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Pakistan. Mehr Ali et Sher Ali qawwals, chants soufis. Spectacle

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Évènement

Titre

Pakistan. Mehr Ali et Sher Ali qawwals, chants soufis. Spectacle

Date

2009-04-08

Date de fin

2009-04-10

Artistes principaux

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Musique

Description de la pratique

08-10/04/2009

Avec Sher Ali, chant
Mhr Ali, chant et harmonium
Jamal Akbar, chant et harmonium
Ejaz Ali, chant
Muhammad Fazal Rasool, Fateh Ali, Maqsood Hassan, Sharafat Ali, choristes
Qamar Ali Qamar, tabla

Mercredi 8 avril à 20h30
Jeudi 9 avril à 20h30
Vendredi 10 avril à 20h30
Maison des Cultures du Monde

in memoriam Adam Nayyar

Le qawwali est une des manifestations les plus spectaculaires du sama, le concert spirituel soufi, et aussi l'un des plus beaux exemples de fusion culturelle, poétique et musicale dans le monde de l'islam.
Chassés des grandes cités de la route de la soie par l'invasion des hordes mongoles, nombre de savants, de mystiques, de poètes et de musiciens trouvèrent refuge à partir du XIIIe siècle dans le sous-continent indien. Leur rencontre avec les cultures de l'Asie du sud se traduisit par une fusion musicale, poétique et philosophique qui donna naissance à de nombreux genres, notamment le qawwali.
Une des figures majeures du qawwali est Amir Khusrau (1253-1325) que la tradition tient pour son inventeur (on lui attribue aussi l'invention du genre khyal et des tabla). Mystique, poète, danseur, musicien, Amir Khusrau était le fils d'un guerrier noble d'une tribu turque d'Asie centrale qui avait fui l'invasion mongole et de la fille d'un Rajpout de l'Uttar Pradesh devenu ministre du sultanat mamlouk de Delhi. L'oeuvre d'Amir Khusrau, composée en persan et dans les diverses langues de l'Inde du nord, illustre bien ce dialogue musical et philosophique qu'entretinrent l'islam et l'hindouisme dans cette région.
L'origine étymologique du terme qawwali est le mot arabe qawl : la parole, le dit, la profession de foi. Le qawwali se caractérise par la dimension plurilinguistique et polyculturelle d'un corpus de textes poétiques interprétés sur une base musicale essentiellement nord-indienne. Il s'inscrit dans ce que l'anthropologue Adam Nayyar a défini comme un « islam populaire », syncrétisme de pratiques et de croyances où la musique, la danse, les couleurs et les parfums jouent un rôle de premier plan.
Dans l'Asie du sud musulmane, il est d'usage de commémorer chaque année la mort des saints soufis. Ces cérémonies ont lieu près du sanctuaire du saint et se déroulent dans la joie car celui-ci n'est pas mort, il a simplement quitté son enveloppe charnelle pour se fondre en Dieu. Cette union est célébrée pendant un jour et une nuit par le chant et la danse dans un décor de lumières, de guirlandes de roses et de jasmin, de fumées d'encens et de bois de santal et des plateaux chargés de sucreries. Ces urs, littéralement « noces » pour bien indiquer le mariage du saint avec la divinité, sont le lieu privilégié de la pratique du qawwali. Les qawwals y rencontrent un public de connaisseurs et les débutants y tentent leur chance.
Tous ceux qui participent à un urs sont animés du désir de devenir « Un » avec l'objet de leur amour, la nature du coeur étant, pour eux, intuitive et non pas émotionnelle ou intellectuelle. Cette expérience extatique est souvent décrite comme l'envol d'un oiseau.
Chaque séance de qawwali forme donc une expérience unique, impossible à reproduire, car elle dépend tout autant du public que des qawwals, ceux-ci ayant pour mission de trouver dans les textes et la musique ce qui fera vibrer la fibre spirituelle de leur auditoire, ce qui le transformera en une gigantesque caisse de résonance. Ce dialogue est essentiel. Lorsqu'une pièce ou une phrase allument le public, les qawwals s'attachent alors à l'élaborer, à la travailler par des développements et des variations toujours plus complexes, selon une technique de répétition créative qui prend la forme d'une spirale montante. Il en va de même pour les textes. Si le poème principal de chaque pièce peut être attribué à tel ou tel maître soufi, il revient aux qawwals de l'enrichir, de l'expliciter par l'introduction d'autres éléments poétiques appelés girah (noeud).
Cette interaction entre qawwals et public agit également sur le choix des pièces, le programme du concert n'est donc pas fixé à l'avance. Les seules pièces imposées sont le hamd (hymne à l'Éternel), le qaul et le rang. Le qaul est une composition d'Amir Khusrau dont le texte s'inspire d'une parole du Prophète. Il est considéré comme l'hymne rituel de la Chishtiya, ordre soufi majoritaire au Pakistan et en Inde du nord. Le rang qui marque la fin de la cérémonie est également une pièce d'Amir Khusrau dans laquelle sont nommés les principaux saints soufis de la Chishtiya, les musiciens et l'assistance se lèvent alors en signe de respect. Entre les deux, les qawwals interprètent une série de poèmes chantés entre lesquels peut venir s'insérer une pièce de danse mystique au rythme très marqué, comme le dhamal.
L'ensemble de qawwals, exclusivement masculin, se compose d'un chanteur principal, de chanteurs solistes qui lui répondent, d'un choeur, d'harmoniums et d'un percussionniste.
Les frères Mehr Ali et Sher Ali appartiennent à une lignée musicale dont l'origine est l'école de musique classique hindoustanie de Talvandi. Leur père, Badriddin Khan était à la fois qawwal et chanteur à la cour de la petite principauté Sikh de Patiala, dans le Penjab indien.
Les frères sont nés juste après la Partition, dans la ville de Kasur ' la ville du poète mystique Bulleh Shah ' où ils ont reçu une éducation musicale classique. Aujourd'hui, ils vivent à Faisalabad, seconde ville du Penjab après Lahore.
Mehr Ali et Sher Ali sont rattachés à l'ordre soufi Chishti-Faridi, un rameau de la Chishtiya. Ils appartiennent à cette école du qawwali que l'on appelle Panjabi ang et qui se caractérise par l'emploi de plusieurs langues : un vers en persan, un autre en arabe, une partie d'un autre en penjabi ou encore en urdu.
L'ensemble est dirigé par les deux frères. Sher Ali est le chanteur principal. De sa voix puissante et mélodieuse, il lance la parole qui est reprise par son frère Mehr Ali, son fils Ejaz Ali et Jamal Akbar qui la développent mélodiquement, l'enrichissant de magnifiques ornementations.
Lucia Nayyar
d'après des textes d'Adam Nayyar


