Ressource précédente
Ressource suivante

Italie. I cantori di bagheria, Sicile. Spectacle

Collection

Type de document

Évènement

Titre

Italie. I cantori di bagheria, Sicile. Spectacle

Sous-titre

Le chant de la fierté

Date

2012-03-31

Date de fin

2012-04-01

Artistes principaux

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Musique

Description de la pratique

En partenariat avec le Théâtre de la Ville
Samedi 31 mars au Théâtre de la Ville/Théâtre des Abbesses, Paris
Dimanche 1er avril à 17h
Maison des Cultures du Monde, Paris 6e

avec :
Eugenio Donato
Melchiorre Di Salvo
Gino Provenzano
Giovanni Di Salvo
Giuseppe Testa

Chaque Sicilien a chez lui une petite charrette en miniature. Pour l'émigré, elle a fini par symboliser son voyage, ou celui de ses parents, et à ce titre jamais il n'oserait s'en séparer.
Et pourtant, derrière cette anachronique petite charrette multicolore se cache une tradition ancestrale qui révèle une dimension toute autre. Quiconque voyage en Sicile rencontrera inévitablement un morceau ou un autre de ces charrettes qui, il n'y pas si longtemps encore, parcouraient par milliers les routes de l'île : ici une roue accrochée à un mur, là un panneau peint de scènes tirées de La Storia dei Paladini di Francia (ouvrage de G. Lodico publié dans la seconde moitié du XIXe siècle à Palerme, véritable " Bible " dont ont été tirés de nombreux récits de contastorie et source d'inspiration des peintres de charrettes). Lors de certaines occasions,
l'on pourra croiser une sfilata (défilé) de dizaines de charrettes rutilantes et bariolées, tirées par des chevaux empanachés où, en signe de protection, prédomine le rouge. Parfois un charretier pousse une chanson dans un mégaphone qui déforme sa voix et lui donne ce côté hurleur qu'elle n'a pourtant pas. On peut cependant deviner une mélodie sinueuse, des textes d'une rare poésie, qui reflètent un héritage original, à l'image de ce pays dont la culture est à la croisée des chemins entre Europe et Afrique et entre Orient et Occident.
Pour bien les écouter, il faudrait les suivre lorsqu'ils se retrouvent entre eux dans leurs joutes poétiques chantées comme au temps du funnacu, cette auberge des charretiers qui participe d'un patrimoine méditerranéen particulier, allant du pandocheion de la Grèce antique au fondaco de l'Italie, en passant par le funduq du monde arabe. Accueillant à la fois les marchands, leurs marchandises et leurs bêtes, ce type d'auberge était l'un des espaces d'échanges et de rencontres fondateurs d'une culture euro-méditerranéenne. C'est là que les charretiers siciliens se restauraient, souvent d'une assiette de pâtes alla carrittera (servie avec une sauce à l'ail et à l'huile), qu'ils échangeaient les dernières nouvelles, les prix du marché, buvaient un verre de vin, et chantaient. Qui se souvient des chants de charretiers siciliens ? Ils ont pourtant survécu, transmis de génération en génération, pour arriver jusqu'à nous, intacts, prêts à être rappelés au monde.
Qui sait ce qu'il adviendra de la canzuna a la carrittera ? Les charrettes ne roulent plus que pour les sfilate, le métier a disparu. Sur les routes, on n'entend plus chanter les charretiers à la tombée de la nuit. Les héritiers de cette tradition sont des hommes fiers qui revendiquent leur culture avec ténacité, qui savent que leur patrimoine est noble et irremplaçable. Nous sommes convaincus que ces chants reprendront vie, qu'ils seront une contribution de l'âme sicilienne à un monde ouvert à toutes les cultures et où chacun doit partager le meilleur de lui-même.

Le corpus poétique
Les charretiers chantent une forme de poésie qui est propre à la Sicile: l'ottava siciliana. Il s'agit d'un ensemble de quatre distiques de 11 pieds (endécasyllabes), et historiquement la première forme de poésie à rime alternée en 'langue italienne' (bien qu'il s'agisse plus précisément de siculo-provençal). Cette forme poétique est apparue à Palerme au XIIIe siècle, à la cour de Frédéric II de Hohenstaufen, dans le cadre d'une scuola siciliana fondamentale. On y traduisait en sicilien de nombreux poètes arabes de Sicile, élaborant dans cette nouvelle langue un corpus qui servit indubitablement de modèle aux poètes toscans, notamment Dante Alighieri.
L'ottava siciliana rythme la Sicile à travers dictons, proverbes, prières paraliturgiques, contes, épopées, tous transmis de manière orale jusqu'à nos jours. Le poème chanté par le charretier est élaboré de manière strictement fidèle à cette forme. Bien qu'il ait pu être en partie improvisé, il s'agit aujourd'hui d'un répertoire de textes classiques connus par les meilleurs chanteurs et qui évoquent, à travers des métaphores de toute beauté la femme, l'amour impossible, la séparation et la trahison (amore, gelosia, spartenza e sdegno). Parfois est évoqué avec une certaine âpreté le métier de charretier, et avec fierté le rapport au cheval, compagnon de toutes
les routes.
La grandeur d'un charretier dépend de la famille à laquelle il appartient. Il existe des généalogies de grands charretiers historiques (nous en avons quelques représentants ce soir), dont les faits et gestes sont toujours évoqués lors des réunions. La valeur du cheval et la beauté de la charrette y contribuent aussi. Dans un monde rural de paysans sans terre qui ne possédaient que leurs bras, le charretier, propriétaire de son cheval et de sa charrette, passait pour riche.
Mais il était surtout apprécié pour ses connaissances poétiques et sa cadenza, cette faculté de mener son chant avec précision. Il s'agit d'un chant a voce lunga, la voix commence dans le haut du registre, pour effectuer à travers de subtils mélismes des dessins mélodiques qui doivent absolument respecter la cadence du texte, pour l'amener, dans le dernier quart du dystique, à une résolution magistrale vers la note fondamentale. Si la cadence est juste, la confrérie approuve par un sta bene sonore. À la fin du chant, le chanteur ajoute un distique pour désigner le chanteur suivant qui devra obligatoirement lui 'donner réponse', c'est-à-dire choisir un texte s'inscrivant dans la même thématique.
Pierre Vaiana

