Ressource précédente
Ressource suivante

Albanie. Le Zikr des Rifaï, confrérie soufie de Tirana. Spectacle

Collection

Type de document

Évènement

Titre

Albanie. Le Zikr des Rifaï, confrérie soufie de Tirana. Spectacle

Date

2012-05-03

Date de fin

2012-05-04

Direction artistique

Lieu de l'évènement

Type d'évènement

Musique
Cérémonie, rituel

Description de la pratique

Jeudi 3 et vendredi 4 mai à 20h30
Maison des Cultures du Monde, Paris 6e

Sous la direction du shaykh Qemaluddin Reka
Avec :
Bilal Muka
Enes Reka
Sidit Reka
Altin Boshnjaku
Ardit Lala
Renard Ahmeti
Denis Ahmeti
Arben Bulqiza
Ylber Çuliq
Ardit Buçpapaj

Le soufisme est la mystique de l'islam, sa principale voie de réalisation spirituelle. Complément de la religion formelle, attachée à la lettre, que les derviches regardent comme l'écorce de l'islam, le soufisme constitue, en tant que religion du coeur et de l'esprit, la voie (tarîqa) qui conduit de l'écorce au noyau c'est-à-dire de la Loi religieuse (la sharî'a) à la Réalité, à la Vérité transcendante, terme de la quête mystique. Il s'agit donc d'une voie initiatique réservée à ceux qui sont prêts à renoncer au monde objectif, à mourir et à renaître en se dépouillant du moi afin de laisser la place au seul Soi divin.
La tarîqa ' le mot désigne à la fois le chemin et la confrérie ' offre les moyens d'atteindre l'union avec Dieu. Le rattachement à une tarîqa s'effectue à travers la personne du shaykh qui en assure la direction spirituelle et transmet à ses derviches la baraka, la grâce divine, qui lui a été conférée à travers la chaîne initiatique qui le relie au fondateur de la confrérie.
Les confréries soufies ont joué un rôle essentiel dans la propagation de l'islam dans les Balkans à l'époque ottomane, en particulier les Halveti et les Bektashi mais aussi les Naqshbandi, les Qadiri et les Rifai qui sont toujours présents en Albanie, en Bosnie et en Bulgarie.
La Rifaiyya est née en Irak au XIIe siècle de l'enseignement de Hazrat Sayyid Ahmad al-Kabîr al-Rifai (1120-1182). Ce descendant du prophète prône un idéal de modestie, de pauvreté, de tempérance et de bienveillance. Il prêche par l'exemple le dévouement et la compassion et son hagiographie est pleine de récits de soins aux lépreux et de guérisons miraculeuses. Mais c'est en Égypte, au XIIIe siècle, que cette tarîqa prend son essor. Au cours des deux siècles suivants, elle essaime dans tout le Moyen-Orient jusqu'en Anatolie. À partir du XVIIe, des tekke s'installent à Istanbul puis dans les Balkans, alors provinces occidentales de l'empire ottoman.
Les Rifai ont souvent été considérés comme extravagants car, au moment de l'extase, ils avaient coutume d'absorber du verre pilé, de marcher sur le feu ou de danser avec des broches et des épées plantées dans le corps. On n'a d'ailleurs jamais bien su si ces pratiques avaient été instituées par le fondateur ou étaient apparues plus tard, lors des invasions mongoles. Aujourd'hui elles tombent en désuétude et ne subsistent plus, sous une forme atténuée, qu'en Égypte et dans le golfe. En
Turquie ' où ils se virent frappés d'interdiction en 1925 ' et dans les Balkans, les Rifai ont subi l'influence d'autres confréries, mieux implantées dans les villes, comme les Mevlevi, ou dans les campagnes, notamment aux Balkans, comme les Alévi/Bektashi.
On recense aujourd'hui au moins quatre tekke rifai en Albanie : à Tirana, Shkodra, Berat et Elbasan. Sheh Qemaludin Reka dirige celle de Tirana et a autorité sur toute la communauté rifai d'Albanie. Il se réclame de la filiation spirituelle de Sheh Ahmed Shkodra, un important soufi albanais, formé en Iran et qui établit une tekke à Shkodra au début du XXe siècle. Le grand-père de Sheh Qemaludin en fut le disciple et le secrétaire.