8 avril 2009
L'ensemble de Mehr Ali et Sher Ali propose, selon les situations, des « couleurs » de sama' différentes : chishti en référence à l'ordre soufi de la Chishtiyya (propagée à partir d'Ajmer au Rajasthan par Hazrat Mo'inuddin Chishti au XIIe siècle), qâderi (Qâderiyya fondée au XIe siècle par Moulay Abd al Qadir al-Jilani dont le sanctuaire est à Bagdad) ou qalandari (Qalandariyya fondée à Damas par Djamal Muhammad ibnYunus al-Safidji en 1219).
Cette soirée sera à dominante chishtie.

Qaul : Man Kunto Maula (Amir Khusrau). Je suis le guide. Hommage à l'imam Ali.
Je suis de Haider, un intoxiqué
et un mystique brûlant.
Je suis l'esclave de Ali Murtaza.
Je suis le roi de tous les buveurs.
Je suis le guide des fervents de la sagesse.
Et le chien des rues du Lion.
Je suis le guide.
Après moi, Ali est le guide'

Naat. Hommage au prophète Muhammad.

Kalam : Kon aya pehen libas kurhe (Bulleh Shah, XVIIe siècle). Qui est là, revêtu de ces vêtements ? Image de l'apparition divine sous forme humaine.

Ghazal : Bayare ishq men apna maqam paida kar (Allama Iqbal, XXe s.). Dans ce monde de la passion, tâche de faire ta place.

