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Inde. Yakshagana Gombeyata. Marionnettes à fils du Karnataka. Spectacle

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Évènement

Titre

Inde. Yakshagana Gombeyata. Marionnettes à fils du Karnataka. Spectacle

Date

2012-04-06

Date de fin

2012-04-09

Artistes principaux

Direction artistique

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Marionnettes, théâtre d’ombres

Description de la pratique

Vendredi 6 et samedi 7 avril à 20h30
Dimanche 8 et lundi 9 avril à 17h
Maison des Cultures du Monde, Paris 6e

Marionnettes à fils du Karnataka
Troupe de Yakshagana Gombeyata d'Uppinakudru
Sous la direction de Bhaskar Kogga Kamath, maître de marionnettes
Bhaskar Kogga Kamath, maître de marionnettes
Hemmady Dinaker Bhat, marionnettiste
Nagesh Uppinakudru Pai, marionnettiste
Vishwanatha Shanubhag, marionnettiste
Manjunath Mypadi, marionnettiste
Narayana Billava, narrateur-dialoguiste
Rama Balegar, narrateur-dialoguiste
Venkata Ramana Bhat Ganapathi, bhagavata
Nagoor Mahabaleshwar Shet, tambour maddale
Shankara Hallady Mogera, tambour chenda
Ratnakar Pai Mailody, harmonium shruti
Le yakshagana ou chant des êtres célestes est à l'origine un drame musical et dansé du Karnataka, en Inde du sud. Cette forme de théâtre traditionnel jouée par des acteurs-paysans s'est forgée vers le XVIe siècle à partir d'une double origine : le culte des bhuta, divinités agraires, dont les acteurs ritualistes revêtaient des costumes et des ornements féminins et se couvraient le visage d'un épais maquillage jaune et ocre et l'art des yakkadigaru, musiciens-conteurs itinérants.
Au XVIIIe siècle, pour permettre à ceux qui n'avaient pas les moyens d'inviter une troupe d'acteurs de présenter un spectacle de yakshagana, trois frères de la famille Kamath, installée depuis une génération dans le village d'Uppinakudru, créèrent une version pour marionnettes à fils, le yakshagana gombeyata. Au début du XXe siècle, on ne comptait pas moins d'une trentaine de troupes dans le seul district de Dakshina Kannada.
Dans les années cinquante, le yakshagana gombeyata faillit disparaître et fut revivifié par Devanna Padmanabha Kamath. Celui-ci initia son fils, Kogga Kamath, à la manipulation, la musique, la danse et la sculpture des poupées. Avant de mourir, le grand-père de Bhaskar
Kamath fit venir son fils, Kogga, et ses amis et leur dit : "Donnez à votre art le meilleur de vous-même. Il vous exaltera. Il vous montrera la valeur de la vie. Ne soyez pas mesquins mais réclamez qu'il vous nourrisse et qu'il vous habille".
Pourtant en 1977, la troupe faillit de nouveau disparaître. Invités l'année suivante par le Festival des Arts Traditionnels de Rennes pour deux grandes tournées européennes, où ils eurent notamment l'occasion de jouer devant la reine des Pays-Bas, ces modestes artistes ruraux reçurent à leur retour au Karnataka les encouragements des autorités indiennes et purent ainsi continuer à faire vivre cette tradition. Quelques années avant sa mort en 2003, Kogga Kamath confia la direction de sa troupe à son fils Bhaskar. Une tâche dont il s'acquitte avec un dynamisme remarquable. Avec sagesse et pragmatisme, il concilie la préservation d'une tradition avec les
contraintes économiques du monde contemporain.

