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Espagne. Saetas et cantes mineros. Spectacle

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Évènement

Titre

Espagne. Saetas et cantes mineros. Spectacle

Sous-titre

Curro et Carlos Pinana

Date

2007-03-24

Date de fin

2007-03-25

Artistes principaux

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Musique

Description de la pratique

24-25 mars 2007

Curro Piñana, chant
Carlos Piñana, guitare
Miguel Angel Orengo, cájon et tambor

La voix s'élève, le chant profond, puissant et doux, envahit l'espace, s'infiltre partout, pénètre la peau, émeut l'auditeur et prend possession de ses sens, jusqu'au vertige. Au-delà du cri, au-delà de toute démonstration de force ou de virtuosité, le chant de Curro Piñana pose d'emblée la question de la transcendance du flamenco. Si, avec le grand El Chocolate*, le tragique, la douleur, la blessure étaient portés au summum de leur expression ' cet artiste exceptionnel sublimant, tel nul autre, une douleur, ancienne comme les origines de tout un peuple ' avec Curro Piñana, le chant atteint une dimension mystique.

Ce n'est pas par hasard que Curro Piñana, né à Carthagène (Murcie, Espagne) en 1974 est "entré" dans la musique et dans le flamenco. Il ne pouvait échapper à son destin qui lui réservait une trajectoire particulière. Un destin qui a fait de lui le dépositaire d'un art dont la filiation remonte au très grand Rojo el Alpargatero (1847-1907), père des "cantes de las minas" dont le fils, Antonio Grau, fut au début des années cinquante le maître d'Antonio Piñana, le grand-père de Curro, considéré aujourd'hui comme la référence absolue des cantes de las minas. Il n'est pas inhabituel d'entendre le public de vieux connaisseurs de La Unión, lors du fameux concours du Festival Internacional de Cante de las Minas, apprécier l'interprétation d'un jeune candidat en la comparant à celle de Piñana el abuelo (le grandpère, Antonio) ou à celle d'el nieto (son petit-fils, Curro). D'ailleurs, à ce même concours, Curro rafla plusieurs fois les premiers prix : Premier Prix de Tarantas, en 1993, Premier Prix de Fandangos Mineros en 1996, Premier Prix de Cartageneras et Mineras, Prix spécial Lámpara Minera en 1998. Ce jeune artiste maîtrise parfaitement les règles du chant qu'il interprète en laissant sa forte personnalité artistique s'exprimer, inscrivant ainsi la marque de son style, élégant et déchirant à la fois. Cet amoureux de la littérature croit fermement à l'importance de l'apport de la poésie au cante flamenco. Il a ainsi travaillé à l'adaptation des poèmes du grand mystique Ibn Arabi (Murcie 1165 - Damas 1240) en coplas et enregistré un CD intitulé De lo humano y lo divino. Dans son autre CD, De la vigilia al alba, Curro Piñana développe différents styles avec une profusion de tonalités, où sa voix, riche de nuances, brille avec audace et maîtrise.

Au sein du flamenco, les cantes de las minas sont l'appellation générique donnée à la taranta, au taranto, à la minera, la cartagenera, la murciana et la levantica. Avec la malagueña et la granaina, les cantes de las minas forment un ensemble plus important appelé cantes de Levante ou chants du Levant, en référence au Sud-Est de la péninsule ibérique, c'est-à-dire les provinces actuelles d'Almeria et de Murcia. Tous ces chants sont, du fait de leur structure, proches du fandango andalou, considéré par nombre de théoriciens comme une des formes les plus anciennes ou primitives du flamenco. Leur appellation vient du fait qu'ils sont en relation avec l'activité minière. Ces chants, qui ont évolué parallèlement à l'histoire économique et sociale du Sud-Est espagnol, sont l'expression de la souffrance et de la vie tragique des mineurs qui les emportaient dans leurs bagages partout où ils allaient chercher du travail, dans les mines d'Almeria, de Linares ou de Cartagena-La Unión. Cette fièvre minière ainsi que le rêve d'un enrichissement rapide et facile arrivèrent à Cartagena-La-Unión vers 1840 et s'y maintinrent pendant quelques décennies. En même temps que la région de La Unión se remplissait de mineurs, des tavernes, des auberges et des cafés de cante ont été ouverts à foison : dans la seule rue principale de la petite ville de La Unión, il n'y avait pas moins de 16 cafés cantantes dont certains restaient ouverts de jour comme de nuit, et où l'on consommait plus de cognac que dans n'importe quel autre coin de l'Espagne. Dans ces établissements, les mineurs de Murcia et d'Almeria rencontraient les charretiers, muletiers, marchands, maquignons et autres amateurs de chant qui transportaient, au rythme de leurs pérégrinations, de province en province, les différents styles de chants.