Dhamal Lal Shahbaz Qalandar (Anonyme). Danse extatique du faucon rouge.
Ô Faucon Rouge, Maître Rouge,
Protège mon honneur, Maître Rouge dansant,
Faucon du Sindh, de Sehwan,
Respire, maître de l'ivresse,
Chaque souffle est Ali.
Puissent tes quatre lampes brûler éternellement,
J'allumerai la cinquième. / Refrain
Sous ton sanctuaire élevé, Maître,
S'écoule la rivière'

Rang (Amir Khusrau) ' L'assistance sera priée de se lever.
Oh, lampes d'argile, écoutez ce que je dis.
La couleur emplit la maison de mon Roi,
Il veille toute la nuit.
Il y a de la couleur aujourd'hui
dans la maison de mon bien-aimé.
J'ai trouvé mon maître, Nizam ud Din Auliya,
J'ai trouvé mon maître, Farid ud Din Auliya,
J'ai trouvé mon maître, Qutub ud Din Auliya,
J'ai trouvé mon maître, Muin ud Din Auliya'


9 avril 2009
La couleur choisie pour ce concert est qâderi. Le qaul initial est donc remplacé par un hamd et un naat et le kalam par une qasida.

Hamd. Chant de louanges à Dieu.

Naat. Chant de louanges au prophète Muhammad.
Qasida de Mawla Ali. Long poème de louanges à l'imam Ali.

Kafi de Bulleh Shah (XVIIe siècle). Forme soufie originaire de la province du Sindh dans laquelle le saint soufi Bulleh Shah composa de nombreux poèmes.

Ghazal. Les poèmes de ces cinq pièces seront choisis selon l'inspiration des qawwals.

Dhamal Lal Shahbaz Qalandar (Anonyme). Danse extatique du faucon rouge.

Rang d'Amir Khusrau ' l'assistance sera priée de se lever .


10 avril 2009
La couleur choisie pour ce concert est qalandari. Le concert ne se termine donc pas par un rang mais par le dhamal, pièce emblématique des qalandari au Pakistan.

Qaul : Man Kunto Maula (Amir Khusrau)
Je suis de Haider, un intoxiqué
et un mystique brûlant.
Je suis l'esclave de Ali Murtaza.
Je suis le roi de tous les buveurs.
Je suis le guide des fervents de la sagesse.
Et le chien des rues du Lion.
Je suis le guide.
Après moi, Ali est le guide'

Naat. Chant de louanges au prophète Muhammad.

Kalam : Chaap tillak sab tchin (Amir Khusrau)
Le voile du Messager a été teint des mains du Seigneur.
Celui dont le voile a été teint a eu une destinée heureuse.
Quand nos regards se sont croisés, j'ai arraché mes pendentifs, le sommeil m'a abandonné.
Une seule oeillade, fugace, et tout fut dit.
Tes couleurs m'éblouissent, Ô Bienaimé !
Prends ce que tu veux et fais-en de la couleur.
Prends même ma jeunesse en gage.
Quand nos regards se sont croisés, tu m'as teint de tes couleurs.
Quand nos regards se sont croisés, tes yeux tirèrent des flèches.
Tu m'as fait boire une eau-de-vie distillée dans l'alambic de l'amour.
Mon voile est le turban du Bienaimé.
Quand nos regards se sont croisés, tu m'as rendu fou.
Auprès de Nizam, Khusrau n'est rien
Quand nos regards se sont croisés, ce furent mes noces.

Kalam : Kon aya pehen libas kurhe (Bulleh Shah, XVIIe siècle). Qui est là, revêtu de ces vêtements ?

Chant penjabi : Allah jane re mahi. Allah seul connaît le secret tapi dans le coeur du bienaimé.

Dhamal : Lal Shahbaz Qalandar (Anonyme). Danse extatique du faucon rouge.

Ces soirées sont l'occasion de rendre hommage à la mémoire d'un vieil ami, l'anthropologue pakistanais Adam Nayyar auquel la Maison des Cultures du Monde doit ses plus belles programmations de qawwali.

Contributeurs

Origine géographique

Pakistan

Mots-clés

Date du copyright

2009

Cote MCM

MCM_2009_PK_S1

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