Comme dans beaucoup de pratiques religieuses, la transmission familiale joue un rôle dans l'adhésion d'un individu à une tarîqa mais elle ne présente aucun caractère obligatoire. Trois conditions essentielles et purement individuelles sont requises : la foi (besimi tek zoti), la ferveur (përkushtimi) et un sens moral élevé (morali i lartë) car le zikr a aussi une fonction purificatrice.
Pendant le régime communiste, suite à l'interdiction de toute pratique religieuse en 1967, les Rifai furent contraints à la clandestinité et la famille Reka s'évertua à préserver le rituel en transformant sa maison en lieu de prière. Ils trouvèrent un soutien auprès du shaykh Jamal Shehu, chef spirituel des Rifai des Balkans, auquel ils rendaient parfois visite dans sa résidence de Prizren, au Kosovo. C'est lui qui nomma Sheh Qemaludin à la tête de la Rifaiyya d'Albanie. Depuis la chute du communisme, la maison des Reka est devenue leur tekke officielle et les fidèles s'y réunissent le dimanche soir pour y célébrer le zikr. Sheh Qemaludin est également musicien à l'orchestre de l'Opéra de Tirana et il prête une attention toute particulière à la qualité musicale des cérémonies qui ont lieu dans sa tekke.
La technique centrale de la contemplation repose sur l'invocation, l'oraison. La méthode soufie est basée sur le zikr, de l'arabe dhikr que l'on peut traduire par mention, rappel, remémoration. Il s'agit de la répétition incessante du nom divin et de quelques-uns de ses attributs : Allah Hu (Dieu, Toi), al-Haqq (le Vrai), al-Hayy (le Vivant), al-Qayyûm (l'Immuable), al-Wadûd (le Bien-aimant), al-Salâm (la Paix), qui mettent en oeuvre diverses techniques de respiration et de mouvements du torse et de la tête. En s'immergeant dans la répétition du Nom divin, le derviche s'assimile à Lui, de sorte que l'invocant, l'Invoqué et l'invocation ne font plus qu'un.
Mais le rituel ne se limite pas à cette dimension extatique. Outre le zikr proprement dit, la cérémonie comprend aussi des prières, des hymnes au prophète et à sa famille, des litanies accompagnées au fyell, la flûte pastorale albanaise, et aux tambours, et enfin des danses. Sheh Qemaluddin se lève et invite un des fidèles. Les deux hommes se font face. Se tenant par les pouces, puis par les épaules, ils commencent à tourner en cercle, lentement, tandis que l'assemblée poursuit la récitation haletante des attributs divins. Ils sont bientôt rejoints par deux autres. Le rythme s'accélère et la danse devient bondissante. Au-delà de la quête de l'extase, elle affirme le lien puissant qui unit les membres de la tekke au fondateur de l'ordre et à la famille du prophète dont le nom albanisé, Ehlibejt (les gens de la maison), a été donné au lieu de prières de la confrérie.
Musicalement, le zikr rifai d'Albanie préserve un style clairement oriental. Ainsi la flûte albanaise fyell est-elle traitée dans un style proche du ney turc, très différent de la musique des bergers albanais. De même, le chant fait sonner les échelles à micro-intervalles des maqâm turcoarabes, très éloignées du pentatonisme dominant la musique traditionnelle albanaise.
La cérémonie comprend deux parties. La première commence par 3 hymnes au prophète suivis d'un hymne à la famille du prophète. Vient ensuite un zikr qui alterne avec deux chants, suivi d'une litanie accompagnée à la flûte et au tambour. La seconde partie est un zikr qui alterne avec le chant et la danse.
Pierre Bois

La Maison des Cultures du Monde tient à remercier tout particulièrement Monsieur Besim Petrela et Monsieur Viktor Sharra.

Contributeurs

Origine géographique

Albanie

Mots-clés

Date du copyright

2012

Cote MCM

MCM_2012_AL_S1

Ressources liées

Filtrer par propriété

Titre Localisation Date Type
Albanie. Le Zikr des Rifaï, confrérie soufie de Tirana. Vidéos Albanie 2012-05-03 Vidéo numérique
Albanie. Le Zikr des Rifaï, confrérie soufie de Tirana. Photos Albanie 2012-05-03 Photo numérique