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Mali. La révolte des rois Dogon face à la colonisation. Colloque

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Évènement

Titre

Mali. La révolte des rois Dogon face à la colonisation. Colloque

Date

2006-11-22

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Colloque, table-ronde

Description de la pratique

22 novembre 2006

Les Hogon, en tant que représentant du pouvoir politique suprême chez les Dogon vont être littéralement pourchassés par le pouvoir colonial. Tous ceux qui refuseront d'abdiquer face aux nouveaux maîtres du pays seront tués ou déportés. En 1930, il n'existera plus de Hogon en tant que dépositaire d'un pouvoir politique en pays dogon. Cette élimination systématique des Hogon caractérise la spécificité du pouvoir politique colonial français au regard des pouvoirs politiques dominants antérieurs. En effet, pour les dogon l'arrivée des français n'inaugure pas le phénomène colonial mais succèdent à deux colonisations antérieures : celle de peuls au début du 18ème siècle mais aussi, et surtout, celle des Toucouleurs à partir de la fin du 19ème siècle. Ces derniers installeront à Bandiagara et en feront la capitale de leur royaume. Ils contrôleront de manière stricte l'ensemble du pays dogon. Néanmoins, la conception de cette occupation territoriale reposait sur une administration indirecte. Le pouvoir central pour contrôler le territoire s'appuyait sur des pouvoirs satellites (à l'est de la capitale, nous pouvons citer la chefferie Diko de Dé et celle de Gougouna Kansay située à Kani-Gougouna). Certes, ces émirats versaient un tribut au Khalifat de Bandiagara. Cependant, ils étaient étroitement associés au pouvoir central et disposaient d'une relative indépendance pour gérer leur territoire respectif. Le pouvoir central leur demandait seulement de prévenir toutes tentatives d'insurrection. Et ces pouvoirs satellites, à leur tour, laissaient une relative indépendances aux territoires dogon qu'ils contrôlaient. Autrement dit, tant que les Hogon ne fomentaient pas d'insurrection, ils conservaient leur pouvoir politique et judiciaire sur leur sujet. D'ailleurs, l'organisation judiciaire mise en place par les Toucouleurs reposera sur une distinction entre la justice pour les musulmans (sharya) et celle pour les non musulmans. Le pouvoir des Toucouleurs et de leurs alliés ne se chargeaient que de la justice des musulmans et laissaient une totale liberté pour les autres. L'entrée des français dans Bandiagara le 29 avril 1893 va bouleverser cet équilibre notamment à partir de 1902, date à laquelle les français administrent directement le territoire. Contrôlant un territoire sans égal jusqu'alors, les français n'ont plus cette nécessité de passer des alliances. Ils unifient littéralement l'ensemble du territoire, monopolisent toute la violence légitime et le règlement des conflits. C'est à ce monopole que les Hogon s'opposeront et c'est cette confrontation qui occasionnera leur disparition. Toutefois, cette particularité de l'impact colonial ne s'oppose pas, par ailleurs, à une continuité dans les pratiques du pouvoir. En effet, nous pouvons nous demander pourquoi seuls les Hogon vont se révolter ? Cela se justifie par le fait que les français vont laisser en place tous les notables de l'ancien royaume toucouleur (les Hogon ne faisaient pas partie de cette notabilité). Ces derniers ne perdent donc pas de pouvoir, ils ne font que changer de 'Prince'. Et ces principes de cour présideront toute la période coloniale française.
En effet, même si le pouvoir colonial, met en place, officiellement, un Etat bureaucratique reposant sur l'égalité inhérente au principe d'anonymat des fonctionnaires (chaque citoyen se rendant auprès d'un personnage n'ayant qu'une fonction, et donc pas d'identité propre, sera traité de la même façon) tout dans les pratiques contredira ces discours. Reposant sur une dualité entre citoyens français (majoritairement blancs et au sommet du pouvoir) et indigènes français (noirs et subalternes) toutes les décisions prises par le pouvoir colonial au nom de l'intérêt public ne pouvaient être, à juste titre, perçues que comme des décisions prises au nom d'intérêt propres, ceux des blancs. Ainsi, tout d'abord, les mesures d'interdiction de séjour qu'ils prennent à l'encontre d'ennemis qualifiés de publics sont plus précisément perçues par la population comme des mesures de bannissement définies comme étant « la déchéance des droits et privilèges d'un prince » (Dictionnaire culturel) pour avoir confronté son pouvoir à un pouvoir supérieur, en l'occurrence ici, celui des blancs. Ensuite, et de manière encore plus flagrante, les privilèges accordés à certains indigènes pour service rendu à l'Etat incarnaient plus précisément les favoris du Prince (exemptions des peines disciplinaires pour certains fonctionnaires indigènes, statut juridique privilégié pour les chefs de canton ainsi que pour tous les indigènes combattant lors de la première et de la seconde guerre mondiale). Enfin, ce pouvoir du Prince se caractérisait principalement par ce qu'il est convenu d'appeler le fait du Prince, c'est-à-dire l'expression d'un pouvoir arbitraire imprévisible. Ces faits du Prince pouvaient faire passer sans raisons apparentes des favoris au statut de banni et réciproquement. Ces figures du Favoris du Bannis déterminés par les Faits du Prince conduisirent donc à la dernière figure constitutive de toute société de cour, le courtisan. De la même manière que sous le pouvoir Toucouleur, il convenait d'être proche du Fama (le roi), il fallait, durant la période coloniale, pour chacun s'approcher le plus possible du Prince Blanc afin d'accroître pour soi son propre pouvoir. A ce propos Hampaté Bâ rapportera que sous la colonisation française la population distinguait quatre classes « celle des blancs -blancs (ou toubabs), qui comprenait tous les européens d'origine ; celle des blancs -noirs, qui comprenait tous les indigènes petits fonctionnaires et agents de commerce lettrés en français, travaillant dans les bureaux et factureries des blancs -blancs qu'ils avaient d'ailleurs tendance à imiter ; celle des nègres des blancs, qui comprenait tous les individus illettrés mais employés à un titre quelconque par les blancs -blancs ou les blancs -noirs (domestiques, boys, cuisiniers, etc) ; enfin celle des noirs -noirs, c'est-à-dire les Africains restés pleinement eux-mêmes et constituant la majorité de la population. C'était le groupe supportant patiemment le joug du colonisateur, partout où il y avait joug à supporter. » (Hampaté Bâ, Oui mon commandant !, Paris, Actes Sud, 1994).


Cédric Touquet,
chercheur associé au Centre d'Etudes des Mondes Africains / CNRS ' Université de Provence

Textes

Origine géographique

Mali

Mots-clés

Cote MCM

MCM_2006_ML_C5

Date du copyright

2006

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