Il semblerait donc que les cantes de las minas se sont développés dans les tavernes et les cafés, probablement à partir de la taranta d'Almeria, et que ce serait vers 1868 que de nouveaux chants comme la cartagenera commencèrent à prendre forme. La pionnière en aurait été une certaine Gabriela, une femme enveloppée de mystère. Petite, brune, belle, toujours vêtue de noir, elle disparut sans laisser de traces en 1885. Il est impossible de citer ici toute la liste de chanteurs dont les vies sont, pour la plupart, auréolées de mystère, qui passèrent par La Unión, s'imprégnèrent de son style de chant et le maintinrent vivant à travers toute l'Espagne.

Mais c'est Rojo el Alpargatero qui est considéré comme le patriarche de ce chant particulier. Ce surnom (le rougeaud fabricant d'espadrilles), Antonio Gruau Mora le doit à la couleur de sa peau (rojo : rouge) et à son métier de fabricant d'espadrilles (alpargatero) à Malaga pendant plusieurs années. Originaire d'Alicante, c'est à Malaga qu'il est initié au flamenco. Il s'installe en 1885 à La Unión puis à Carthagène. Il ouvre une auberge qui devient un café cantante dans lequel se réunissent non seulement tous les chanteurs de la région minière mais aussi de grandes figures légendaires du flamenco comme Fernando de Triana et Don Antonio Chacón, auquel le liait une grande amitié. Le matin, Rojo el Alpargatero écoutait les mineurs qui chantaient sur le chemin de la mine. Lui-même chanteur, il imprime ses nuances stylistiques aux cantes de las minas et en fait ce chant au style vague et mélancolique. C'est grâce à lui que vers la fin du XIXe siècle, un public d'amateurs a pu connaître et identifier les cantes de Levante comme une école ou un genre propre, en particulier les tarantas et cartageneras dont il fixa la forme. Ce musicien-né, qui a contribué plus qu'aucun autre à l'élaboration des cantes de las minas, est décédé à La Unión le 21 avril 1907. Son fils, Antonio Grau Dauset, né en 1885, s'imprègne de l'art de son père et le transmet à Antonio Piñana.
Les cantes de las minas sombrèrent dans l'oubli vers le milieu du XXe siècle, phénomène qui allait de pair avec la crise minière. Cela était aussi dû, sans doute, au fait que les rythmes de ces cantes, dont étaient absents les compas et mélodies faciles, n'avaient rien de commercial. Il en fut ainsi jusqu'à ce qu'en 1960, un grand artiste et connaisseur du flamenco, Juanito Valderrama, donne un concert triomphal à La Unión. Le public ne cessait de lui réclamer ses grands succès qui étaient repris partout. Cette absence de sensibilité « jonda » d'un public qui visiblement ne savait ni apprécier ni défendre les chants de son propre patrimoine l'irrita au plus haut point. Un petit groupe de passionnés prêta l'oreille aux plaintes de Juanito Valderrama et fonda le 1er Festival de Cantes de La Unión, ainsi qu'un concours de chant dont le premier lauréat fut Antonio Piñana, le grand-père de Curro et Carlos.

