alors qu'il gardait les chèvres dans les champs avec son père. Son grand-père était un fameux joueur de nanga et sa mère une excellente joueuse d'adungu. Amone apprit toutes les gammes de sa mère et exerça sa voix en chantant les chants traditionnels. À l'âge de 25 ans, il gagnait sa vie en jouant et en chantant. Il fonda le Groupe Culturel de Pawadi en 1987 qui se portait bien jusqu'à l'arrivée des rebelles qui massacrèrent tous les joueurs à Kitgum. Watmon est le seul à avoir pu s'échapper. Ayant fait l'expérience des exactions commises dans le Nord du pays, Watmon a décidé d'accueillir tous ceux qui reviennent après être tombés aux mains des rebelles. L'argent des concerts lui sert à améliorer autant que faire se peut les conditions de vie dans les camps de réfugiés et à scolariser les enfants. Il rêve d'ouvrir un centre culturel Luo.

Ce concert est consacré à une partie du patrimoine musical des Acholi, les musiques intimistes. L'intérêt de ce répertoire réside dans le fait qu'il témoigne mieux que tout autre d'une tradition en perpétuelle évolution. D'une part, on peut entendre des chants composés sur des mélodies anciennes mais dont les paroles ont été réinventées en fonction des nouvelles conditions de vie des Acholi, contraints de quitter leurs villages dans le nord pour s'établir dans des camps de réfugiés. D'autre part, les Acholi ont subi comme beaucoup d'autres peuples africains l'influence de la rumba congolaise et de la guitare zaïroise comme en témoigne la dernière pièce du programme de harpes adungu.

Les échelles utilisées sont le plus souvent équipentatoniques, ce qui est particulièrement évident dans les pièces pour lamellophones lokeme.
Les pièces pour harpes adungu sont composées sur une échelle pentatonique anhémitonique qui dérive en fait d'un accord des harpes sur une échelle diatonique ; ceci leur permet ainsi de jouer non seulement des pièces traditionnelles mais aussi des pièces modernes sans avoir chaque fois à réaccorder les instuments.
La plupart de ces pièces sont voco-instrumentales. Les chants sont généralement responsoriaux et, aux dires des musiciens eux-mêmes, leur thème privilégié est l'amour contrarié.

Programme :
1- Chants et lamellophones lokeme Le lokeme est un petit lamellophone (sanza) sur caisse qui comprend environ une vingtaine de lames de métal pincées avec les pouces. Il existe en quatre tailles (du plus petit au plus grand) : lokeme olang, lokeme salina, lokeme lakele, lokele mintom. La musique est ponctuée périodiquement de cris féminins et de sonneries de sifflet de chasse en corne bila dont le timbre rappelle curieusement celui d'une trompe.
-Olyak
Louange des musiciens à Watmon Amone, le chef du groupe, qui font l'éloge de ses qualités de leader.
-Rumba
Ce chant à danser est une lamentation d'un jeune homme qui se plaint auprès de sa belle de ne pouvoir réunir la dot pour l'épouser.
-Topacho
Ce chant s'inscrit dans la réalité quotidienne des Acholi contraints aujourd'hui de vivre dans des camps de réfugiés. Il évoque l'état d'abandon dans lequel ont été laissés leurs villages dans le nord du pays.
-Lweny dongpe
Ce chant fait référence aux anciennes guerres tribales. De retour au village les hommes chantent leur victoire et se congratulent tandis que les femmes s'inquiètent de savoir s'ils sont tous rentrés sains et saufs et les comptent un à un.