LES INTERPRÈTES
Eugenio Donato, né en 1980, chanteur de la tradition palermitaine, est le petit-fils de Salvatore Celano, charretier et grand chanteur historique, mort en 2008. Eugenio exerce la profession de sellier. Il élabore des accessoires pour les cavaliers et les charrettes.
Melchiorre Di Salvo, né en 1963, est le fils d'Andrea Di Salvo tavernier de Bagheria chez qui se réunissaient les charretiers et se tenaient les joutes chantées. Ce 'figlio d'arte' de Mariano Buzzato, charretier de Palerme, est artiste peintre et sculpteur. Il joue aussi de la cornemuse zampogna.

Gino Provenzano, né en 1940, est fils de charretier et charretier lui-même. Il émigre aux Etats-Unis dans les années 60, et y ouvre plusieurs pizzeria. Après une vingtaine d'années, il abandonne tout pour retourner à Bagheria et y retrouver son métier de charretier qui avait malheureusement disparu.

Giovanni Di Salvo, né en 1983, apprend à chanter en 1999 en écoutant les enregistrements de son grand-père, le charretier Domenico Lanza, enregistré par Alan Lomax (il figure sur le disque Italian Treasure: Sicily) et le Folk Studio de Palerme. Giovanni enregistre son grand-père et apprend tout son répertoire. Il organise le premier concours de chants de charretiers avec Melchiorre Di Salvo. Il travaille avec Girolamo Garofalo, Elsa Guggino de l'Université de Palerme, et Pierre Vaiana sur plusieurs disques de rencontre entre jazz et musiques siciliennes.

Giuseppe Testa, né en 1989, est issu d'une famille de grands chanteurs. Il est le petit-fils de Michelangelo Testa, un des plus grands chanteurs de Bagheria. Il a appris le répertoire et a forgé son propre style auprès de son père Ignazio, qui maîtrise un grand répertoire de chansons.
Plusieurs femmes de cette famille sont également chanteuses et témoignent de rares exemples du répertoire exclusivement féminin.


Ces chanteurs figurent sur un disque enregistré en situation à Bagheria : Canzuna a la carrittera publié par Fonti Musicali (FMD 230). Ce CD est disponible à la sortie du concert.

La Maison des Cultures du Monde tient à remercier tout particulièrement :
Monsieur Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre de la Ville
et Monsieur Jack Erwan, conseiller artistique au Théâtre de la Ville
Monsieur Pierre Vaiana
Monsieur Claude Flagel


Fazzu lu cantu ri la Franculina
par Giuseppe Testa

Vinni a cantari ca fu chiamatu'
par Giovanni Di Salvo

Nta sta vanedda tegnu na rosa
par Eugenio Donato

Nun mi la scordu no la Parchitana
par Melchiorre Di Salvo

Vinni a cantari cca mannatu appuosta
par Gino Provenzano

Abbanniate
Cris des vendeurs de rue.

Jeu du Tocco
Ce jeu de nombres, où l'on additionne les chiffres que chacun a indiqués avec ses doigts, désigne deux personnes. Ensuite, celles-ci décident qui va boire et qui ne boira pas, l'objectif étant de saoûler les uns et de priver les autres.

Tegnu lu cori quantu na nucidda
par Giovanni Di Salvo et Melchiorre Di Salvo

Assira ci passavu ri l'amuri
par Giuseppe Testa et Gino Provenzano

A Munti Piddirinu c'e na rosa
par Eugenio Donato

Palumma chi voli mari mari

Contributeurs

Origine géographique

Italie

Mots-clés

Date (année)

2012

Cote MCM

MCM_2012_IT_S1

Ressources liées

Filtrer par propriété

Titre Localisation Date Type
Italie. I cantori di bagheria, Sicile. Vidéos Italie 2012-04-01 Vidéo numérique
Italie. I cantori di bagheria, Sicile. Photos Italie 2012-04-01 Photo numérique