Dans les cantes mineros, les dialogues intimes entre la voix et la guitare sont de purs moments de grâce. La guitare ne se contente pas d'accompagner la voix ou de la soutenir discrètement, de marquer la cadence. Elle est l'interlocuteur de la voix. Carlos Piñana, dont "la délicatesse expressive est une excellente alternative à la dureté musicale actuelle", possède "un sens très marqué des structures rythmiques pour la composition". Ayant été, comme son frère Curro, immergé dès son enfance dans une ambiance de flamenco - son premier maître fut son père Antonio -, il en a assimilé l'essence et en offre aujourd'hui sa propre vision. En 1988, afin de parfaire sa formation artistique, Carlos Piñana commence ses études de guitare classique au conservatoire de Carthagène, tout en débutant sur scène comme guitariste de flamenco. Malgré son jeune âge, il obtient de nombreux prix dont le Premier Prix et le Bordon Flamenco du Festival de la Unión en 1996, le Premier Prix de guitare de concert « Ramon Montoya » du Festival de flamenco de Cordoue. Créateur, Carlos Piñana s'est intéressé à d'autres musiques que le flamenco et, avec divers groupes qu'il a créés, il a fait des incursions dans des univers musicaux différents. Il a enregistré quatre CD, El cuidado de una essencia (1996), Cal-libiri (1999), Palosanto (2001), Mundos flamencos (2003). Carlos Piñana a aussi composé la musique de plusieurs ballets de danse espagnole ainsi que la musique du film Desnudos de Juan Manuel Chumilla.

Les saetas sont des chants sur la Passion du Christ, interprétés dans toute l'Andalousie lors de la Semaine Sainte. Ils peuvent être construits sur le schéma principal des seguiriya, martinete, debla et carcelera, auquel on peut rajouter une ou plusieurs mélodies, celles-ci n'altérant pas ce schéma principal. Les origines des saetas remonteraient aux stances chantées ou récitées par les Pères Franciscains aux XVIe et XVIIe siècles. Ces vers incitaient les pécheurs à la repentance. Il ne faut pas oublier que nous sommes en Andalousie, et les saetas auraient subi deux autres influences non négligeables : une influence arabe, celle de l'appel à la prière des muezzin et une influence juive, celle des psalmodies dans les synagogues.

Des cantes mineros aux saetas, le passage semble évident pour Curro Piñana, ce jeune artiste doté d'une voix exceptionnelle, une voix qui s'empare de la mélodie et qui la fait onduler en un mouvement sinueux, sans brusquerie aucune, lui faisant parcourir toutes les graduations de l'échelle musicale. Son chant, mélismatique, est tout en pureté, sobriété, une arabesque envoûtante qui touche l'essence de l'être.
Arwad Esber


*Le Festival de l'Imaginaire avait accueilli en 2000, lors de sa 4e édition, le grand El Chocolate, qui avait
alors donné un concert inoubliable au Théâtre Équestre Zingaro.


Sources sur l'histoire des cantes mineros : José Ortega Castejón, Francisco Celdrán Sánchez,
Departamento de Ciencias Sociales del I.E.S. Sierra Minera


Programme :
SAETAS
Marchenera
Cristo de los Toreros
Cuartelera y de Pasión
Debla
Cristo de los Mineros
Cristo de la Columna
Nazareno y Tona
Arboleas
Virgen de las Dolores
Cristo Crucificado
Descendimiento
Piedad
Yacente y Tona del Cristo
Soledad y Martinete


CANTE MINERO
Mineras del Rojo Padre
Fandangos Mineros
Mineras del Rojo Hijo
Levantica
Cartagenera del Rojo
Murciana del Cojo de Malaga
Taranta de Cartagena
Cantes de Pedro el Morato
Taranta Cante Matriz
Cantes del Pajarito
Cantes de Madruga

Origine géographique

Espagne

Mots-clés

Cote MCM

MCM_2007_ES_S1

Date du copyright

2007

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Espagne. Saetas et cantes mineros. Vidéos Espagne 2007-03-24 Vidéo numérique
Espagne. Saetas et cantes mineros. Photos Espagne 2007-03-24 Photo numérique
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11e Festival de l'Imaginaire 2007