La troupe est dirigée par le maître de marionnettes, le suthradhara. Au fil des générations, chacun a apporté des améliorations techniques aux poupées et à leur manipulation. Kogga Kamath, en son temps, avait affiné la sculpture des têtes, des coiffes et des visages et ajouté une articulation aux chevilles afin de rendre les mouvements de danse plus fluides. Bhaskar Kamath, quant à lui, s'est lancé dans l'animation des lèvres et des yeux pour donner plus de vie aux visages et a introduit dans la troupe un bestiaire drôlatique et virtuose.
La musique et la danse occupent une place prépondérante dans cette forme dramatique et c'est avec une grâce et une virtuosité étonnantes que les marionnettes dansent sur la scène au rythme des tambours, sautent à cheval, volent dans les airs ou combattent à l'épée ou à la lance.
Les marionnettes finement sculptées mesurent entre 40 et 80 cm de hauteur et pèsent en moyenne 7 à 8 kilos. Certaines grandes marionnettes animalières, comme l'éléphant, peuvent peser jusqu'à 30 kilos. Elles sont animées par des fils dont les extrémités sont d'un côté fixées aux articulations (chevilles, genoux, hanches, épaules, coudes, poignets, cou et tête) et de l'autre rassemblées sur deux courtes tiges de bois que le manipulateur tient dans ses mains. Les costumes, les ornements, le maquillage sont les répliques de ceux du yakshagana d'acteurs. Ces marionnettes représentent bien sûr les personnages de la pièce, mais ce peuvent être aussi des éléments de décor, des accessoires, des animaux' Elles évoluent sur une petite scène équipée d'un rideau de fond, de pendrillons et d'une frise, de manière à dissimuler les marionnettistes. Autrefois, ceux-ci récitaient ou improvisaient aussi les dialogues mais aujourd'hui la manipulation de plus en plus complexe des marionnettes requiert toute leur attention et les dialogues sont confiés à deux narrateurs.
Un chanteur, le bhagavata, plante le décor du récit et exprime poétiquement les sentiments des protagonistes. Il est soutenu par un harmonium shruti tandis que deux tambours : un chande battu avec des baguettes et reconnaissable à ses sonorités crépitantes et un maddale frappé à mains
nues, rythment de bout en bout le déroulement de la représentation.
Le répertoire puise dans les épisodes picaresques des deux grandes épopées de l'hindouisme, le Râmâyana et le Mahâbhârata, ainsi que dans les Purâna, légende dorée de la mythologie hindoue.


La pièce :
Choodamani - Lanka Dahana. Le joyau et l'incendie de Lanka.
Le Râmâyana est une des deux grandes épopées de langue sanskrite et un texte fondamental de l'hindouisme. Sa composition, attribuée à Valmiki, daterait de la fin du IIe siècle avant J.-C. Le Râmâyana raconte la geste de Râma, prince héritier d'Ayodhya et son périple à la recherche de son
épouse Sita, enlevée par le démon Ravana, roi de Lanka.
L'épisode présenté ici est extrait du Chant V. Râma a sollicité l'aide du roi des singes, Sugriva. Des armées de singes sont envoyées aux quatre points cardinaux pour retrouver Sita. On apprend que Ravana la tient enfermée dans son palais de l'île de Lanka. D'un bond, le singe Hanuman franchit la mer et retrouve Sita, amaigrie et prostrée. Mais le bruit qu'il fait alerte les gardes du palais.
Après bien des péripéties, il parvient à leur échapper en provoquant avec sa queue enflammée un gigantesque incendie.
La représentation sera suivie d'une démonstration des techniques de manipulation des marionnettes.

Les marionnettes Yakshagana du Karnataka, un exemple de sauvegarde du Patrimoine Culturel Immatériel par Chérif Khaznadar.
En 1977, lors de l'un de nos voyages de prospection en Inde pour le Festival des Arts Traditionnels de Rennes, nous étions, Françoise Gründ et moi au Karnataka avec un ami journaliste passionné d'arts traditionnels, K. S. Upadhyaya. Il nous apprit qu'il y avait dans cette région une
seule troupe qui présentait des spectacles de marionnettes yakshagana gombeyata et qu'elle venait de céder l'ensemble de ses marionnettes à un fonctionnaire venu de Delhi pour récupérer ces marionnettes trop belles pour être perdues dans un petit village du Karnataka, aux fins de les mettre dans un musée. Je voulais en savoir plus et harcelais notre ami de questions. Il nous proposa alors d'aller voir le maître des marionnettes dans son village tout proche. Nous partîmes donc, en pleine nuit, vers le village de Uppinakudru dans le Kundapura Taluk du district de Dakshina Kannada, pour rendre visite à Kogga Devana Kamath.
Bien qu'il n'eût que 56 ans, Kogga Kamath paraissait beaucoup plus âgé et surtout très fatigué, l'air las. Il nous reçut, sans paraître étonné de notre arrivée aussi tardive qu'intempestive, dans son très modeste logis et K. S. Upadhyaya lui expliqua notre intérêt pour les marionnettes. Il tira alors vers lui une petite caisse de bois, le seul meuble pratiquement de la pièce, l'ouvrit et en sortit deux marionnettes, les seules qui lui restaient car, ébréchées, elles n'avaient pas été retenues pour aller au musée. Il envoya son fils chercher à travers le village ceux qu'il trouverait de sa troupe et, dans cette attente nous raconta son histoire.
Il y avait, dans la région, au début du XXe siècle plusieurs troupes de marionnettes à fils. Toutes avaient disparu, la seule qui avait survécu était celle de sa famille qui pratiquait cet art depuis le XVIIIe siècle, se transmettant les marionnettes et les techniques de jeu de père en fils ou d'oncle à neveu. La famille Kamath n'avait jamais été riche, au contraire, elle tirait le diable par la queue, les marionnettes étant plus une passion qu'un gagne-pain car, jusqu'à récemment, le public ou les "patrons" qui commandaient les spectacles ne payaient qu'en nature : des noix d'arec le plus souvent ou des tissus qui, lorsqu'ils étaient de soie ou brodés de fils d'or et d'argent servaient aussitôt à confectionner des vêtements encore plus beaux pour les marionnettes.