2- Chants et cithares nanga
La cithare nanga est une petite cithare sur cuvette à sept cordes qui n'est pas sans rappeler la grande cithare inanga du Rwanda. Ici, l'instrument est accolé à une ou deux calebasses qui servent à la fois de résonateur et d'amplificateur. Les deux nanga sont accompagnées par une demi-calebasse awal frappée avec un petit balai métallique.
-Lokoré
Lorsqu'un garçon rencontre une fille, il n'est pas rare qu'il plaisante avec elle, lui disant par jeu qu'il l'aime, qu'il veut l'épouser, jusqu'au jour où il réalise qu'il en est effectivement tombé amoureux.
-Amone twereko
Ce chant est une sorte d'auto-panégyrique dans lequel Watmon Amone prononce sa propre louange, déclarant qu'il est le meilleur, que c'est pour cela qu'il a été invité à venir jouer en France et que les jaloux ne pourront pas l'empêcher de faire le voyage, dussent-ils recourir au sorcier.
-Labalpiny
Un homme se plaint de son épouse. Il s'est donné bien du mal pour réunir la dot et elle ne lui cause que des désagréments, refusant d'accomplir les tâches ménagères et repoussant sa famille et ses amis.
-Canrac
Où que l'on aille, la pauvreté et les soucis nous collent à la peau.

3- Pièces pour flûte olweto, vièle rigi-rigi et calebasse awal
La flûte olweto est une flûte droite traditionnellement fabriquée en bois ou, aujourd'hui, en métal voire dans un tuyau de plastique. Le rigi-rigi est une vièle monocorde comme on en trouve assez couramment en Afrique orientale. Ces deux instruments sont accompagnés par une demi-calebasse awal frappée à l'aide d'un petit balai de métal.
-Lawiye atuda (tresser les cheveux)
-Anyaka wang ma ioo tua (il faut embrasser cette fille)

4- Chants et harpes adungu
La harpe arquée adungu a été déclinée en ensembles d'instruments de tailles variées, de la plus petite à la plus grande : latin adungu, laduang adungu, lakele adungu et min adungu. Ces harpes accompagnent des chants responsoriaux.
-Awili
Awili est le nom d'une belle jeune fille qui est courtisée par tous les hommes de son village. Mais elle les repousse tous, sauf un qui finalement l'abandonne.
-Nyokdyel
Ce chant raconte l'histoire d'un hibou qui se lamente de devoir vivre la nuit et chasser tout seul. Il demande aux autres oiseaux d'échanger leur tête avec lui, mais tous refusent.
-Itogot
Ce chant dont le titre signifie "gravir une montagne" illustre la vanité du succès. Si l'on est parvenu le premier à accomplir telle ou telle entreprise humaine, le sera-t-on toujours ?
-Pièce moderne
Ce morceau fait partie d'un nouveau répertoire qui a subi l'influence directe de la guitare congolaise, ce qui se sent dans les mélodies et les échelles utilisées. Le chant parle d'un jeune homme qui se lamente car il n'a pas assez d'argent pour payer la dot de la jeune fille qu'il aime et se prépare à partir comme soldat.

Le Festival de l'Imaginaire tient à remercier l'Alliance Française de Kampala et en particulier M. Didier Martin et M. Pierre Bussière.

Contributeurs

Origine géographique

Ouganda

Mots-clés

Date du copyright

2006

Cote MCM

MCM_2006_UG_S1

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Titre Localisation Date Type
Ouganda. Chants et cithare nanga. Musique des Acholi. Photos Ouganda 2006-03-02 Photo numérique
Ouganda. Chants et lamellophones lokeme. Musique des Acholi. Photos Ouganda 2006-03-02 Photo numérique
Ouganda. Pièces pour flûte olweto, vièle rigi-rigi et calebasse awal. Musique des Acholi. Photos Ouganda 2006-03-02 Photo numérique
Ouganda. Vièle rigi-rigi. Musique des Acholi. Photos Ouganda 2006-03-02 Photo numérique
Ouganda. Flûte olweto. Musique des Acholi. Photos Ouganda 2006-03-02 Photo numérique
Ouganda. Calebasse awal. Musique des Acholi. Photos Ouganda 2006-03-02 Photo numérique
Ouganda. Harpe Adungu. Musique des Acholi. Photos Ouganda 2006-03-02 Photo numérique
Ouganda. Musique des Acholi. Vidéos Ouganda 2006-03-03 Vidéo numérique
Titre Localisation Date Type
10e Festival de l'Imaginaire 2006
Titre Localisation Date Type
Ouganda. Instruments de musique des Acholi Ouganda 2006-01-01 Collection d’objet