Passion donc, fidélité à une tradition familiale mais aussi rôle social car les marionnettes étaient demandées et redemandées par les enfants et les adultes, et la famille Kamath se devait de répondre à la demande des gens du village et depuis quelques années de ceux de la région et
du district. Kogga Kamath avait appris à sculpter les marionnettes. Il en profita pour introduire quelques aménagements et améliorations à ses marionnettes. Celles qui avaient une coiffe de paille et de tissu se virent désormais sculptées dans une seule pièce de bois la coiffe faisant partie de la tête. Son père Devanna avait introduit des articulations aux genoux et aux coudes ce qui rendait les mouvements des membres plus souples et plus réalistes. Il en introduit aux chevilles. Il aménagea également le castelet en remplaçant les torches par des ampoules électriques.
Ses marionnettes étaient si belles qu'un fonctionnaire zélé voulut sauvegarder ce patrimoine et il le mit au musée. Quelques villageois nous avaient entre temps rejoints, ils s'installèrent avec leur harmonium et les percussions dans la même formation musicale que celle du yakshagana
pour acteurs et Kogga Kamath nous joua avec ses deux marionnettes éclopées et rescapées une scène de quelques minutes. Quelle merveille, quel enchantement, jamais nous n'avions vu en Inde de marionnettes aussi belles, aussi bien manipulées, aussi vivantes, et pourtant elles avaient pratiquement disparu.

Je demandais à Kogga Kamath pourquoi il ne refaisait pas, une fois encore, son théâtre. Il me dit qu'il devenait vieux, fatigué et que cela lui demanderait plusieurs mois si ce n'est des années car il devait travailler pour gagner sa vie et il avait trouvé un emploi de facteur qui lui prenait tout son temps. Le coeur serré d'avoir été vraisemblablement les derniers témoins d'un jeu de marionnettes de yakshagana nous quittâmes Kogga Kamath.

Dès le lendemain, je proposais à K. S. Upadhyaya le plan suivant : je lui remettrais l'équivalent de six mois de salaire de Kogga Kamath et quelques frais en plus pour que le maître des marionnettes puisse refaire son théâtre ou tout du moins le nombre de marionnettes nécessaires à
une représentation. Si le délai était tenu, j'inviterais la troupe au Festival des Arts Traditionnels de Rennes.
Le 6 mars 1978 la troupe de marionnettes de yakshagana surprenait, étonnait et ravissait le public rennais. Après toute une série de représentations à Rennes, la troupe poursuivit ses représentations, entre autres à Amsterdam au Festival de Hollande et à l'Institut des Tropiques, à à Berlin à l'Institut de musicologie comparée et dans d'autres villes d'Allemagne.

Ce même réseau que nous avions créé, le Extra European Arts Committee, composé de directeurs d'institutions souhaitant promouvoir en Europe les arts traditionnels extra-européens, organisa, à l'initiative cette fois de son membre hollandais Frans de Ruyter, une nouvelle tournée en novembre 1978, tournée qui commençait à nouveau à Rennes mais qui passait par le palais royal de Hollande où les marionnettes jouèrent pour la reine. Durant ces deux tournées K. S. Upadhyaya qui en bon "patron" veillait sur ses enfants et s'était occupé de toute l'organisation et la logistique en Inde, accumulait des témoignages, des articles, il demandait aux ambassadeurs ou conseillers culturels indiens qui venaient assister aux représentations des lettres indiquant le triomphe des marionnettes partout où elles passaient.
De retour en Inde son métier de journaliste lui permettait de diffuser tout cela dans la presse locale, régionale et même nationale, et en 1980 le Prix de la Sangeet Natak Academy était décerné à la troupe de yakshagana de Kogga Kamath. Enfin reconnue, elle allait pouvoir survivre et continuer son action dans son village, dans sa région, dans son pays mais aussi dans plusieurs festivals internationaux.
Kogga Kamath nous a quitté il y a plusieurs années, mais son fils et ses disciples ont continué à faire vivre la troupe de marionnettes. D'autres troupes ont été créées et ce patrimoine exceptionnel remplit toujours sa fonction auprès des populations du Karnataka.
Cet exemple vécu nous permet de saisir toute la différence qu'il peut y avoir entre deux conceptions de la sauvegarde du patrimoine, celle qui s'applique au patrimoine matériel et qui est de conserver (en l'occurrence mettre les marionnettes à l'abri dans un musée) et celle qui s'applique au patrimoine immatériel et qui est de créer les conditions nécessaires à la survie et à l'évolution naturelle du patrimoine.

Origine géographique

Inde

Mots-clés

Cote MCM

MCM_2012_IN_S1

Date du copyright

2012

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